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Et les Mistrals Gagnants – Episode 1- « Coïnci-danse »

Découvrez une histoire dans l’esprit de La La Land, Un Dos Tres et l’Auberge Espagnole, qui met en scène de jeunes aixois. Une coloc improbable, sur fond d’arts de la scène, de Rotonde et de péripéties, c’est le pitch un brin mystérieux de la deuxième fiction « fait maison » du blog. « Et les mistrals gagnants » débarque chaque mercredi à 18h00 sur le blog sous formes d’épisodes romancés. Episode 1 !

Les notes du piano s’égrènent, ma voix les suit sans effort apparent. Toujours plus haut, mais sans forcer. Ne pas appuyer sur les cordes vocales, garder la mâchoire détendue, reprendre juste ce qu’il faut d’air après chaque montée. A la moindre tension, le son se modifie. Imperceptiblement pour certains, mais après des années de cours réguliers, je l’entends comme une vraie dissonance. Laetitia aussi. Ses doigts cessent de courir sur les touches du clavier, elle me laisse me corriger avec un sourire.

Nos séances de vocalises sont faites de ça: son piano, ma voix, des regards et une vraie complicité. Il arrive encore, bien sûr, que l’on s’interrompe vraiment pour que Laetitia m’explique le fonctionnement de certaines choses. Mais cela reste un moment d’échange constant, verbal ou non. Et c’est l’une des raisons qui me font aimer les exercices de technique vocale là où d’autres trouvent cela rébarbatif.

– Tu me bluffes quand même, me dit Laetitia à la fin de la séance. J’ai l’impression qu’à chaque cours, un nouveau déclic se fait !

– J’ai une prof douée…

Elle secoue la tête en levant les yeux au ciel.

– Le jour où tu réussiras à te mettre dans le crâne que tu as du talent, Mathilde…

– Ça viendra peut-être quand j’aurai ton âge !

   Laetitia éclate de rire et fait mine de me frapper. C’est un jeu entre nous. Malgré ses quarante ans et nos treize ans d’écart, on a toujours été proches. On s’apprête à terminer sur un dernier exercice lorsque la porte du studio s’ouvre à la volée. Une tornade blonde déboule en faisant des bruits d’avion en plein crash.

– Elias ! gronde Laetitia. Je t’ai dit mille fois de ne pas faire ça !

– Mais maman ! C’est la guerre, et mon Grumman F-14 Tomcat est en train de perdre de l’altitude ! Il doit atterrir ! Ah, salut Math !

– Qu’il aille atterrir ailleurs que dans les studios ! 

   Le petit garçon ressort aussi bruyamment qu’il est entré. Laetitia soupire. A dix ans, son fils devient bien plus sûr de lui et n’hésite pas à répondre à sa mère. L’absence de père à la maison n’arrange pas les choses. En rassemblant mes partitions, je lui propose de m’occuper d’Elias un soir pour lui permettre de souffler un peu.

– Pourquoi pas…

– Je peux le prendre à la coloc, de toute façon on a toujours une chambre de libre.

– Vous n’avez toujours pas trouvé de remplaçant pour Maxime?

– Non. J’adore vivre avec Romane et Julien, mais on fonctionnait bien tous les quatre.

– T’inquiète, je suis sure que vous allez finir par trouver !

   Moi aussi. Du moins je l’espère fortement, parce qu’indépendamment de la division du loyer, une quatrième personne mettrait un peu de vie dans notre appartement. Entre Julien qui est à fond dans la préparation de ses concours et Romane qui bosse sur un gros projet dans sa boîte de communication, le pic d’ambiance de ces dernières semaines a été la fois où j’ai mis la B.O de « Lalaland » à fond pendant que je prenais un bain. Si l’absence de mes colocs m’a permis de chanter à pleins poumons dans le pommeau de douche, je préfère mille fois partager des moments avec eux. Perdue dans mes pensées, je suis Laetitia hors du studio jusqu’à l’espace cuisine et détente. Elias s’y trouve, debout sur une chaise, les bras tendus tel un oiseau. En poussant un cri de guerre, il s’élance et atterrit – de justesse – sur le canapé. Laetitia le récupère et réussit tant bien que mal à lui faire enfiler son manteau.

