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#Fanny – Episode 3

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#Fanny – Episode 3

Le pitch :

Bastien et Marion se rendent à la Place des Cardeurs à la recherche de la grand-mère de Fanny. Ils tentent de décrypter les mystères de la toile retrouvée au Domaine des Masqués. 

*

Si vous aimez « La Femme-Plume », n’hésitez pas à rejoindre sa page Facebook  et à lire ses articles en anglais sur son blog.


Après la découverte de la toile, Bastien twitta plusieurs messages pour avertir ses followers que Fanny avait déposé des œuvres d’art qui retracent sa vie à travers la Provence. Il ajouta la vidéo de Marion qui fit plusieurs vues. #Fanny faisait même partie des tendances Twitter de la journée en seulement quelques heures. On s’interrogeait sur la signification des peintures et surtout sur cette mystérieuse meurtrière qui se cachait dans les bois provençaux. Cependant, il ne pouvait pas poursuivre sa quête sans l’aide précieuse de Marion. Tous deux avaient quelque chose à prouver. Marion, l’innocence de son amie. Bastien, le meurtre de Fanny. Une meurtrière, c’est toujours plus frappant et scandaleux qu’une innocente. Fanny se devait d’avoir tué. Qui ? Il ne le savait pas. Pourquoi ? Il s’en fichait. Les followers s’intéressaient à son statut de tueuse, de femme redoutable et dangereuse qui parcourait la Provence à la recherche d’une nouvelle proie à abattre. Une peintre meurtrière. C’était presque du Basic Instinct. C’était vendeur – incroyablement vendeur. Prochaine direction, les Cardeurs.

Une fois la voiture réparée grâce à Marion et Clémence, Bastien prit la route avec les filles. Clémence refusait de participer à cette recherche « inutile » selon ses propres dires.

« Je ne vois pas l’intérêt de retrouver les traces d’une tarée des montagnes ! Nous avons bien mieux à faire.

— Je ne pense pas que Fanny soit folle. Elle est beaucoup plus intelligente que nous, dit Bastien calmement. Elle a calculé son jeu. On ne la recherche pas ; elle souhaite tout simplement être recherchée.

— Ou alors tu craques sur elle et tu n’oses pas me le dire ! De toute façon, c’est platonique entre nous, n’est-ce pas ? Tu es bien le premier homme qui refuse de coucher avec moi. J’arrive toujours à mes fins, répondit Clémence avec condescendance.

— Au pire, on s’en fout de vos petites affaires, non ? Une femme innocente est accusée d’un meurtre, rejetée par tout le village pour des actes qu’elle n’a probablement jamais commis. Ça, c’est un problème. Vos coucheries n’intéressent personne », intervint Marion ennuyée.

Les trois restèrent silencieux jusqu’à la fin du voyage. La tension était palpable – particulièrement entre Marion et Clémence. Bastien ne se préoccupait pas de ces histoires. Les histoires d’amour et de sexe l’avaient toujours profondément ennuyées. D’abord, elles sont, pour la plupart, des prises de tête inconcevables. Dans le monde de Bastien, on devrait tous être libres de coucher avec qui on veut sans se poser de questions existentielles. Ce qui rend notre société jalouse et avide de destruction, c’est avant tout le manque cruel de flânerie. Il semblerait presque que la flânerie soit prohibée. Pourtant, Bastien aimait se promener dans Aix en admirant de jolies femmes. Il n’en aimerait jamais une – mais des milliers. Il laissait à toutes une place dans son cœur sans fermeture. Il voletait dans les rues chaudes de la ville d’eau en quête perpétuelle d’amour et de désir – il n’intellectualisait en rien un concept aussi libre que l’amour. Il prenait les rayons du soleil comme une caresse, et les regards qui se croisent comme une opportunité. Il ne comprenait pas toutes ces personnes qui tentaient de poser des frontières à l’amour : tu es trop laid, trop stupide, trop intelligent, trop froid, trop gros, trop maigre, trop handicapé, trop « trop » pour être aimé. Il avait également du mal à concevoir les idées de ceux qui manifestaient dans la rue pour empêcher à leurs frères et leurs sœurs de s’aimer. Tous ces mouvements lui paraissaient absurdes et profondément abstraits – il ne tentait donc pas d’en faire une dissertation en trois parties. Pour Bastien, c’était logique : on flâne, on se laisse porter par la bonhomie aixoise et surtout, on déploie ses filets pour attraper de beaux papillons.

Bastien déposa Clémence près du Parking Mignet. Ils ne dirent rien – Clémence avait sûrement compris qu’il ne changerait pas de position à propos de leur relation. Econduire Clémence, c’était prendre en risque de nourrir sa colère et sa méprise – toutes deux cultivées par un ego surdimensionné. Celle qui avait obtenu tout des hommes, dont sa place au Conservatoire, refusait qu’on lui dise « non ». Mais les « non » sont parfois nécessaires. Marion et Bastien se dirigèrent vers le centre d’Aix – le regard assassin de Clémence les suivait.

Marion n’était pas bavarde. Elle se contentait d’observer les Aixois et leur routine. Parfois, les gens lui semblaient être des automates qui répétaient une série de mouvements : arriver en ville, regarder son téléphone, manger de la glace, regarder son téléphone, travailler, « liker », travailler, revenir, réviser, rentrer. Il n’y avait aucune joie de vivre, mais juste des tâches à accomplir pendant la journée. Elle se demandait si Bastien agissait de la sorte ou s’il rythmait ses après-midi d’aventures. Les grands écrivains ne se contentent jamais du quotidien après tout. Ils arrivèrent dans la rue parallèle à la place des Cardeurs en quelques minutes seulement. Exactement le lieu représenté par la peinture de Fanny. Bastien la reconnaissait bien : étroite mais chaleureuse, quelques restaurants aux alentours. Et au fond, la fameuse place tant aimée par les jeunes Aixois. Bouteilles de vin pas chères du Monop’ qu’on se passait au goulot. Délires de premières soirées alors qu’on n’avait jamais bu auparavant. Blagues sans cesse sur les profs. Etudiants de droit, d’art, de littérature, de science, d’éco et même des prépas qui sortent du lot. Etudiants internationaux qui n’ont pas encore vingt et un ans et qui descendent des bières à s’en étouffer. Mais surtout, des couleurs sur ces façades accueillantes et un ciel dégagé tel une invitation à se réchauffer en hiver ou à se détendre en été. La Place des Cardeurs, c’était la place où on refaisait le monde sans moyen, où on cherchait des réponses à des problèmes dans toute l’impuissance de notre jeunesse. Et si Fanny avait été comme eux ? Et si la peintre misanthrope, isolée dans la nature provençale, avait été insouciante avec un brin de folie ?

« Nous y sommes, dit Marion. Bon, il faudrait trouver cette bonne grand-mère, l’interroger et comprendre ce que raconte cette toile.

— Mais nous ne savons pas exactement où elle vit. Regarde tous ces appart’ ! On pourrait tomber sur un type chelou ou quelqu’un de pas aimable.

— Mon ami, c’est le risque. En tant que gendarme, on tombe sur tout et n’importe quoi. Je devrais limite en écrire un livre, ça deviendrait un best-seller. On va examiner chaque personne, leur poser des questions et…

-— Marion, on ne peut pas les interroger comme ça. Il faut juste penser logiquement à quel appart’ ressemble le plus à celui de la photo ! Regarde, celui de Fanny est un balcon fleuri, avec des chaises et une table. Il y a des traces. Des indices dans la toile. On doit l’examiner de plus près.

Bastien et Marion observèrent la peinture en tentant d’attraper un détail fuyant. Des couleurs utilisées pour la robe de la grand-mère aux expressions des personnages, tout coup de pinceaux méritait d’être analysé. Cependant, Marion fut intriguée par le livre de Fanny. Si on regardait de plus près, on pouvait y voir un chat sur un toit avec de légères vagues noires – du feu.

La Chatte sur un toit brûlant, s’exclama Marion soudainement.

— Quoi ?

— C’est une pièce de Tennessee Williams. Elle est illustrée sur le livre en fait. Je pense que Fanny a voulu nous faire comprendre que l’appart’ de sa grand-mère se trouve au dernier étage – le lieu le plus exposé au soleil.

— Et surtout, l’endroit où un chat s’y promène le plus, dit Bastien en montrant du doigt un chat les observant du haut du toit.

— Je crois que nous tenons un truc. »

*

         Marion et Bastien sonnèrent au quatrième étage. Il n’y avait pas de nom et donc aucune garanti qu’ils retrouvent la grand-mère de Fanny. On leur répondit et ils montèrent les escaliers. L’appartement était tout aussi étroit que la rue – et un peu sale. Bastien pensa aux prix exorbitants des logements à Aix qui ne garantissaient aucun entretien. Un véritable problème pour les jeunes qui s’installent dans le sud. Mais ce détail lui échappa quand il tapa à la porte du quatrième étage. Une très vieille femme apparut. Le visage dur – une certaine beauté qu’elle avait maintenu malgré les années. Des traits fins. De grands yeux verts. Une chevelure blanche, bien apprêtée. Des vêtements soyeux. Son élégance contrastait avec le lieu où elle habitait. Bastien remarqua immédiatement ses mains. De belles mains tâchées de gouttes brunes – des doigts abîmés. Des ongles longs et résistants. Cette petite femme dégageait une force. Derrière ces rides, ces marques du temps, se cachait une guerrière, fière, jeune et belle, prête à affronter la guerre, la famine et le désespoir. Toute son histoire défilait dans son regard franc. Elle n’avait rien à cacher – et ne leur cacherait rien.

