Connect with us

Actu

1958, la place des Prêcheurs de nos 10 ans !

Bernard, notre académicien aixois partage avec nous sa délicieuse madeleine de Proust : la Place des Prêcheurs de son enfance, à l’heure où 2019 sonne le renouveau de ce quartier cossu d’Aix.

Au moment où la place de Verdun et la place des Prêcheurs font les frais d’une rénovation qui va leur conférer un air de jeunesse, je ne peux m’empêcher de céder à une forme de nostalgie en évoquant ce qu’elles ont représenté à l’époque de notre enfance.

Il faut dire tout de suite qu’elles n’avaient pas la même physionomie. Par exemple, devant le palais de justice s’élevait, rétrocédé d’ailleurs par la ville de Paris, un monument volumineux, tout en mouvement, du moins dans l’expression des statues qui le composaient. Il avait été érigé à la gloire exclusive de Mirabeau. L’emplacement qu’il occupait était énorme ce qui lui a valu une triste fin. Dans les années soixante, il fut en quelque sorte dépecé et ses restes reposent sur les rives de l’Arc. Toute tentative pour le caser ailleurs fut infructueuse ! Est-ce l’œuvre d’art, est-ce le personnage dont personne n’a voulu?


D.R. – photo B. Terlay –  © Collection Musée Arbaud – Aix

A proximité immédiate de l’entrée du Passage Agard, le conservatoire de musique se ménageait un petit espace. De douces mélodies agrémentaient donc nos pérégrinations! Un air de jeunesse planait sur les lieux car dans le coin, opposé, tout contre l’église de la Madeleine, était logé le lycée de jeunes filles dit lycée des Prêcheurs, en souvenir des pères dominicains qui l’avaient occupé avant elles. On peut imaginer que les suaves bavardages des unes  y avaient relayé les graves psalmodies des autres!

A la fin des années cinquante, la ville n’était pas peuplée comme elle l’est aujourd’hui et se rendre sur cette place, donnait l’impression de se plonger dans le cœur de la vie aixoise. Le chemin pour y parvenir s’effectuait à pied car la municipalité n’avait pas encore tendu la toile d’araignée du réseau de bus que nous connaissons maintenant. Tout le monde marchait allègrement ce qui favorisait les rencontres et les échanges.

Deux librairies se livraient à une concurrence, l’une prés de la rue du petit Saint Jean dénommée Fraikin, l’autre près du Pourtalet appelée Dragon où régnait, assisté de son épouse, Monsieur Gamby arborant invariablement un nœud papillon.

Les commerces n’étaient pas agencés comme ils le sont maintenant. Ainsi lorsqu’on entrait dans la coutellerie Martin pour acheter le canif Opinel, sans virole de sécurité, qui nous servirait à essayer de tailler, sans nous couper, un petit bateau dans une écorce de sapin lors des séjours en colonie de vacances, nous étions encerclés de vitrines. Elles tapissaient la boutique. Un long comptoir bas, présentant les collections les plus sophistiquées de ciseaux et couteaux, de pinces à ongles et cisailles à découper la volaille servait d’appui aux commerçants. Toute une famille était à l’œuvre au service du client, pour donner les explications nécessaires, comparer les avantages des produits ou aiguiser les lames. Les pièces qui sortaient de la boutique portaient fièrement le nom du vendeur! Je détiens une paire de ciseaux sur le métal de laquelle sont gravés d’un côté Nogent Chrome et de l’autre Martin Aix !

A peu de distance et du même côté, se situait un magasin dont l’intérieur s’offrait au regard comme un labyrinthe hérissé d’étagères, en bois, au milieu desquelles nous nous faufilions émerveillés par tout ce que nous pouvions découvrir! L’enseigne « Récréations » était évocatrice et elle a survécu assez longtemps puisque sa disparition remonte à quelques années seulement. La fortune récoltée, à la faveur des étrennes, nous permettait d’aller choisir la voiture Dinky-Toys que nous avions repérée sur le petit catalogue de publicité rayé de blanc et bleu, comme le drapeau grec. Elle était livrée dans une boîte jaune très caractéristique dont les textes figuraient à l’encre rouge. D’autres modèles réduits automobiles étaient disponibles réalisés par les constructeurs Solidos, C.I.J. et même Norev. Ces derniers, de production française étaient en plastique et nous préférions le métal ! Si nous ne trouvions pas notre bonheur, une petite épreuve nous était infligée qui consistait à solliciter l’aide du commerçant qui nous impressionnait beaucoup.


Modèles réduits automobiles acquis à la boutique Récréations place des Prêcheurs à Aix

Voitures : Dinky-Toys à gauche et  Norev et C.I.J. à droite

A l’angle de la rue Mignet et de la rue Montigny, une boutique assumait fièrement sa dualité exprimée par son enseigne : Ecobleu. On y trouvait des vêtements pour le travail « les bleus » et à des prix raisonnables comme le laissait entrevoir le « éco », abréviation de l’adjectif « économique » sûrement! Les parents nous y conduisaient parfois, à l’approche de l’automne, pour nous permettre d’affronter les périodes de froid dans les meilleures conditions. L’accueil qui était réservé aux clients était des plus agréables car les commerçants entretenaient avec leur clientèle une relation amicale. De l’autre côté de la rue, la vitrine de la boutique Mistral s’animait, à l’approche de Noël car un petit train aux wagons bondés de cadeaux la parcourait. Elle attirait donc l’attention et suscitait l’intérêt de la jeune génération !