– Mathilde, on se retrouve à 19 heures pour la répétition avec la troupe. Tu as les 4-6 ans cet après-midi, tu peux faire cours dans le grand studio, il est libre.

   Sans attendre ma réponse, elle quitte les lieux avec son fils toujours en train de « faire la guerre ». Je me pose dans le canapé en promenant mon regard sur les murs de la pièce. Ils sont recouverts de photos, posters et affiches des spectacles montés par Laetitia. Elle a créé Aix en Scène à seulement vingt-cinq ans, avec une telle motivation que la mairie d’Aix-en-Provence l’a aidée à trouver les financements pour monter son association. A l’époque, elle était secondée par son compagnon, le père d’Elias, qui a fini par tout quitter, y compris femme et enfant, pour aller s’installer aux Etats-Unis. Quand j’ai croisé la route de Laetitia, elle avait un petit garçon de deux ans à assumer toute seule et le moral au plus bas. Je venais de débarquer à Aix pour mes études et, malgré mes dix-neuf ans, on s’est entendues dès notre première rencontre. Elle a été ma première prof de chant, je l’ai soutenue dans ses difficultés et passé pas mal de temps à m’occuper d’Elias, que je considère maintenant comme mon petit frère.

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   Je monte jusqu’à la rue d’Italie pour attraper un sandwich à la boulangerie en passant par la place des Quatre Dauphins et sa jolie fontaine. Les rayons du soleil d’hiver se faufilent dans les ruelles d’Aix-en-Provence, et bien qu’il fasse frais, on peut sentir que le printemps n’est pas très loin. Depuis que j’y habite, j’aime marcher dans cette ville. Son atmosphère à la fois tranquille et vivante, ses petits restaurants agréables, ses parcs tous différents… Je m’y sens chez moi bien plus qu’à Lyon où j’ai pourtant passé mon enfance et mon adolescence !

   J’ai bien fait de prendre un dessert en plus de mon sandwich, parce que le groupe des 4-6 ans à qui je donne des cours d’éveil musical m’a vidée de toute mon énergie. Ils sont seulement six, je les adore, mais en une heure de temps j’ai à peine réussi à leur faire chanter le premier couplet d’une chanson d’Henri Dès ! Malgré ma fatigue, la perspective de la répétition du soir avec la troupe me motive à garder les yeux ouverts.

   Comme chaque année, on monte un spectacle pour le mois de juin et cette année, il s’intitule Et les Mistrals Gagnants. Depuis deux ans, en plus de donner les cours aux petits, je seconde Laetitia sur l’écriture et la mise en scène. C’est passionnant, à tel point que je me suis souvent demandé si je n’avais pas raté ma vocation. D’un autre côté, mon master en LEA ne me sert pour le moment à rien puisque je suis « conseillère en vente dans le prêt-à-porter ». Comprendre: vendeuse dans une boutique de fringues. Au départ, c’était provisoire, le temps de trouver un job dans ma branche. Le provisoire s’est transformé en CDI 35h week-end compris. Je ne me plains pas, je gagne ma vie, le boulot n’est pas horrible non plus, mes collègues sont sympas. C’est juste que je rêvais d’autre chose. Je me voyais mener des missions importantes à l’étranger, pour des clients prestigieux, dans une ville comme New-York ou Tokyo.

   A l’école, quand on nous demande de choisir une orientation, on ne nous dit pas que la vie, ce n’est pas comme des petites cases à cocher sur un papier. Et quand on voit marqué, sur la plaquette de formation de la fac, « Débouchés: responsable achats internationaux, responsable de succursale à l’international, ingénieur d’affaires export, International supply chain manager… », on n’imagine pas un instant que cinq ans après son diplôme on se retrouve à vendre des tee-shirts. Pourtant, la réalité peut rattraper le rêve bien plus vite et plus brutalement qu’on ne le pense. La faute à personne, ou à la vie. Au choix.