« Encore des guignols pour me demander des sous ? Allons donc voir ailleurs si j’y suis ! dit-elle en fermant presque la porte. Je croyais que c’était Daniel. Il avait promis de venir me voir. Dégagez donc !

— Attendez, Madame ! On ne vous veut aucun mal ! On veut juste vous poser quelques questions sur une personne que nous connaissons en commun. Fanny ! Elle a peint ce tableau récemment et il semblerait que vous soyez cette femme sur la toile. Est-ce possible ? demanda Marion en retenant la porte.

La vieille dame s’arrêta un moment. Ses yeux rougirent.

— Fanny ? Vous savez où est Fanny ? Ma Fanny ?!

Elle prit la toile entre ses mains tremblantes.

— C’est bien elle. Vous ne me mentez pas. Je reconnaîtrais ses tableaux parmi des milliers de toiles. Marie-Jeanne. Enchantée. Entrez. »

Au moment d’entrer, un chat passa entre les jambes de Bastien en le narguant et se posa sur le canapé. Marie-Jeanne leur prépara du thé avant d’entamer une discussion. Bastien admirait les nombreuses photos de la grand-mère sur une petite table. Fanny, enfant et adolescente, s’y trouvait. Elle était souriante – et ses fossettes bien saillantes. Elle ne ressemblait en rien à la jeune femme qu’il avait rencontrée dans le lac. Marion, quant à elle, inspectait l’appartement en quête d’indices. Marie-Jeanne leur présenta des gâteaux et tous s’assirent autour d’elle.

— Fanny n’a jamais été comme les autres. Elle a un parcours très différent des jeunes de son âge. C’est une artiste – une vraie artiste. Pas comme ces dingues qu’on voit à la télé. Si seulement elle revenait me voir. Je serai si heureuse.

— Madame, racontez-nous son histoire, demanda Marion. Nous sommes ici pour elle, pour vous. Nous voulons la connaître tel que vous vous la connaissez. »

Alors que Marie-Jeanne commença son récit, Bastien laissa son esprit naviguer vers d’autres horizons. Et là, une Fanny enfant, assise sur une des marches de la Place des Cardeurs en face des bars. Un stylo à la main. Bloquée. Page blanche.

*

         Fanny fixait le cahier vierge. Elle n’avait pas de mots. Ils ne venaient pas. Pourtant, les plus grands poètes écrivaient que les muses inspiratrices faisaient jaillir des multitudes de vers sur leurs pages. Elle ne comprenait pas pourquoi les muses ne voulaient pas l’inspirer alors qu’elle respectait les poètes, les romanciers et les muses. Fanny voulait écrire. Elle attendait désespérément que les mots surgissent comme par magie. Pour la jeune fille, c’est comme ça que les poètes fonctionnaient. Ils supportaient l’attente terrible des muses. Après quelques heures, elle se décida à rentrer chez sa grand-mère en jetant une dernière fois un regard plein d’espoir au soleil de la Place des Cardeurs. Marie-Jeanne cousait une nouvelle robe tranquillement du haut de son balcon. Elle s’arrêtait de temps à autre pour remettre du rouge à lèvre et se recoiffer. La chaleur faisait friser ses beaux cheveux noirs – et elle voulait garder une permanente parfaite. Fanny sourit et monta les escaliers de l’appartement.

« Alors ma chérie, cet après-midi ? Tu t’es fais des amis ?

— Pas vraiment, Mamie. Mais les muses ne sont toujours pas venues. Tu m’avais dis qu’elles viendraient si j’étais patiente !

— Voyons Fanny. Sois raisonnable. Je t’ai dis que les muses viendront quand tu auras suffisamment d’expérience pour pouvoir écrire. Tu es encore une enfant. Tu as le temps pour devenir le nouvel Arthur Rimbaud !

— Mamie, il écrivait comme un adulte à dix-sept ans ! J’en ai huit ! Je dois me préparer à l’avance !

— Ma chérie, on ne lit pas Rimbaud à huit ans mais la Comtesse de Ségur ou des choses comme ça…

— Mamie, la Comtesse de Ségur dit qu’on doit être une bonne petite fille, bien éduquée et gentille. Mais Rimbaud ne dit pas ça ! Il me dit d’aller dehors au Café et de manger du jambon sans l’autorisation de Papa et Maman !

Marie-Jeanne souffla et prit la fillette dans ses bras.

— Tu as le temps. Ne t’inquiète pas de ces choses-là. Viens plutôt dessiner avec moi ! On peut faire un joli dessin pour Maman. »

Fanny prit à regret la main de Marie-Jeanne. Elle n’aimait pas dessiner – et encore moins peindre. C’était si fastidieux et peu spontané. Peindre, c’était toujours raconter ce que les arbres ont à dire alors qu’ils ne parlent pas. Ecrire, c’était imaginer, transmettre, créer une chaîne de mondes différents autour de mots que nous lisions en commun. C’était presque magique de constater que la littérature réunissait des personnes qui ne partagent rien, qui se détesteraient probablement dans la vraie vie. En littérature, il n’y avait pas de haine, pas de rage mais une réelle volonté de tendre la main à ses lecteurs. Cependant, Fanny peignait merveilleusement bien. La plupart du temps, elle dessinait Marie-Jeanne. Sa grand-mère aurait été une figure inspirante pour tout peintre. Sa beauté était loin d’être « parfaite ». Tout au contraire, il y avait une forme de subtilité qui la rendait incroyablement belle. Après tout, qu’est-ce qu’une beauté parfaite ? Existe-t-elle ? La beauté ne vient pas de la supposée perfection d’un corps ou d’un visage qui varie selon les époques et les cultures. La véritable beauté vient de ces histoires, ces petites étincelles qui éclatent dans les yeux d’une personne que vous croisez. Et Marie-Jeanne les portait en elle – ces étincelles. Résistante pendant la guerre, elle avait fait de son visage aux traits marqués et fiers un symbole de force et de courage. Elle ne craignait rien – si ce n’est qu’on lui prenne sa liberté. Fanny se passionnait pour les histoires qu’elle lui racontait avant de se coucher. Elle imaginait souvent Marie-Jeanne en super-héroïne, combattant les méchants Allemands aux côtés des braves soldats anglo-saxons. Elle pensait qu’elle pourrait lui ressembler et se battre contre toutes les injustices du monde, que sa plume serait une arme et qu’elle dénoncerait à son tour les vilains messieurs et les vilaines dames qui s’opposaient au bonheur des autres. Marie-Jeanne était son modèle – un modèle pour les fillettes. Non seulement elle cousait des robes magnifiques, mais elle défiait les Allemands. Le soir, au moment de s’endormir, Fanny rêvait de créer un groupe de fillettes héroïnes qui ne feraient pas que « des trucs de filles » à longueur de journée et qui aideraient les autres enfants en détresse dans les rues.

D’ailleurs, c’est un jour ce qu’elle fit par elle-même. Fanny retourna à la Place des Cardeurs pour tenter en vain d’implorer les muses de l’inspirer quand elle entendit des garçons se disputer à voix haute en faisant de grands gestes près du Café des Philosophes. Deux gamins entouraient un jeune étranger qui ne savait pas parler en français. Le jeune homme portait une housse pour trompette sur son dos et une croix autour du cou. Ils se moquaient de lui et le bousculaient violemment sous le regard indifférent des passants. L’étranger semblait perdu et littéralement incompris. Fanny s’approcha des deux garçons.

« Hé ! Qu’est-ce que vous avez vous ?

Les garçons se retournèrent en pouffant de rire.

— Il parle pas à l’école ce crétin ! Et toi tu veux quoi ? Jouer à la poupée ? Ouais, les filles, ça joue à la poupée ! Dégage !

Ils poussèrent Fanny qui tomba par terre. Sans hésiter, la fillette se releva et donna une claque à l’un des garçons. Puis, elle repoussa l’autre contre le mur jusqu’à ce qu’un serveur du Café des Philosophes finisse par réagir. Il éloigna les garçons et réprimanda sévèrement Fanny.

— Quand on est une fille, on évite de se mêler aux bagarres des garçons. La baston, c’est pour les garçons, la dinette, c’est pour les filles. Tu as compris gamine ? dit le serveur en tapotant les cheveux de Fanny.

Cette dernière ne répondit pas et attendit qu’il s’éloigne pour aborder l’étranger. Celui-ci ne la regardait pas dans les yeux. Il se cacha derrière son livre, recroquevillé sur le sol.

