Jean Yves le Prof

19 secrets que vous ignoriez sur les étudiants d’Aix (au fil des siècles)

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Jean-Yves le Prof

Les étudiants font partie de la vie aixoise depuis plus de six siècles. Qu’ils représentent 1% de la population comme autrefois ou 25% comme aujourd’hui ne change rien : Aix est une ville universitaire et il suffit de se balader Cours Mirabeau pour s’en persuader. Qu’ils participent à l’animation de la cité ou qu’ils surprennent parfois par leurs turbulences, qu’ils rajeunissent la ville ou qu’ils rendent de temps en temps le stationnement plus difficile, qu’ils agacent certains riverains des cafés/restaurants en poursuivant leurs conversations après la fermeture ou qu’ils contribuent à la vie économique par leurs locations, leurs achats ou leurs stages, depuis toujours, en tous cas depuis 1409, ils sont indissociables d’Aix et font partie du charme de la ville.

Marcelle Chirac, dans son ouvrage « Aix à travers la littérature française », montre que, dans les siècles précédents, et en particulier au XIX° siècle, comme nous l’avons souvent raconté ici, la littérature sur Aix accorde une grande place aux étudiants. C’est un peu moins vrai de la littérature contemporaine, mais les étudiants n’en sont pas moins présents ici ou là, même si c’est souvent plus comme post-adolescents que comme étudiants en tant que tels.

Sur le lien entre Aix et les étudiants, rappelons d’abord ce qu’écrivent Emile Henriot : « Aix est un des lieux du monde où la jeunesse est le mieux chez elle » et André Hallays : « Nulle autre ville ne semble mieux faite pour abriter une université et offrir à l’étude un asile de silence, de recueillement et de beauté ». Henri Fluchère enfonce le clou à son tour : « Car c’est leur ville à eux plus que toute autre, (…) si douillettement ramassée sur elle-même qu’elle supprime les contingences exigeantes de l’espace et du mouvement, et tendrement ramène la pensée sur elle-même, avec de subtils et caressants appels à la sensibilité et à l’imagination ».

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Emile Henriot, dans « En Provence » écrit déjà en 1927 : « Venue pour se former au droit, aux lettres, de tous les coins de la Provence, et même encore de l’étranger, l’adolescence y règne, dans sa force, exubérante, heureuse, studieuse. Quelle animation, sur le Cours, grâce à elle, par l’éclat des voix, l’aisance des corps, et l’ardeur de ces fiers regards juvéniles ! Quelles chaleureuses discussions, dans la détente, quels beaux rires ! ». Et il ajoute : ici, la jeunesse a trouvé sa terre d’élection « dans cette terre paisible où le docte savoir, sous les yeux du passé présent, fait si bon ménage avec le bonheur ! Adonnée aux jeux de l’esprit, dans un décor qui n’est fait que pour lui, et où tout lui parle, savez-vous un plus beau spectacle que celui de la jeunesse contente, insouciante et vigoureuse ? ».

En 1918, Edmond Jaloux dans « Fumées dans la campagne » évoque « cette charmante vie d’étudiant où l’on apprend si aimablement à vivre ». C’était il y a un siècle et déjà l’un des personnages parle des étudiants qui « taillaient » les cours, trouvant regrettable qu’à l’heure où l’on a « la vie à découvrir » on doive « se remplir la tête de notions saugrenues », car, pour lui, absorber d’indigestes volumes de droit, c’était « faire œuvre de cuistre et de pédant, mais aller dans le monde, entrer en relations avec ses semblables, avoir une maîtresse (sic), juger les êtres, c’était devenir un homme ». Ce qui n’a pas changé, en tous cas, c’est que les étudiants se promenaient Cours Mirabeau et allaient au café sur le trottoir de droite, celui de la jeunesse, le trottoir de gauche, celui des hôtels particuliers, étant réservé aux personnes respectables : « Ils se seraient cru déshonorés si on les avait vu entrer au café Justin, qui se trouve à gauche, et qui était fréquenté surtout pas les officiers et les petits bourgeois de la ville ». En revanche, dans les cafés côté droit du Cours, on fait jusqu’à la nuit, au milieu des jeux de cartes, « de pantagruéliques orgies », en discutant littérature, philosophie et politique.

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Mais, toujours d’après le même auteur, les heures les plus douces réunissaient les jeunes gens autour d’une jeune fille qu’ils aimaient en chœur (N’oublions pas qu’en 1900, les femmes représentent seulement 2 à 3% du nombre d’étudiants et 10% à peine encore en 1910 ; voilà bien un domaine où le XX° siècle a bouleversé la sociologie estudiantine). Cela n’empêche pas non plus, selon le même roman, de constater que les étudiants « faisaient les fous », lançaient des sottises « à la manière des clowns » et poussaient de grands éclats de rire « comme il arrive entre gens très jeunes quand on cherche, dans toute opinion, cette sorte d’heureuse absurdité qui révèle la fraicheur de l’imagination ». Et Marcelle Chirac de préciser « Jusque dans les rues on aimait à faire des farces ou chez les commerçants qu’on laissait ahuris derrière leurs comptoirs ». Edmond Jaloux conclut « Ah ! Jeunesse, jeunesse, rien ne te vaut ! ». Que les étudiants s’amusent, nous l’avions constaté notamment au XIX° siècle, ce n’est donc pas une surprise au XX° et la chose vaut, heureusement, encore aujourd’hui.