   L’arrivée de ceux qui composent la troupe me tire de mes pensées. Agnès, Ludo, Rheda, Marie, Corinne, Gaëlle, Denis. Je les connais depuis quelques années déjà, on a tous des parcours, des points de vue, des âges différents, mais quand on est sur scène ensemble on forme un tout, une unité. Je fais des bises, je salue, on me demande comment avance l’écriture, si je sais déjà quelles seront les mises en scène des chansons. On s’installe dans le grand studio en attendant Laetitia en discutant joyeusement. J’aime cette connivence de troupe, cette chaleur humaine qui peut nous faire déplacer des montagnes. Lorsque Laetitia arrive, elle est accompagnée par un jeune homme brun que je n’ai jamais vu.

– Bonsoir tout le monde ! Je vous présente Taj, qui va nous aider, Mathilde et moi, sur la mise en scène du spectacle côté chorégraphie.

– Chorégraphie… attend… tu veux nous faire danser pour de vrai ? s’exclame Rheda en ouvrant de grands yeux. Ça suffisait pas les mouvements de bras qu’on faisait jusque là ? Ça rendait pas si mal…

– Non, mais du coup on pourra proposer quelque chose d’un peu plus élaboré, répond Laetitia en riant.

   Je ne dis rien. Je suis complètement sidérée. Laetitia ne m’a jamais parlé de travailler avec un chorégraphe. J’ai beau me creuser les méninges, je n’ai absolument aucun souvenir qu’elle ait ne serait-ce qu’évoqué l’idée. Le dénommé Taj se présente rapidement, et d’emblée je n’aime pas le ton qu’il prend :

– Salut à tous, donc moi c’est Taj, je suis chorégraphe et j’ai déjà pas mal d’expérience de la scène. J’ai commencé à cinq ans, et je me suis « fait tout seul » comme on dit. Je ne vous promets pas de faire de vous des danseurs de ballet, mais vous vous améliorerez sans aucun doute avec moi ! La danse, ce n’est pas simple, il faudra bosser bien plus que ce que vous aviez l’habitude de faire jusque là si vous voulez du résultat.

   Soit il nous prend pour des demeurés, soit il se prend pour George Balanchine. Ou les deux en même temps. Mais son air suffisant et son petit sourire m’horripilent alors que je ne lui ai même pas adressé un mot. Calme-toi, Mathilde. Ne juge pas sur les apparences. Je cherche le regard de Laetitia, mais elle semble m’éviter soigneusement. Je n’y comprends rien.

   Taj reste pour observer ce qu’on a comme bases en danse. On lui refait les quelques chorégraphies du spectacle de juin 2017. Il ne dit rien, mais garde un air circonspect pendant les quinze minutes de démo. Un grand silence suit les dernières notes de la musique. Enfin, il se lève et lance un théâtral « Y’a du boulot ! ». Je trouve ça franchement déplacé vis à vis de nous, mais surtout de Laetitia. Les membres de la troupe échangent des regards équivoques. Je ne tiens plus :

– En même temps, nous ne sommes pas danseurs.

– Je vois ça.

– Ça ne nous empêche pas de remplir un théâtre entier à chaque représentation que l’on fait.

– Je veux juste vous apporter mes compétences dans un domaine que vous connaissez mal, argumente Taj sans se démonter.

– Tu n’es pas obligé d’être condescendant en nous prenant pour de parfaits amateurs.

– C’est ce que vous êtes, pourtant.

   Je suis estomaquée par un tel mépris et me tourne vers Laetitia. A mon regard, elle comprend que je suis surtout blessée qu’elle ne m’ait rien dit. Heureusement, le reste de la troupe se donne le mot pour faire passer le malaise en posant des questions techniques à Taj. Alors qu’il fait mine de partir, Laetitia lui dit de rester pour apprendre à connaitre notre fonctionnement et notre manière de travailler. Taj a l’air agacé mais s’exécute. Elle a au moins un peu d’ascendant sur lui… Mais où a-t-elle dégoté un mec pareil ?