— Ne t’inquiète pas ! Je t’ai sauvé ! Je suis une héroïne moi aussi, tu sais.

Fanny s’assit à côté du garçonnet. Il lui sourit un peu et fit quelques gestes de la main pour lui montrer sa gratitude.

— Thanks God for bringing you there, il dit doucement.

— Thanks ? C’est quoi « thanks » ? demanda-t-elle. Oh, je suis un peu perdue avec ce que tu me dis là.

Le garçonnet lui désigna son cœur et fit un mouvement de la tête. Fanny comprit immédiatement et s’attarda quelques secondes sur la croix.

— Merci ! ça veut dire « merci » !

— Merci ! Il répéta amusé. James. It’s my name. « Name » is « nom » ?! James. Nom ? Toi ?

— Fanny ! Name…Fanny ?

— Yes ! Great ! James, England. London. From London. You ? From Aix ? De Aix ?

— Oui ! Yes ! D’Aix ! Fr…fram Aix ?

Tous deux éclatèrent de rire. Fanny prit la main de James.

— Je suis ton héroïne maintenant ! Je vais te protéger des vilains !

— Yeah ! Right, vilains, aren’t they ? Look. For you.

Il lui donna son livre entre ses mains. Cat on a Hot Tin Roof. Fanny admira la couverture. Un chat magnifique, dessiné en noir. Des coups de pinceaux secs et maîtrisés qui rythmaient les flammes. Fanny porta les pages à son nez – une odeur similaire à celle qu’on trouvait chez les antiquaires. Une odeur particulière de poussière et de vieux bois qu’on ne pouvait s’empêcher d’apprécier.

— I’m studying French. J’apprends Français. Mais toi, you’ll learn English so we can talk. Apprends anglais comme ça, toi et moi, amis ?

— Oui, yes ! J’étudierai l’anglais un jour. Mais d’abord, je dois écrire, dit-elle en lui montrant son cahier de notes.

— You’re a writer ! Ecrivain ?

— Non…enfin oui, yes. « No-yes ». J’attends les muses. Tu sais quand elles viendront ?

James réfléchit un moment. Il considéra le cahier où Fanny avait commencé à gribouiller quelques dessins pour combler l’attente des muses.

— I want to write too ! Ecrivain moi aussi. Also, a trumpeter, ajouta-t-il en désignant sa housse pour trompette. But you draw so well. You should be a painter ! Peintre ? Toi, peintre !

Fanny fut déçue d’une telle remarque. Elle aurait préféré qu’il lui apprenne à écrire.

— No painter, écrivain ! Je suis écrivain ! Mais je t’en veux pas. Soyons amis. Un jour, on parlera facilement. Demain, reviens ici ! Au Café des Philosophes ! Tu m’apprendras l’anglais ?

— Yes ! « Tomorrow » is « demain » ? Demain ? I will be there, je suis là. Thanks God, I know you now, s’exclama-t-il avec enthousiasme. »

Fanny aperçut Marie-Jeanne au loin qui s’inquiétait de ne pas la voir revenir. La petite fille, heureuse, sourit une dernière fois à son nouvel ami et se dirigea vers sa grand-mère. Il sortit sa trompette de son étui et commença les premières de notes d’Autumn Leaves. La jeune fille se retourna, un bonheur immense s’empara de son cœur qui s’imprégnait de la douce mélodie. Il lui fit un clin d’œil comme pour lui confirmer qu’ils se reverraient et qu’ils partageraient encore de nombreuses discussions. Comme pour saluer sa super-héroïne préférée. La fillette s’empressa de raconter son histoire à Marie-Jeanne qui fut émerveillée par tant de courage.

« N’oublie jamais qu’être une fille ne doit pas définir tes actions. Deviens ce que tu veux être, fais de tes convictions un combat et de ta vie un roman épique ! »

Fanny serra bien fort la main de sa grand-mère. Elle retint la leçon. Les mots de Marie-Jeanne résonnèrent dans son esprit pendant longtemps. Et pourtant, elle ne savait pas que sa courte vie serait un long combat, semé d’embûches, d’obstacles et de trahisons. La petite fille, qui tenait fort contre sa poitrine A Cat on a Hot Tin Roof, n’avait encore aucune idée des nombreuses batailles qu’elle aurait à mener. Mais en cet instant précis, une paisible douceur de vivre envahit son cœur. Des émois d’artiste, d’héroïne, de fillette qui se découvrait des sentiments inconnus. Le lendemain, elle apprendrait sûrement quelques mots d’anglais.

*

         Bastien détailla la toile. Il avait l’impression d’avoir toujours connu Fanny, d’avoir presque deviné ce passage clé de sa vie. Marie-Jeanne caressa doucement son chat – des larmes aux yeux.

« Un jour, elle est partie et je ne l’ai plus jamais revue. Je pensais qu’elle m’en voulait. Je sais qu’elle est une femme forte. Je donnerai tout pour la revoir – même une fois, une seule fois.

Marion posa sa main sur l’épaule de la vieille dame.

— Elle va bien, Madame. Elle vit près de la Sainte-Victoire – toute seule. Mais elle n’est pas malheureuse. Elle a laissé des indices de sa vie à travers des peintures dissimulées en Provence. Bastien et moi, nous les recherchons. Je suis persuadée que Fanny nous a laissé un message. Avez-vous une idée du prochain lieu à explorer ?

— La toile ! dit Bastien. Je suis sûr qu’elle annonce le lieu à explorer. Et je pense que ce James est notre prochain témoin.

— James ? murmura la grand-mère. Mon Dieu. Bon courage, mes enfants. Je ne peux rien vous dire d’autre.

Bastien observa la peinture à nouveau. Puis, un détail le frappa. Une croix. Il y avait une croix sur le mur de l’appartement. Ce qui aurait pu ressembler à de simples ombres n’était en réalité qu’un indice supplémentaire pour la quête. Dans le récit, James avait un collier avec un pendentif en forme de croix.

— Cette croix. Il faut aller dans un lieu religieux. Saint-Jean de Malte ? La Cathédrale Saint-Sauveur ? se demanda Bastien.

— La Cathédrale Saint-Sauveur, répondit Marie-Jeanne avec une voix brisée. Il s’y trouvait. Il connaissait bien cet endroit. »

*

         Bastien et Marion quittèrent tristement l’appartement de la vieille dame sans se dire un mot jusqu’à ce que le journaliste fut piqué de curiosité. Il voulait savoir, et surtout comprendre, le meurtre. Pourquoi une héroïne aurait-elle tué un semblable ? Qu’est-ce qui avait poussé Fanny à s’opposer à ses propres convictions, perdre son honneur et sa dignité en commettant l’irréparable ? Ces questions ponctuaient chaque pas vers la Cathédrale Saint-Sauveur. Tous ces personnages gravitaient autour de Fanny sans parvenir à en saisir la personnalité. Elle était différente à chaque nouvelle rencontre. L’enfant Fanny était déterminée et volontaire. L’adulte Fanny était tantôt déjà aigrie, dépassée et désabusée, tantôt torturée, isolée, mélancolique. L’héroïne s’était transformée en meurtrière ou en tragédienne. Bastien avait l’impression que les facettes de Fanny s’étendaient à l’infini et qu’il lui faudrait beaucoup de temps pour reconstituer tous les morceaux du puzzle.

« Marion, tu ne m’as pas dis. De quel genre de meurtre Fanny est-elle accusée ?

Bastien alluma discrètement le mode « Caméra » de son portable.

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée de déclencher un nouvel incendie. Parler de ce meurtre, c’est presque être d’accord avec ce qu’ils racontent. Et ni toi, ni moi, n’approuvons ce qui se passe.

— Certes. Mais je m’embarque dans une aventure où je ne connais pas tous les détails. Pour prouver la supposée innocence de Fanny, j’aimerais au moins savoir ce qu’elle a fait.

Ils arrivèrent à la Cathédrale Saint-Sauveur. Ce bâtiment, quelque peu à l’écart, trônait sur la ville avec fierté. Il s’imposait aux yeux des touristes qui n’osaient même pas y rentrer. Les statues qui ornaient son architecture les fixaient, presque moqueurs, et s’animaient à la tombée du soleil. On racontait que les gargouilles de la Cathédrale prenaient vie pour effrayer les passants. Pour Bastien, cette légende avait été inventée pour justifier les regards mystérieux que les personnages jetaient à tous ceux qui s’aventuraient autour du lieu saint. Marion se faufila aux alentours pour chercher une toile. Elle ne trouva rien.

— Ce n’est pas ici. Il faudrait essayer Saint-Jean de Malte, dit-elle énervée. Je crois pas qu’elle l’aurait cachée à l’intérieur de toute façon.

— On est près d’une Cathédrale. Confesse-toi. Qu’est-ce que Fanny a fait ?

Marion hésita et fut perturbée par l’attitude insistante de Bastien. Après tout, s’il acceptait de faire partie de l’aventure, il se devait d’en savoir plus. Elle s’approcha de l’oreille du journaliste et murmura discrètement quelques mots.