Deux kiosques se côtoyaient au cœur de la place et s’adressaient à une population bien ciblée. L’un délivrait toute la presse susceptible de ravir une population qui n’était pas encore abreuvée d’informations et d’images par les médias et l’autre se livrait au commerce des friandises. C’est auprès de ce dernier que se pressait la jeune génération qui avait découvert sur la cour de récréation les dernières trouvailles des confiseurs comme ces coquilles de palourdes remplies d’acidulés de toutes les couleurs, ces tubes transparents bourrés de petites billes de bonbons que certains mâchouillaient disgracieusement, et ces autres tentations, apportées par des copains plus au fait des dernières innovations et qui ne pouvaient laisser longtemps indifférents. Faut-il préciser que les adultes n’excluaient pas de leur parcours ce second lieu de tentation. Dans ces conditions, est-il étonnant que ces deux points d’intérêt aient perduré, sous une autre forme, jusqu’à présent ?

Le marché, les mardi, jeudi et samedi, revêtait un aspect différent de celui que nous connaissons aujourd’hui car les forains s’y succédaient, de génération en génération, depuis des lustres. La grande complicité de ces gens-là créait une atmosphère incomparable. Parmi eux, une famille de fromagers s’était taillé une place particulière et Ils offraient, trois fois par semaine, une attraction qu’on ne peut oublier! Vis-à-vis l’église de la Madeleine se positionnait, après les manœuvres les plus complexes, l’énorme camion semi-remorque conduit par l’un des frères  Andréassian. Ces derniers proposaient à une clientèle fidélisée des fromages de qualité. Auparavant, sur le chemin de l’école, cours saint Louis, nous avions assisté au déchargement des meules de fromages qui étaient livrées sur le lieu de leur résidence. Elles roulaient jusqu’aux remises où elles étaient entreposées.

Chaque samedi s’ajoutait à l’animation, la majestueuse déambulation du curé de la Madeleine, le chanoine Andrieu, qu’on ne pouvait pas rater car revêtu de sa soutane et de son camail noirs, il portait un très beau chapeau romain comme celui de Don Camillo en visite chez son évêque ! Il saluait ses paroissiens et les autres avec une grande distinction. On pouvait aussi croiser le rang des filles du patronage, derrière les cornettes des Sœurs de Saint Vincent de Paul qui animaient la troupe.

A la belle saison survenait une attraction bien sympathique dont les effets se prolongeaient pour notre bonheur. S’installait en effet, à l’angle de la place des Prêcheurs  et de la rue Peiresc, le marchand de taraïettes. A l’ère de l’électronique cela va sembler un peu dérisoire, au chapitre des distractions mais quel émerveillement de voir répandue sur une couverture cette série de plats miniatures, en terre cuite, plus mignons les uns que les autres qui allaient agrémenter les dinettes des enfants et leur procurer ces instants de joie, faits de simplicité. Mais le summum du bonheur était incarné par de petites cruches d’eau, moitié terre cuite, moitié vernissée de marron ou de vert qu’on pouvait remplir d’un peu d’eau. Lorsqu’on introduisait le bec verseur dans la bouche et qu’on soufflait se dégageait alors une petite musique inoubliable ! La gargoulette était un incontournable des étés de notre enfance!

De l’autre côté de la rue prenaient place les bonimenteurs dont l’étal était entouré d’une foule compacte, médusée par les prouesses qu’on pouvait accomplir avec les dernières trouvailles en matière d’aide à la cuisine. Ils vous débitaient en quelques secondes des pommes de terre en frites ou encore vous épluchaient fruits et légumes en fines lamelles. De retour à la maison pour la phase d’exécution, il était bien rare de parvenir au même résultat…les attrape-nigauds sont une vieille affaire! De temps en temps, ils étaient remplacés par des marchands de vaisselle qui n’hésitaient pas à briser quelques assiettes afin de retenir l’attention des passants qui s’agglutinaient d’ailleurs en grand nombre!

L’horloge qui se nichait dans le cadre que l’on peut encore admirer sur la façade latérale de l’hôtel d’Agut était précieuse car elle permettait de savoir de combien de temps on disposait encore. Si les courses étaient accomplies de façon suffisamment rapide s’offrait alors, les jours d’été, une petite aubaine que l’on évoque d’autant plus volontiers qu’elle n’est plus d’actualité ! En effet à l’angle de la rue Thiers et de la place de Verdun, tout contre la Maison Makaire, on ne pouvait rater la vitrine encadrée de verre bleu de la Pâtisserie tenue par Monsieur et Madame Joseph Coste et qui portait fièrement l’enseigne : « Au Fidèle Berger ». L’expédition au marché estival s’achevait en effet, pour nous, à cet endroit, par la dégustation d’une bonne glace, inoubliable. Certes les parfums n’étaient pas aussi variés qu’ils le sont devenus mais nous savourions notre plaisir sans être retardés par l’embarras des choix multiples!

Monsieur Coste, à gauche, devant « le Fidèle Berger »

(on distingue les colonnes du Palais de Justice en fond)

Facebook Comments
Written By

Most Popular

Comment gagner les dernières places pour l’Electroschock du Cours Mirabeau le 14 juin ?

Actu

Le Cours Mirabeau se transforme en dancefloor géant le 14 juin ! Découvrez les stars internationales attendues…

Actu

Les Instants d’été : on vous dévoile les 12 films projetés dans les parcs d’Aix cet été !

Ça teste

Ouverture du nouvel hôpital privé d’Aix : on vous dévoile les 4 infos essentielles…

Actu

Connect