   Je ne suis pas restée après la répétition, comme je le fais souvent. Je suis partie attraper mon bus pour rentrer directement chez moi. Il est 21 heures, il fait nuit et froid, le bus 12 est quasi vide. Tandis qu’il fait le tour de ville, je ferme les yeux et me concentre sur la musique qui défile dans mes écouteurs. Ça me calme tellement que j’en aurais presque oublié de descendre à mon arrêt !

   A l’appartement, par miracle, Romane et Julien sont là tous les deux. Mon sourire revient, c’est devenu tellement rare que l’on passe une soirée ensemble ! Julien cuisine tout en jetant un oeil à un gros bouquin ouvert sur le comptoir, Romane pianote sur son ordinateur, assise dans le canapé.

– Salut, les colocs !

– Ça va Math? Bonne journée? me demande Romane sans quitter son écran des yeux.

– Elle avait bien commencé, elle s’est plutôt mal terminée…

   Mon amie lève la tête en fronçant les sourcils et abandonne son PC. Julien me sert un verre de vin en mettant des chips dans un bol. On s’improvise un apéro, comme une bulle d’oxygène dans nos vies respectives. Romane pose ses lunettes, coince une mèche de son carré brun derrière les oreilles, tandis que Julien referme son livre et baisse la puissance du gaz sous les casseroles. Je leur raconte l’arrivée de Taj, son attitude insupportable et ma déception quant au fait que Laetitia ne m’ait parlé de rien.

– Elle a peut-être zappé, suggère Romane.

– On est deux dans l’équipe, ça ne fait quand même pas grand monde à prévenir ! J’ai eu l’air d’une parfaite idiote devant les autres.

– Tu devrais en parler avec elle, dit posément Julien.

– Je sais. Mais pas ce soir. Ce n’est pas souvent qu’on peut dîner tous les trois ces derniers temps, j’ai envie d’en profiter !

   Tout en mettant la table, je questionne Julien sur l’avancement de ses révisions. Il passe des concours pour être prof d’histoire, et bien que je n’aie aucun doute sur ses capacités à les réussir, son sérieux et sa passion pour la matière le poussent à étudier durant chaque micro-seconde de libre qu’il peut avoir. Romane, quant à elle, a décidé de délaisser son ordinateur pour la soirée. Chargée de com, elle fait des semaines de cinquante heures mais elle adore son boulot. Je ne sais pas où elle trouve le temps de dormir et d’avoir une vie sociale… En les observant tandis qu’on mange, je me dis que j’ai beaucoup de chance de les avoir dans ma vie depuis cinq ans. Si l’université ne m’a pour le moment pas servi à grand chose professionnellement, elle aura eu le mérite de les mettre sur ma route et d’en faire les personnes les plus proches de moi.

   En me couchant, j’écoute un message laissé par Laetitia. Elle me propose de venir directement à Aix en Scène après mon boulot, à 17 heures, pour que l’on puisse parler. Je lui réponds un laconique « Ok pour demain ». Je n’ai aucune envie de me brouiller avec elle. Et j’ai vingt-sept ans, accessoirement, donc les « j’te parle plus » et autres « t’es plus ma copine » c’était bon pour la maternelle.

***

   Il s’avère que Laetitia avait bien complètement oublié de me parler de Taj. Elle-même ne sait pas comment c’est possible, le fait est que c’est ce qu’il s’est passé. Elle s’est tellement confondue en excuses que j’ai fini par rigoler en lui disant que ce n’était pas la fin du monde. En revanche, en mon for intérieur, je me demandais bien pourquoi lui… Connaissant Laetitia, je me suis dit qu’il devait y avoir autre chose sous ses airs prétentieux de la veille.

   Notre séance de travail à trois ce soir-là m’a démontré le contraire. Et que je t’énumère mes expériences fabuleuses en Italie, et que je te change l’ordre des chansons, et que je te rajoute des chorégraphies toutes les trois phrases… Après deux heures de brainstorming, Taj nous a changé l’intégralité du spectacle. On avait beau lui expliquer le fond, les tenants et les aboutissants, ce qu’on souhaitait, il insistait en disant que ce serait « plus visuel », « plus pro », qu’avec sa « vision d’artiste » il allait nous « améliorer le spectacle à 200% »… Je voyais bien que Laetitia avait l’air un peu dépassée et qu’elle avait juste envie d’en finir, mais au bout d’un moment, j’ai explosé:

– OK, ça va pas le faire, Taj.