— On accuse Fanny d’avoir tué son fils.

Un air froid traversa le corps de Bastien et le pétrifia sur place.

— Fanny a un fils ?

— Une petite pièce, s’il vous plaît ! cria un clochard près de la Cathédrale.

— Tais-toi ! dit Marion à Bastien. Putain, ne parle pas si fort ! Fanny a mauvaise réputation, tu as oublié ?

— Une petite pièce, s’il vous plaît !

— Tu me dis que Fanny a un fils ? Un fils quoi ! Et elle a tué son propre fils ! Quelle histoire de fou ! On dirait un roman de Dicker !

— Une petite pièce, s’il vous plaît ! Pour manger ! Je peux vous donner un truc en retour !

— Je n’ai jamais vu l’enfant. Mais on raconte qu’elle l’aurait tué dans un excès de colère car elle avait perdu toute inspiration pour ses peintures. Ce sont des conneries !

— Deux euros ! Un euro, le tableau !

— Marion, c’est une accusation très grave. Pourquoi ?

— Un euro contre un tableau !

— On n’a jamais retrouvé le corps de l’enfant ! On sait qu’il est mort, c’est tout !

— Un euro, allez, et je vous donne ce tableau d’une jeune folle !

— Oh ferme ta gueule toi ! cria Bastien au clochard.

Soudain, un silence. Le clochard tenait une toile entre ses mains.

— Donnez-moi ça !

— Non, la fille qui est venue me le donner a dit que ça coûtait au moins deux euros quoi ! »

Bastien lui donna deux euros et prit la toile. On y voyait la Cathédrale Saint-Sauveur. Un jeune homme à la trompette près de l’entrée – une croix en guise de collier. Un habit sobre. Une grande bonté – un léger sourire se dessinait sur ses lèvres roses. Des boucles brunes qui s’amoncelaient derrière ses oreilles rondes. De grands yeux noirs en amande. Une certaine pureté entourait ce personnage atypique. Il était adulte avec une pincée d’enfance dans ses traits. Il était sensuel – ses grandes mains touchaient délicatement la trompette avec une ferveur séductrice. Et pourtant, il n’était que lumière, douceur et innocence. Il avait l’humilité des hommes d’église. Ses yeux levés vers le ciel, il jouait pour le Seigneur. Adulé par les anges, il s’envolait. Il n’était pas comme les autres. Et Bastien comprenait pourquoi Fanny l’aimait tant. Dans cette peinture, il percevait l’amour et le sacré. L’amour le plus fort qu’une femme pouvait avoir pour un homme. Elle le dépeignait tel qu’il était. Sans artifice, sans superficialité. Lui, dans sa simplicité et son originalité. James, c’était l’artiste enflammé et prisonnier. L’humain trop humain qu’on traitait en étranger. Comme Fanny.

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#Fanny – Episode 2

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#Fanny – Episode 2

Le pitch

Bastien se rend au « Marius », bar célèbre du Domaine des Masqués tenu par deux marseillais Papet et Hugolin, pour trouver de l’aide afin de redémarrer sa voiture. Des toiles de Fanny sont accrochées sur le mur. A la simple évocation de son prénom, Bastien découvre une vague d’effroi et des rumeurs jaillissent. Fanny serait une meurtrière. 


 

         Bastien regardait l’écran de son téléphone. Des notifications défilaient sans arrêt. Il sourit. La vidéo avait du succès. Un succès qu’il n’avait jamais atteint auparavant. Et pourtant, il avait tout fait pour se conformer aux règles d’or des réseaux sociaux. D’abord, une photo avec le filtre « Lie », très populaire en ce moment sur Instagram : celui qui vous rend plus beau grâce à une lumière ajustée, qui efface comme par magie votre visage disgracieux, votre regard trop sérieux et éventuellement des plis peu avantageux sur votre chemise. Puis, un sujet intéressant, c’est-à-dire aux frontières de la culture sans se plonger pleinement dans un quelconque domaine intellectuel. Par exemple : « Je pense que les femmes devraient être payées de la même façon que les hommes. Je le revendique. » Comme vous pouvez le constater, cette phrase est vraie. Cependant, elle n’évoque aucun engagement ou intérêt particulier pour la cause féministe, restant à l’état de mots révoltés, frappants et marquants sans jamais toucher au but. Bastien aimait ce genre de phrases qui généraient des « likes » rapides et efficaces. Il suffisait de recopier le même texte que ses amis avaient déjà écrit sur Facebook en changeant la ponctuation (ajouter un point d’exclamation pour un côté engagé, des points de suspensions pour un côté presque dramatique). Toute cette mise en scène stylistique le confortait dans son image de jeune journaliste plein de bons sentiments et de bonne volonté, prêt à tout pour se donner corps et âme aux grandes causes de notre monde. Avec #Fanny, tout était différent. Pourquoi donc parler du salaire des femmes quand on peut s’éterniser sur une peintre sauvage dans une campagne provençale ? Les commentaires touchaient profondément Bastien. Ils constituaient une preuve infaillible que son projet était approuvé par les réseaux sociaux. Une vieille connaissance de collège le félicitait et lui demandait si « Fanny était bonne » ; une ex ajoutait des émoticônes en forme de cœur en louant son air innocent et charmant sur la vidéo. Bastien sentait une montée d’adrénaline en lui comme s’il était enfin reconnu pour ses talents. Les gens le remarquaient, le likaient, l’adulaient. Ils s’intéressaient à lui – sa vie devenait passionnante, croustillante et hors du commun. Et ce n’était qu’une première étape ! Il imaginait déjà ce pauvre employeur en train de le supplier de l’engager. Et lui, Bastien, en chemise Valentino, se laissant désirer avec un air tout aussi supérieur que celui qu’il avait adopté pendant l’entretien d’embauche.

Tout en tapotant sur son portable, il se dirigea vers le premier bar du Domaine des Masqués. « Marius ». Un lieu tout aussi authentique que chaleureux. Seuls les fidèles et les habitants du village fréquentaient cet ancien atelier de couture transformé en bar après la guerre. Aux commandes, Papet et Hugolin, deux frères. Ces pêcheurs marseillais ne supportaient plus les caprices de la mer et avaient décidé de se réfugier dans les montagnes pour éviter tout contact avec les poissons et les calanques. Leur accent, plutôt drôle, demeurait incompréhensible les touristes qui s’aventureraient au Domaine. Ils étaient pourtant persuadés que leur vocabulaire était tout aussi poétique qu’un Picasso dans un musée dédié à Cézanne : étrange, subtile et sans doute intriguant. Papet et Hugolin cultivaient la joie de vivre – celle que l’on retrouve sur les bateaux les jours de bonne pêche. Ils chantaient en servant le pastis et faisaient parfois quelques blagues sur les Aixois – ou les « gens du Nord » selon eux. S’ils avaient trop bu, ils se mettaient à pleurer en pensant à la « Bonne Mère » (surtout au chemin difficile pour y parvenir) ou aux derniers jeux de l’OM. Lorsque Bastien arriva dans le bar, Papet et Hugo se mirent à pouffer de rire.

« Vé moi ce cacou stoquefiche ! C’est un d’Aix, ça, ma parole !

— Oh fan, ça fait au moins dix ans que j’en ai pas vu de ce genre de minot.

Bastien ne comprenait pas ce qu’ils disaient. Mais il perçut une légère moquerie dans les dires des deux marseillais. Fort de son récent succès, il ne s’attachait pas aux mesquineries des autres. Il leva le menton et fixa Papet. Puis, il se racla la gorge pour s’exprimer correctement et articuler chaque mot.

— Bonjour Messieurs. J’ai un petit problème technique. Ma voiture est tombée en panne en dehors du Domaine et j’aurais besoin d’un peu d’aide pour la faire repartir. Je ne connais pas du tout cet endroit. Auriez-vous la gentillesse de m’aider ? Je suis un peu perdu.

Papet et Hugo se regardèrent.

— Ecoute minot, y’a degun pour t’aider ici. On est pas mécano, on sert le Pastaga. Viens pas nous emboucaner avec ces histoires. Assis-toi, regarde, t’es tout maigre ! On a des cacahuètes pour l’apéro.

Bastien fronça les sourcils.

— Je suis sérieux messieurs, je ne peux pas rester ici ! J’ai un projet…qui m’attend !

– Oh con ! s’exclama Hugolin, le président a un grand projet aussi depuis l’an pèbre et degun l’a vu faire quelque chose.

— Hugolin, oh fan, tu vas trop loin. Il lui ressemble un peu au président ce petit minot. Peut-être que c’est lui, il s’est déguisé ! C’est pour ça qu’il parle d’un projet. Il porte la chemise, c’est pas un pacoulin. C’est un parigot !

— Ah Papet, fada, je pense pas que c’est lui ! Le président, il vit pas au cabanon et il a pas de ravan mais une grosse limousine.