Gilbert de Voisins, dans « La Petite Angoisse », en 1900, constate qu’il y a beaucoup de Marseillais parmi les étudiants d’Aix : « La petite ville, témoin d’un joyeux exil, leur appartient : ils en sont les maîtres, puisqu’ils apportent à ses murs verdis, à ses bals solennels, la jeunesse d’un éclat de rire. A toute heure du jour, ils sont la vie neuve (…)». Il faut bien des distractions variées, puisque, selon lui, la part réservée à l’étude est faible et les étudiants vont animer le Cours ou les hameaux voisins. Les personnages de Gilbert de Voisins semblent préférer la vie des cafés au travail universitaire ! Il est vrai qu’au début du XX° siècle, les problèmes matériels, qui se posent aux étudiants d’aujourd’hui, sont largement absents, la plupart des étudiants aixois étant encore des aristocrates aisés ou de riches bourgeois.

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Edmond Jaloux, en 1920, dans « »Vous qui faîtes l’Endormie » décrit au contraire, mais comme une exception, le personnage de Marcel d’Albaret, un étudiant désargenté, préfiguration de bien des étudiants d’aujourd’hui : « La médiocre fortune de ses parents ne lui permettait guère de faire figure dans ce petit monde (…). Sa pension mensuelle était si maigre que lorsqu’il avait payé sa chambre et ses repas, il lui restait bien peu d’argent pour s’habiller et ‘faire le jeune homme’, comme il disait. Et ses préoccupations de tenue le conduisaient à des dépenses perpétuelles (…). De l’argent ! De l’argent ! Où trouver de l’argent ? ».

Petite précision en passant, qui semblera étrange aux étudiants d’aujourd’hui : le bac, en 1900, concernait 1% d’une classe d’âge, soit 10 000 bacheliers par an environ pour toute la France!

Cela explique qu’à Aix le bac se déroulait alors à l’université (en l’occurrence à l’hôtel de Maynier d’Oppède, rue Gaston de Saporta, alors siège de la Faculté des lettres- et aujourd’hui de l’IMPGT). Le décor n’a pas changé : les futurs bacheliers étaient regroupés, comme le décrit Armand Lunel dans « La Belle à la Fontaine » (la scène est sensée se passer vers 1910) autour du « bassin ovale et moussu », qui existe encore aujourd’hui ! Dans le roman, l’appariteur, chargé de placer ensuite les candidats dans l’amphithéâtre, criait « Un catholique ! Un laïque , intercalant ainsi un élève issu des lycées publics et un autre des lycées privés ! Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est l’alternance des couleurs dans les feuilles de brouillons distribuées aux candidats, système que l’on retrouve encore aujourd’hui à la Faculté. Naturellement, les écrivains, surtout dans les romans, accentuent la part du ludique chez les étudiants et minimisent celle du travail et de l’étude. L’accroissement considérable du nombre d’étudiants à Aix au XX° siècle, et plus encore au XXI° siècle, passant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers, ne fait pas disparaître la part d’amusement et de loisirs propres à la vie étudiante, mais revalorise sans doute l’importance de l’étude et de la réussite aux examens : les rentiers ont disparu et il faut mener à bien ses études pour exercer une profession et souvent travailler en même temps pour payer ses études.

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Mais le microclimat aixois, dans tous les sens du terme, favorise à la fois loisirs et études, découverte des charmes de la ville ou des paysages aixois, et travail universitaire sérieux, rêverie et sens des réalités Après tout, Maurice Blondel lui-même, le « philosophe d’Aix », professeur à la faculté des lettres au début du XX° siècle, affirmait que « Connaitre Aix et ses paysages harmonieux, c’est enrichir sa propre pensée ». Aimer Aix n’empêche pas d’y faire des études sérieuses, au contraire ; et la vie étudiante, même studieuse, laisse toujours de la place aux amusements propres à la jeunesse. C’était vrai au début du XX° siècle ; c’est encore le cas aujourd’hui !

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La rédaction
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Une ruelle oubliée, ou plus loin, un coin de Provence à faire briller... J'aime profondément Aix en Provence et la région. Suivez-moi dans mes bonnes adresses et surprises en Pays d'Aix ! Rédac chef de cette fabuleuse aventure et fondateur du site en septembre 2016 ! Par ailleurs, je propose des services en communication digitale originale pour les commerçants et professionnels du tourisme en Pays d'Aix : www.monroadtripenprovence.fr (Community management / Ecriture "sensorielle" / Atelier de réseaux sociaux 2018, département 13, 84, 04)
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