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Ça surprend

Comment les étudiants d’Aix faisaient la fête au moyen-âge ?

Jean-Yves le Prof

Saison 4, épisode 1

Cette série d’articles, qui comprendra 7 épisodes, vise à décrire la vie étudiante à Aix à travers anecdotes et épisodes plus ou moins comiques, en tous cas toujours hauts en couleurs et pittoresques : les étudiants animent la ville depuis plus de six siècles !

L’Université, notamment sa Faculté de droit, est en effet présente à Aix depuis 1409 ; elle a été créée par une bulle du pape Alexandre V (un antipape, au moment du grand schisme d’Occident, le pape de Pise, face à ceux d’Avignon et de Rome, mais le pape de Rome, l’unité retrouvée, a eu l’intelligence de confirmer cette création) ; elle a eu lieu à la demande de Louis II d’Anjou, Comte de Provence, le père de notre bon Roi René (et d’ailleurs l’année de la naissance de celui-ci).

Encore fallait-il y attirer des étudiants. Dès 1413 est publiée la lettre suivante, diffusée partout par des messagers royaux, ceux de Louis II, duc d’Anjou, comte de Provence, mais aussi roi de Sicile et de Jérusalem :

« A Aix, l’air est salubre et les ressources en vivres très abondantes ; point de risque de famine, point de crainte de peste ; à Aix il n’y a pas à redouter les violences et les rixes, si fréquentes ailleurs ; les habitants sont d’humeur affable et paisible, enfin, on trouve en cette ville, comme chacun sait, un grand nombre de savantes personnes non seulement en droit ou théologie, mais encore en toutes autres sciences ; en un mot, il n’est point de séjour plus propice à l’étude ».

On ne ferait pas mieux aujourd’hui en matière de « com. » et le Doyen de la Faculté de droit comme les élus municipaux d’Aix n’auraient, je pense, guère de mots à changer ! Il faut ajouter que la bulle du pape, créant l’université d‘Aix, prévoyait que les étudiants et leurs professeurs « jouiraient des privilèges, libertés et immunités accordées par le Saint-Siège aux universités de Paris et Toulouse ». Aix, au niveau de Paris, mais le soleil en plus !

La suite de l’article en dessous de l’encart…



Les étudiants des siècles précédents, beaucoup moins nombreux, faisaient plus de bruit que les 35 000 d’aujourd’hui.

Le chancelier de l’université était l’archevêque d’Aix, (le premier ayant été en 1409 Thomas de Pupio, d’où la lettre P que l’on retrouve sur les armes de la faculté et même encore aujourd’hui sur les murs de la salle des actes) ; le recteur, lui, était un étudiant, « de bonne vie et mœurs », élu par ses pairs, étudiants qui, déjà, jouaient un rôle dans le conseil. Ce n’est qu’au XVIe siècle que les docteurs prirent de l’importance, l’un d‘entre eux devenant primicier (Primus inter pares, premier entre les égaux).

Les statuts de l’université ne se contentaient pas de réglementer les examens, mais prévoyaient en détail une quantité considérable de fêtes, banquets et autres. Tout était prétexte à des réjouissances, les examens, aussi bien que l’installation du recteur : des cortèges à cheval, de la musique avec des fifres et tambourins, des spectacles, des bals…

La fête principale avait lieu le jour de la Fête-Dieu, ou religion et amusements se mêlaient, puisque le saint sacrement était accompagné de deux jeunes étudiants faisant des bouffonneries, le prince d’amour et l’abbé de la jeunesse. L’abbé Coyer, dans son Voyage d’Italie et de Hollande, parle d’un « porteur de chaise fagoté en reine de Saba ; des Apôtres, armés de fusils, qui se battent contre des diables, pour défendre le Messie chargé de la Croix ; un lieutenant d’Amour, rôle toujours destiné à un jeune homme de distinction qui jette des oranges aux belles dames ».

Casanova lui-même avait été choqué par la forme que prenait à Aix la Fête-Dieu, célébrée ailleurs avec pompe et dignité, qui était chez nous « un spectacle beaucoup plus digne des Saturnales d’un carnaval en goguette que d’une procession de peuples chrétiens et surpasse en turpitude tout ce que nous lisons des Bacchanales du paganisme ». Et les étudiants n’étaient pas pour rien dans cette dérive comique.

André Boulaya  d’Arnaud, dans son évocation du vieil Aix, souligne que tout était occasion de fêtes, et l’élection du recteur, ou du primicier, était annoncée aux autorités, à commencer par l’archevêque, par six ou huit étudiants à cheval, qui «  se présentaient ensuite aux dames (honestis mulieribus) pour les inviter aux danses et à la collation offertes au Palais à cette occasion. La cavalcade était précédée par le bedeau, portant la masse de l’Université, ainsi que par des mimes et des ménétriers, eux-mêmes à cheval ». (Ménétrier ou ménestrel = joueur de musique instrumentale, violonistes de villages faisant danser les invités).

Le Charivari était aussi une occasion de fête, car les statuts de l’université de 1660 prévoyaient que tout étudiant qui se mariait devait payer un droit proportionné à son grade, droit doublé s’il épousait une veuve ; en cas de non-paiement, avait lieu le charivari, organisant un vrai chahut et un énorme vacarme, accompagnés de propos injurieux, au cours du mariage. S’il ne payait toujours pas, la porte de son logement était recouverte, à chaque jour de fête, d’immondices jusqu’à ce qu’il paie.

Christiane Derobert-Ratel rappelle qu’au XIXème siècle, si les jeux de la fête Dieu avaient disparu, le charivari persistait : « De nombreux jeunes gens, agitant des sonnettes, des grelots, soufflant dans des trompettes, des cornets, des coquilles de mer, frappant sur des tambourins ou des ustensiles de cuisine, chantant des paillardises, proférant de grands cris ou des propos injurieux et obscènes, accompagnent en cortège les futurs époux à la mairie et à l’église. Le soir, le vacarme se poursuit devant leur demeure ou sur le toit d’une maison voisine attirant parfois plus de 200 curieux. Ce tapage se renouvelle ainsi plusieurs nuits de suite. Il occasionne souvent des rixes avec les habitants du quartier indisposés par ce tumulte, ce qui provoque l’intervention de la police ».  Je ne sais pas si cela consolera ceux qui, aujourd’hui, se plaignent (parfois à juste titre) du bruit fait par les étudiants dans les cafés et restaurants de telle rue ou place, mais qu’ils soient conscients que ce n’est rien, par rapport au vacarme des étudiants aixois du 19ème siècle !

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