— Hugolin, je vois plus très bien, le soleil a touché mes yeux quand je pêchais le gobi, mais il a un petit air du boudenfle qu’on voit à la télé !

Bastien tapa du poing sur le bar.

— Je ne suis pas le président, messieurs ! Je m’appelle Bastien, futur journaliste de « L’Aixois Déchaîné » et…

Il s’arrêta soudainement. Sur le mur, derrière le bar. Une dizaine de tableaux. Ils représentaient tous la Sainte-Victoire. Des nuances violettes – telles des pétales de lavande réparties sur la toile. Aucune forme. Juste des caresses. Des centaines de petites caresses, légères et généreuses, déclinées en plusieurs teintes de violet. Un ciel bleu, impassible. Sans richesse – comme si la Sainte-Victoire le transcendait. Les tableaux se ressemblaient tous. Seules certaines connotations se fondaient au même décor. La Sainte-Victoire pouvait paraître tout aussi enjouée, bercée par la lumière chaude du soleil, que malheureuse, terrassée par la nuit qui draperait sa longue robe colorée d’un rideau noir. C’était elle.

— Qui a peint ces toiles ? demanda Bastien sans détourner les yeux des œuvres sur le mur.

— Ah ! C’est la jobastre des sources ! Elle dessine bien ma parole. Comme quoi, on peut avoir la tête bien faite et les mains pleines de sang ! dit Hugolin en jetant un coup d’œil aux tableaux.

— Pardon ? dit Bastien, pris d’effroi.

— Fanny ! Oh lala, celle-là ! Il n’y en a pas deux. Mais parle pas fort, elle est pas très populaire ici. »

A peine le nom de « Fanny » fut prononcé que les clients du bar se retournèrent vers Bastien. Le jeune homme ne fit pas un geste – la scène était presque surréaliste. Tout le monde chuchotait. Il entendait des bribes de mots. Sorcière. Meurtrière. Folle. Elle n’est pas humaine ! Pourquoi est-elle encore dans la nature ? En prison ! A Montperrin ! Traître ! Qui c’est celui-là ? Encore un Pastaga s’teu plaît ! Des verres posés sur la table, des tchin-tchin. Des voix graves, des hommes qui se grattaient la gorge. Des reflux et des reflux de bruits qui, tous ensemble, se mêlaient dans un grand orchestre indigné et révolté par ce prénom. Un prénom aux sonorités si douces : « Fa-nny » – on aurait presque imaginé une petite fille modèle de la Comtesse de Ségur. Un « a » qui grimpait sur un arbre pour saisir des colombes et un « i » qui tombait dans la rivière en riant. « Fanny ». Il n’y avait rien de choquant dans ce nom innocent qui faisait pourtant frissonner le public. Bastien se souvint des dernières paroles de la peintre et surtout de son « innocence » qu’elle lui affirmait sans même le connaître. Ces informations diverses le déconcertaient. Les quiproquos, les dissonances, les incohérences n’avaient jamais été son fort. Il était lui-même un être peu logique qui se contentait de vagabonder entre les différentes émotions qui s’emparaient de lui tout au long de la journée. Naturellement, son premier rendez-vous avec Clémence lui revint en tête. Ils s’étaient rencontrés sur Internet. Après quelques discussions enflammées, pleines de tendresse et de complicité, Bastien avait décidé que tout ce passé sulfureux sur Iphone n’était qu’un jeu et qu’il souhaitait entretenir une relation platonique avec la violoniste. Elle le prit très mal, mais il n’y pouvait rien. Bastien n’était pas un homme de la raison. Il flottait dans un vide intergalactique qui lui empêchait de revenir sur la terre ferme. C’est bien ce qu’on lui avait reproché dans toutes ses tentatives amoureuses ou amicales et même journalistiques : le manque de régularité, de sens, de stabilité. Dans le cas #Fanny, il se perdait dans le flot de paroles, de murmures et d’hésitations qui ponctuait chaque regard en sa direction. Il avait envie de fuir, sans donner une explication. Il aimait fuir. Toute sa vie, il avait fui. Sa famille, ses amis, ses amantes et surtout lui-même. Prendre la fuite, c’est toujours plus facile que de s’abandonner aux mystères et aux zones de danger de la vie. C’est un élan pour tenter de retrouver sa liberté – une liberté faussée par la crainte de l’avenir. Bastien n’avait jamais été libre. Il était comme tous les autres : un produit sans valeur ajoutée qui s’amassait et attendait d’exister. Un caméléon, prêt à se colorer d’insouciance, de passion et de colère pour satisfaire les besoins d’un employeur, d’une femme ou d’un ami. Au Domaine des Masqués, il n’avait jamais aussi bien porté son masque.

« Comment pouvez-vous juger Fanny ? Vous la connaissez ? »

Une voix féminine brisa le malaise qui s’était installé dans le bar. Bastien ne parvenait pas à savoir d’où elle venait. Puis, il vit une jeune femme avancer avec assurance. Une brune, aux grands yeux marron en amande. On pouvait lire sur son visage mille et une aventures qui avaient forgé son esprit. Elle n’avait pas peur. Contrairement à Bastien, elle ne fuyait pas – elle ne fuyait jamais. Tout le monde se tut.

« Ah Marion, minotte. Faut pas réveiller les démons comme ça ! s’écria Papet

— Je sais, Papy. Mais ces gens-là mentent ! Et je ne peux pas laisser Fanny être le théâtre de tragédies infondées ! Vous savez tous comme moi que cette histoire de meurtre n’a jamais été élucidée.

– Galinette, tu défends une meurtrière, lui répondit Hugolin. Il n’y a que ses tableaux qui ont de la valeur ! Si je les revends, j’irai m’escamper dans les îles, pas trop loin de la Vierge et je vous laisserai ce bar de fada.

— Qui êtes-vous ? demanda Bastien.

— Marion, enchantée ! Ne les écoute pas. J’ai entendu que tu avais besoin d’aide pour ta voiture, suis-moi. »

Marion entraîna Bastien en dehors du bar.

 

*

 

« Il y a une règle d’or à respecter en communauté : ne pas parler des polémiques, dit Marion en menant Bastien près de la rivière.

– Je le sais bien ! Mais j’ai rencontré cette femme ! Et ses tableaux étaient accrochés sur le mur du bar. Elle est exceptionnelle, elle a un véritable talent pour la peinture – un talent inimitable ! Je ne peux pas croire tout ce qu’ils disent ! A-t-elle vraiment commis un meurtre ?

Marion resta silencieuse pendant quelques secondes. Elle prit un peu d’eau entre ses mains pour se rafraîchir le visage.

— Peu importe ce qu’elle a fait. Fanny a sauvé mon petit frère. Il est tombé dans la rivière et le courant l’emportait déjà. Je m’étais endormie au soleil. Je n’avais rien vu. Et puis des cris. A l’aide, à l’aide ! Je me réveille. Fanny était déjà en train de nager vers lui. Elle n’avait pas peur – elle maîtrisait la nature et ses caprices. Elle s’est accrochée à un bout de bois et a ramené mon frère. Je me suis mise à pleurer. Elle ne m’a rien dit. Elle a disparu au moment où je le serrais dans mes bras. Quelques jours après, j’ai trouvé près de chez moi un tableau qui représentait une rivière paisible – et mon frère en train d’y jeter des cailloux.

Bastien activa discrètement le mode « Caméra » de son téléphone.

— C’est donc une héroïne ? Une sorcière ? Wonder Woman ? insista Bastien.

— Franchement, ce n’est pas un roman ou un film. Il n’y a pas de Wonder Woman mais des femmes avec des émotions, des pensées, des personnalités. Je ne pense pas qu’on soit en mesure de reprocher ce meurtre à Fanny sans la comprendre.

— Dites m’en plus sur l’objet d’une telle accusation…

— Bastien !

Clémence s’approcha, furieuse, de Bastien et Marion.

— Alors comme ça, tu es en retard ? Avec une nouvelle conquête ? Ma foi !

— C’est qui cette fausse diva ? dit Marion en détaillant Clémence.

— Clémence Labrune, bientôt diplômée du Conservatoire d’Aix, avec une spécialité en musique de chambre. Et toi ? Dis-moi ce que tu fais dans la vie, dit-elle avec ironie.

Marion éclata de rire et tira le bras de Clémence. Elle l’a mis à terre en quelques secondes – cette dernière gémit, le pantalon tâché de boue.

— Gendarmerie nationale. Je suis celle qui protège les pauvres petits musiciens de se prendre quelques coups d’archet sur les doigts quand ils n’écoutent pas Radio Classique à 19h30 avant l’heure de la soupe aux carottes.

Clémence se leva, outragée par une telle offense. Comment Marion osait-elle s’attaquer à l’espoir de la musique aixoise ? Elle aurait pu lui casser un doigt ! Un doigt qui ne pourrait plus glisser sur les longues et douces ficelles de son violon. Ou autre part.

— Clémence, je vais tout t’expliquer. Ma voiture est tombée en panne. Alors j’ai juste demandé de l’aide à cette charmante demoiselle. Rien de plus, nous nous connaissons à peine, s’écria Bastien un peu gêné, s’efforçant de calmer la musicienne.

Elle ne le croyait pas. Ce n’était pas la première fois que Bastien faisait preuve d’instabilité. Elle jeta un regard supérieur à Marion. Elle ne supportait pas de se trouver dans une situation où une autre fille attirait plus l’attention qu’elle. C’était peut-être son naturel de musicienne – cet art magnifique de la représentation. Etre devant un public, c’est vouloir être acclamé, aimé, adulé. C’est jouer – certes du violon, mais aussi jouer devant des spectateurs. Clémence aimait le jeu – elle était la « femme qui joue ». Celle que l’on trouvait jolie et agréable, la sainte-nitouche frileuse qui brillait au Conservatoire. Au contraire, Marion ne s’était jamais sentie rivale de qui que ce soit. Elle n’avait jamais voulu être au centre et faisait partie de ces femmes de l’ombre, ces Wonder Women sans costume qui louaient la justice. Marion ne jouait pas à l’héroïne – elle n’était en rien une actrice. Ses moindres gestes se teintaient d’une spontanéité chaleureuse, d’une invitation enthousiaste à suivre n’importe quel chemin – du moment que ce dernier menait vers la sagesse. C’était peut-être ce qui avait manqué à Clémence pendant toute sa vie : le partage, l’amour de l’autre – l’amour tout court. Elle voyait en Marion tout ce qu’elle désirait être : une beauté subtile, des yeux francs, un air fier et honorable.

— Alors, allons-y Bastien. Nous n’avons pas besoin de toi, dit Clémence à Marion.

— J’étais en train de parler à ton collègue. A moins que tu instaures une dictature, est-ce possible de poursuivre notre conversation ?

— Soit. Mais je ne m’en irai pas.

Clémence commença à marcher le long de la rivière – Marion et Bastien restèrent en arrière. Bastien vérifia si le mode « Caméra » était toujours activé.

— Dites m’en plus sur ce meurtre. De quoi l’accuse-t-on ? demanda Bastien en se penchant vers l’oreille de Marion.

— Je ne peux pas en parler ici. Mais sache que l’histoire de Fanny est bien plus complexe. Elle a dissimulé des peintures qui prouvent son innocence dans des endroits clés de Provence. Chaque toile est un indice pour mieux la comprendre. Elle me l’a dit. Si je parviens à réunir toutes les œuvres, je la connaîtrai bien plus que quiconque. C’est mon devoir – j’arpente les vallées à la recherche de couleurs, de dessins, de gribouillis, de potentielles réponses. Tu me poses beaucoup de questions sur Fanny. Mais je ne sais pas qui tu es.

Bastien hésita un moment.

— Je suis écrivain. Je cherche de l’inspiration pour mon nouveau roman…#Fanny. Cette femme m’a inspiré car elle s’éloigne des standards féminins de notre génération. Elle n’est ni ultra connectée, ni ultra fashion-addict. Elle, c’est une femme qui inspire les poètes. Quelle femme sur Instagram est assez sublime et brillante pour pouvoir inspirer de grands écrivains… tel que moi ? J’ai besoin d’une muse, d’une femme inaccessible et en dehors du temps et elle…

— Je crois que ton autre conquête a frappé, dit Clémence en pointant une toile accrochée sur un arbre. »

Bastien se précipita vers l’œuvre et fut pris d’une émotion soudaine comme si quelque chose de magique et d’inattendu se produisait. Il ne parvint pas à contenir sa joie, mêlée d’une légère crainte de ce qu’il allait découvrir. La toile représentait une ruelle d’Aix-en-Provence, probablement près des Cardeurs si on en juge les bâtiments tout au fond – Bastien y distinguait même le Café des Philosophes. Une petite fille, un livre à la main, au milieu. Des couleurs chaudes, douces et rassurantes. La ruelle est étroite comme si elle enlaçait la fillette d’une tendre étreinte. Un balcon fleuri couleur magenta. Une vieille femme qui veille sur elle. Elle coud avec élégance – le visage dur et fermé. Elle lui rappelait sa propre grand-mère. Les grand-mères ont toutes ces traits marqués par la vie, ces jugements indirects qui fleurissent dans leur regard. Et pourtant, on se sent terriblement en paix auprès d’elles. Bastien se plaisait à toucher ces belles mains tâchées, ces craquelures qui avaient conquis les cœurs de ses enfants. Ces mains fatiguées par les gâteaux, le travail, la chaleur et la guerre. Ces mains, pleines d’histoires et de souvenirs. Il les retrouvait dans ces coups de pinceaux.

Au loin, il aperçut la silhouette de Fanny, toujours en train de peindre. Leurs yeux se croisèrent quelques instants avant qu’elle ne disparaisse dans les rayons du soleil. Bastien eut le temps de la prendre en photo. #Fanny, #Peinture, #Quête. #LesCardeurs.

Coin des librairesNon classé

L’été des libraires: La sélection anglophone de Book In Bar

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L’été est enfin là, et si cet aphorisme échoue à banaliser la fournaise dans laquelle nous sommes plongés depuis quelques semaines (questionnant également la notion même de ‘printemps’) il annonce toutefois la merveilleuse saison des siestes ; et qu’est-ce qu’une sieste sans un livre ou deux (ou trois, ou seize) à portée de main, je vous le demande. D’ailleurs, les lecteurs les plus assidus savent qu’il est parfois difficile de choisir parmi le panel mis à notre disposition dans les librairies aixoises.

Celles-ci proposenE145C2BB-0F53-4A7A-8F7C-36328AC6D100t alors une sélection estivale que j’ai à cœur de vous révéler. Pour commencer, je me suis alors rendue dans la petite librairie internationale Book In Bar située au 4 rue Joseph Cabassol, qui propose également tout plein de délicieuses petites choses à boire et à manger. Contre toute attente, en dépit de la canicule qui sévit à l’extérieur la librairie était presque vide. J’ai été aimablement dirigée vers une petite table portant un écriteau « Nos coups de cœur pour l’été ». Avant d’entendre crier à l’opportunisme, il me fallait toutefois en choisir cinq suivant les conseils de la libraire ainsi que ma propre expérience à la lecture de certains extraits.

Je tiens à préciser que la table ne contenait que les versions originales des ouvrages, Book In Bar étant une librairie internationale. Pour les personnes souhaitant une version française de ceux-ci, je joins un lien permettant de se les procurer si toutefois elles existent. Voici donc la sélection de la sélection, la fameuse ‘sélection-ception’ :

Celui qui est bestseller

Mothering Sunday de Graham Swift (Le Dimanche des mères).

« Un roman d’apprentissage fulgurant, limpide et étincelant. » pour Télérama, « alive with sA8F3C127-05D4-4D51-BCBA-6B1F240ABF45ensuousness and sensuality » pour le Sunday Times dont l’ouvrage est bestseller.

L’action débute en 1924, en Angleterre. Jane est orpheline et rejoint son amant, Paul, avec qui elle entretient une relation platonique depuis sept ans et qui est sur le point d’épouser une autre jeune femme. Après le départ de celui-ci, Jane se retrouve seule dans une maison vide.

Ce qui attire dans ce livre c’est tout ce qui découle d’une aventure dissimulée et défendue, c’est Jane touchante et lumineuse au fur et à mesure que nous sommes projetés dans les années qui suivent cette journée qui s’avère déterminante pour Jane. Personnellement, j’aime particulièrement les romans d’apprentissage en ce qu’ils dépeignent un cheminement personnel suffisamment poussé pour encourager le lecteur à une reconsidération de sa propre personnalité, de ses propres volontés.

Cet ouvrage, comme les suivants, est disponible chez Book In Bar. Vous pouvez trouver la version française à la Librairie Goulard en précommande ici .

 

Celui qui apaise

Birds Art Life Death (a field guide to the Small and Significant) de Kyo Maclear.

Outre la première F44C9451-6B78-4B01-B20D-07BBAC16099Cde couverture minimaliste et relaxante, l’ouvrage est d’une délicatesse certaine. Ce récit autobiographique qui résulte d’une réflexion de l’auteure sur sa propre condition d’artiste, interroge la nécessité de se nourrir et se former de ses passions pour prendre de la hauteur et surpasser l’anxiété. En fait, il semble être le remède à cette sensation d’oppression que l’on ressent lorsqu’on vit en ville, lorsqu’on travaille beaucoup ou que notre cercle familial nous étouffe par exemple.

Pour ceux qui ont besoin de s’isoler l’espace d’un instant et de se recentrer sur eux-mêmes, de se vider l’esprit.

Je ne suis pas parvenue à trouver une version française de cet ouvrage, il est toutefois disponible chez Book In Bar.

 

Celui dont on attend le dénouement

This Must Be The Place de Maggie O’Farrell (Assez de bleu dans le ciel).

Un homme qui enquête sur la mort de son premier amour en pensant en être le responsable, son épouse ex-star de cinéma ayant organisé sa disparition pour fuir son quotidien, au premier abord 5C69C831-52AD-46AC-BCCC-2CA3F42626B0le roman présélectionné pour le Costa Novel Award semble soumis à une recette trop connue voire épuisée.

Cependant les aperçus des portraits des différents personnages, aussi bien la fantasque Claudette que son époux Daniel, captivent et révèlent une histoire bipolaire en ce que le récit oscille entre drame et tendresse. De plus, l’intrigue nous fait voyager en Amérique, en Angleterre, en France, en Irlande, mais aussi dans le temps, dans les souvenirs de Daniel.

Bien que ce ne soit pas le genre de livres que j’ai l’habitude d’aimer, je trouve l’écriture quasi cinématographique de l’auteure curieusement reposante, en rupture avec les péripéties du récit.

Ceux qui seraient attirés par l’histoire peuvent évidemment le trouver dans la librairie susmentionnée et en version française à la Librairie Goulard ou en précommande ici .

 

Celui qui avait une jolie couverture avec un petit chat

The Guest Cat de Takashi Hiraide (Le Chat qui venait du ciel).

Oui, il me faut beaucoup de courage pour confesser que c’est l’amour inconditionnel que je porte aux chats qui m’a attirée vers ce livre, dont la première de couverture laisse apparaître une toute petite tête mignonne de tout petit chaton (un peu comme une souris atteinte de toxoplasma). Pour revenir à notre sujet et en tou9C02BD39-9102-48DA-A60C-C7D0625EC56Cte objectivité, l’histoire est encore plus touchante que cet aperçu ; L’arrivée impromptue d’un chat dans un appartement tokyote vient révolutionner le quotidien d’un couple d’écrivains qui s’éloignent de jour en jour. Grâce à lui, les deux protagonistes commencent à poser un regard bien plus optimiste sur leur avenir, jusqu’à ce qu’un événement vienne remettre en question ce bonheur.

Le synopsis m’a réellement conquise, et dans les extraits feuilletés j’ai trouvé une ode aux sentiments, à la douceur et à l’innocence presque troublante. De plus, le style de l’écrivain japonais est à l’image de cette culture et fidèle à la lenteur qu’on retrouve dans la culture traditionnelle et particulièrement la littérature du Japon.

Bestseller en France, au Japon et aux Etats-Unis , cet ouvrage est disponible en français à la Librairie Goulard et en précommande ici

 

Celui qui est engagé

We Should All Be Feminists de Chimamanda Ngozi Adichie. (Nous sommes tous des féministes).

C’est un tout petit livre, un tout petit essai dont le titre parle de lui-même. Initialement, 99390B54-C9FD-473A-AACE-C8ADF6E9E2B1il s’agit d’un discours prononcé par l’auteure nigériane à l’occasion d’une conférence TED « ideas worth spreading » (les idées qui valent la peine d’être diffusées) en décembre 2012. Je n’ai d’autre moyen de vous donner envie de l’approcher qu’en vous en proposant un extrait.

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.»

Malgré tout, Chimamanda Ngozi Adichie aborde la qestion du féminisme avec toute la lucidité et l’humour qu’on retrouve dans ses romans dont j’espère avoir l’occasion de vous parler.

Le discours est également disponible en français à la Librairie Goulard et en précommande ici

 

J’espère que certains d’entre vous dénicheront dans cette petite sélection le livre de leur été. Toutefois, je vous invite à vous rendre directement chez Book In Bar ne serait-ce que pour découvrir ce lieu digne d’un roman fantastique (et déguster du cheesecake si le cœur vous en dit). Vous y trouverez également des grands classiques de la littérature anglophone dans de très jolies éditions (notamment toute la collection Penguin Classics) mais aussi des manuels de langues, des journaux étrangers, de la littérature italienne, allemande, russe… Je pense même pouvoir m’avancer et dire que vous serez reçu et conseillé de la meilleure des façons.

J’espère pouvoir vous faire découvrir très prochainement la sélection estivale des autres librairies aixoises. En attendant, pour combattre la canicule je vous conseille de suivre ma posologie : buvez beaucoup et lisez tout autant.

A très vite.

Claire.

 

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La Fête de la Musique s’apprête une nouvelle fois à envahir Aix !

Fête de la musique

Le 21 juin n’est pas férié. Il ne marque pas la mort ou la naissance d’un prophète mais, pour beaucoup d’entre-nous, c’est un jour qui frôle la spiritualité. Vous le sentez arriver, ce parfum mêlant transpiration, alcool et amplis grillés ? La Fête de la Musique est bientôt là. Hallelujah.

Non classé

Pour ou contre : des facebook live le lundi soir à 21h00 ?

Cours_Mirabeau,_Aix-en-Provence

Pendant 10 minutes, les lundis soirs à 21h00, nous avions l’idée avec l’équipe de proposer dans les prochaines semaines un facebook live composé de 3 parties.

  • La question des internautes : Quels sont les 5 bars aixois que vous nous conseillez ? Quel parc aixois est fait pour moi ? Quelle heure est la plus propice pour faire son shopping tranquille aux Allées ? De quoi rebondir sur l’actualité, faire le plein d’astuces et débattre ensemble !
  • L’agenda aixois à J+7
  • La revue de Presse, les 3 news insolites du Pays d’Aix de la semaine !

Si on a une majorité de pour, on lance ce module dès le 8 mai prochain ! Votez sur le sondage en ligne.

 

Ça flaneNon classé

Mon week-end détente entre Hyères & Porquerolles

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Récit de notre globetrotteuse Sophie. Vendredi soir, je prépare ma valise dans l’inconnu, sous le regard amusé de mon copain, organisateur du week-end surprise, qui brouille les pistes jusqu’au dernier moment.

Samedi matin, il est temps de prendre la route,  et je m’imagine mille destinations, tant notre région regorge de merveilleux coins qui valent bien d’y passer un week-end ! Tout doucement, nous nous dirigeons vers le Var, que je connais peu et je suis donc partante pour quitter l’autoroute à chaque sortie ! Finalement, 1h20 plus tard, Hyères sera la bonne sortie !

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Dès le midi, nous nous imprégnons de l’atmosphère estivale en mangeant au cœur de la place Massillon où se dresse la tour des Templiers. Puis nous poursuivons nos flâneries dans la vieille ville médiévale,  entre les ruelles colorées, les boutiques de souvenirs, les portes et voûtes anciennes. Nous enchaînons sur une balade plus musclée en montant jusqu’au Parc du Castel, puis au Parc Saint-Bernard et la Villa Noailles, et enfin au château. Faire travailler ses cuisses vaut bien le spectacle pour les yeux : à chaque point, nous nous régalons du panorama évolutif sur Hyères et ses îles. Les lieux en eux-mêmes n’ont rien à envier aux belles vues, le charme opère rapidement lorsque l’on se perd dans les terrasses à la végétation luxuriante du Castel. Et nous restons aussi subjugués devant la sublime Villa Noailles à l’architecture moderne qui date pourtant des années 1920 ! Pour terminer en beauté cette journée, nous dînons à un tout autre endroit idyllique : le port Saint-Pierre, sur la presqu’île de Giens.

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Le lendemain, il est temps de partir à la découverte d’une véritable île, celle de Porquerolles ! Pour éviter l’attente, je vous recommande d’acheter à l’avance vos billets, par exemple à l’office de tourisme. 20 minutes de bateau, et nous voilà propulsés dans un monde apaisant, relaxant, magique. Oubliez les voitures, ici les piétons et les cyclistes sont rois ! Nous récupérons les vélos loués, puis nous partons gaiement sur les sentiers. La pointe de l’indienne, la calanque du Brégançonnet, la pointe du Langoustier, la plage d’Argent, la plage Notre-Dame, les champs d’oliviers, les vignes, les eaux translucides, le sable fin, et les multiples points de vue sur l’île… Tout est splendide ! Pique-nique sur la plage, avec l’impression d’être en plein mois d’août, mais seuls les plus courageux se baignent en ce week-end de Pâques. Le temps file entre nos coups de pédale, et nous voilà déjà de retour au village. Nous profitons des derniers instants sur le port baigné de soleil, avant de reprendre le bateau pour Hyères, puis la voiture pour Aix. En bref, une destination idéale pour vos week-end, profitez-en avant l’afflux de touristes de l’été !

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Un petit nouveau au 1 Cours Mirabeau : Le Cornin Coqtails Club

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Vous souvenez vous de We Love Puro, ce bar situé au 1 Cours Mirabeau aux influences italiennes qui vous a régalé cet été avec ses glaces et jus de fruits faits maisons ? L’été a laissé place au froid et à un nouveau concept : Le Cornin Coqtails Club.  Ce bar vous propose de retourner dans les années 20, les années folles,  entre amis ou à deux, autour d’un cocktail et d’une planche.

De 9h à 20h, le Cornin propose les classiques d’une brasserie française, mais à partir de 20h le lieu se transforme en une véritable guinguette des années 20 où vous pourrez déguster des compositions de cocktails français élaborés avec des alcools d’un autre temps comme la Suze ou l’Absinthe. Alors laissez vous tenter par l’un des 5  cocktails proposé dont les intitulés racontent à eux seuls une véritable histoire.  » Elle a 20 ans, s’assied à une terrasse de St Tropez, il est 14h, elle a aimé, en a pris deux… » voici l’un des noms de cocktails présent sur la carte, vous essayez de résister n’est ce pas ? Cependant, vous vous y voyez déjà. L’équipe du Cornin s’est donné une seule ligne de conduite : vous faire découvrir ou redécouvrir le goût et le savoir-faire à la « française », des alcools de qualité et des saveurs nouvelles comme le quinquina à des prix raisonnables et abordables, comptez entre 7 euros et 9 euros le cocktail. Vous pouvez également vous laisser tenter par une composition sur-mesure selon vos goût et vos envies que le barman effectuera avec talent.

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Evidemment, qui dit tradition française dit apéritif ! Vous avez le choix entre différentes planches à des prix très attractifs et toujours composées de produits de qualité. Pour les plus hésitants d’entre vous, tout a été prévu, la carte présente également des cocktails plus classiques comme le Mojito ou la Tequila Sunrise. Un choix de vin vous est également proposé entre 3,50 euros et 6 euros le verre. Avis à tous les étudiants aixois, un happy hour sera très prochainement mis en place afin de vous faire profiter du savoir-faire du Cornin Coqtails Club, donc vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas venir tenter l’expérience.

Le Cornin Coqtails Club

Ouvert du Mercredi au Samedi de 9h à 2h.

Photos : Cornin Coqtails Club Facebook

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Replay 2016 : Le top 5 des articles les plus lus sur le blog !

L’année 2016 se referme comme une papillote de 88 articles qui fleurent bon le calisson. Quels ont été les 5 articles les plus populaires ? 

Déroulons le classement sans plus tarder !

N°1 Dans les coulisses des nuits aixoises !

[3 voyages au bout de la nuit aixoise /  Marine la Noctambule / 8008 vues]

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N°2 Jean Yves nous régale avec ses archives étudiantes !

[Les étudiantes du Cours Mirabeau en 1989 /  Jean Yves le prof / 4210 vues]

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N°3 Pierre Jean à l’assaut de trois bons restaus !

[3 restos à tester pour la rentrée /  Pierre Jean le bon vivant / 3600 vues]

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N°4 De la magie flotte dans l’atmosphère aixoise

[Aix accueille la Coupe du Monde de Quidditch /  Grégory l’enfant du pays / 2930 vues]

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N°5 Se caler pour l’hiver sur Aix !

[12 astuces pour survivre au froid sur Aix ! /  Grégory l’enfant du pays / 2608 vues]

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Il Court Mirabeau : le bilan réjouissant après 3 mois d’ouverture !

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La question existentielle du jour : combien de bougies faut-il mettre pour fêter un anniversaire de 3 mois ? Vous avez 1h et nous ramassons les copies. Pendant que nous planchons sur la solution (une partie de l’équipe s’est dépêchée au Fêter et Recevoir des Milles pour sortir de ce mauvais pas), fêtons ensemble en stats une belle aventure inespérée où tout est encore à créer petit à petit ! 

♦ 77 000 ♦

C’est le nombre de pages vues sur le site en 3 mois. On approche petit à petit de la population totale d’Aix en Provence, bien que vous allez le voir, on nous lit d’un peu ailleurs aussi à notre grand étonnement ! Mille mercis à vous les lecteurs de passage ou fidèlement ancrés dans nos ruelles digitales.

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♦ 28 ans ♦

C’est la moyenne d’âge des internautes qui nous suivent sur les réseaux sociaux et le site. 

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♦ Aix, Paris (!) et Marseille dans le trio de tête ♦

36% d’entre vous viennent d’Aix (c’est plutôt rassurant). En embuscade, nos amis parisiens (23%) sont devant les marseillais (6%), les lyonnais (3%) et les avignonnais (2%). J’ai l’impression de vous donner les résultats des élections, c’est très flippant ! 😀

♦ 81 articles ♦

Chaque jour à partir de 19h00, un nouveau post apparaît comme par magie, grâce à l’un de nos 12 blogueurs ! Une famille est née et je tiens aujourd’hui à les remercier de leurs dévouements, leurs enthousiasmes et leurs générosités. Grâce aux nombreux retours, nous arrivons à nous adapter en temps réel. Merci à vous tous ! (En mode, allons faire pleurer dans les chaumières)

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Pourquoi les étudiants aiment autant Aix la nuit ?

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Pourquoi vous aimez tant Aix la nuit ? Marine, notre noctambule, à travers son expérience, met des mots sur cette douce et piquante vie aixoise nocturne. L’occasion de rendre hommage à tous les bars et les boites d’Aix qui chaque jour, accomplissent un travail colossal pour apporter du baume au cœur à toute une partie d’Aix en Provence. 

Et si je vous demandais ce soir pourquoi vous aimez sortir à Aix la nuit ? Je suis certaine que vous ne saurez pas choisir entre toutes les idées qui vous traversent l’esprit, que vous avez déjà quelques bons souvenirs qui reviennent, des fous rires, des anecdotes, et des lendemains difficiles en amphi pour ceux qui n’ont pas renoncé à sortir en semaine.

Ayant toujours vécu à Aix-en-Provence, j’ai donc effectué mon adolescence et ma vie étudiante au cœur de cette ville qui se métamorphose une fois la nuit tombée.
Par quoi commencer ? Il y a les lieux que l’on a fréquenté et que l’on fréquente toujours 2 ans plus tard, les petits nouveaux qui font leur place petit à petit et remplacent les anciens qui n’existent peut-être plus. Mais, pour ma part on m’entendra toujours dire  » non ce soir, je reste juste 1 heure et je rentre « , puis je regarde ma montre, il est déjà 1h ou 2h du matin, les bars ferment, est-il trop tard ou trop tôt du coup ? Voilà ce qui fait la vie étudiante d’Aix en Provence, cette effervescence du mardi au samedi dans les rues, sans interruptions, une ambiance unique.

« Allez Marine on sort ce soir, tu ne peux pas refuser » ,  » De toutes façons, vu l’heure qu’il est, il vaut mieux que tu ne dormes pas ». « Et puis dans tous les cas tu vas être crever demain donc autant sortit non ? «  Voilà les précieux conseils de mes amis, et des vôtres j’en suis sûre. Alors après avoir passé le début de soirée ( définition du début de soirée : 21h-2h ) à la Verrerie, au Wood’s ou au Barberousse nous voilà partis pour sortir en boite mais encore faut-il se mettre d’accord sur la boite de nuit : Murano, Scat, IPN, Mistral ou encore Sons des guitares (et bien d’autres encore, la liste est très longue, j’aurais l’occasion d’en parler au fil de la saison dans d’autres articles).

Après un long débat (peut-être pas si long mais à 2h du matin tout nous parait souvent très long ), où chacun à miraculeusement retrouvé ses esprits afin d’exposer le plus d’arguments possibles, personne ne tranche.

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Tant pis, ce n’est plus le principal problème, on a faim, il nous reste 2 ou 3 euros dans la poche en pièce de 20 et 10 centimes ( merci aux barmans ), plusieurs choix s’offrent à nous : Lavarenne en haut du Cours Mirabeau ou place Richelme, au moins on est sûr de manger mais nous avons oublié que nous n’étions pas seuls, la queue devant l’enseigne en témoigne. Il y a également Capri, mais il faut courir place Richelme avant 2h du matin, heure de fermeture. Pour ceux qui sont arrivés à se mettre d’accord sur la suite de leur soirée qui va finir au Murano, ou au Scat, vous êtes attirés inévitablement par cette barquette de frites ou le sandwich à 2 ou 3 euros du petit snack en face du Murano, ouvert toute la nuit, Le Panino.

C’est bon, tout le monde est là en même temps, si vous êtes chanceux du moins, car sinon vous allez passer une heure à chercher un de vos amis qui s’est volatilisé. Une fois l’ami en question retrouvé (c’est toujours le même de toutes façons) vous pouvez enfin continuer votre soirée : l’entrée ok, le vestiaire ok, le verre ok.
Vous êtes raisonnable, vous partez 30 minutes avant la fermeture car « Non on ne va pas faire la fermeture quand même il faut qu’on se lève demain ! « . Alors, comment vous dire que non, les 20 minutes de sommeil que vous allez gagner ne vont pas tout changer, comment vous dire que le lendemain vous allez prévenir tout vos amis que plus jamais vous ne ferez ça parce que vous vous êtes endormis en cours (ou en TD bien pire), que vous avez raté votre bus pour retourner chez vos parents, ou que vous avez fêtez les 80 ans de votre grand mère à la San Pellegrino. Et enfin comment vous dire que vous savez très bien que 2 ou 3 jours plus tard, un ami va vous appeler et vous dire : « Allez on sort ce soir et tu ne peux pas refuser« .

C’est pour toutes ces raisons que j’aime Aix la nuit, et vous ?

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