– Quoi? Qu’est-ce que j’ai dit?

– Oh, trois fois rien, tu viens juste de ruiner deux mois de boulot en une soirée !

– Je croyais qu’on devait bosser ensemble !

– Oui, et rappelle-moi ton job ? T’es chorégraphe, ici, non ?

– Généralement, sur les shows pros, le montage d’un spectacle est basé sur l’échange entre les différents corps de métiers qui…

– Epargne-moi tes grands discours, je sais comment on monte un spectacle. Laetitia aussi, ça fait quinze ans qu’elle fait ça, t’étais pas né qu’elle montait déjà sur scène !

– C’est bon Mathilde, intervient Laetitia. Taj, merci pour tes suggestions, on va voir ce qu’on peut en faire.

   Cette fois, c’est Taj qui est parti directement en nous disant à peine au revoir. On a marché ensemble jusqu’à la Rotonde avec Laetitia.

– Tu y vas un peu fort, me dit-elle. Taj est compétent.

– Peut-être, mais je le trouve vraiment méprisant.

– Pour le moment, c’est plutôt toi qui le méprises…

– Non ! C’est juste qu’il débarque en se prenant pour un grand chorégraphe. Il a quoi, vingt ans ? Franchement Laetitia, ça ne te choque pas, son délire d’artiste qui sait tout ?

– Un peu, mais quand je l’ai rencontré la première fois, j’ai aussi senti autre chose… J’espère que je ne me suis pas trompée.

   Je l’espère aussi, pour le bien du spectacle et de la troupe. Je n’ai pas envie que Et les Mistrals Gagnants ressemble à la bande démo d’un mégalomane… Lorsque j’arrive à l’appartement, Romane me saute dessus, un sourire jusqu’aux oreilles.

– On a enfin trouvé un coloc !

– T’es sérieuse ?

– Yes, madame ! T’as bien eu mon texto à midi ?

– Euh oui oui…

   Je me souviens vaguement dudit texto (« On voit qqun avec Julien pour la coloc à 12h, me semble que t’as ta pause à 14h, débrief ce soir. Biz ! ») mais j’avais la tête tellement occupée par le cas « Taj » que je n’ai pas répondu. Romane continue, ultra enthousiaste :

– Il s’appelle Timothée, il est assez jeune mais il a l’air cool ! Il peut emménager demain soir, si c’est OK pour toi.

– Si vous validez tous les deux, ça me va, je vous fais confiance !

   Tout en cherchant un truc à grignoter, je raconte à Romane les nouvelles du jour. Elle est contente qu’on ne soit pas brouillées avec Laetitia, mais trouve Taj plutôt antipathique. Forcément, le portrait que je lui dépeins est peu flatteur, mais ça me fait du bien de vider mon sac. Lorsque Julien rentre, on fait un rapide ménage afin que l’appartement soit prêt à accueillir Timothée. Je suis en train de faire la poussière des étagères du salon quand un vacarme pas possible sort des enceintes: Romane a lancé une playlist de hard rock. On échange un regard avec Julien, qui lève les yeux au ciel. Quand notre coloc déboule dans le salon en tenant le balai comme une guitare électrique et en secouant ses cheveux dans tous les sens, le contraste avec son tailleur gris est tellement saisissant qu’on finit par éclater de rire. Et nous voici donc, toutes les deux, en train de sauter comme des gogols en criant des paroles en yaourt. Douze ans d’âge mental, vingt-cinq et vingt-sept ans d’âge réel. On s’en fout, ça fait du bien ! Julien finit par nous rejoindre, comme à chaque fois, dans notre délire. Si on accueille notre nouveau coloc comme ça, je pense qu’il fera demi-tour direct et qu’en plus il ira signaler aux flics que trois dangereux psychopathes vivent ici !

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***

   Je décide de passer un vendredi d’humeur joyeuse, et la météo est avec moi. Un grand soleil brille toute la journée, les gens paraissent heureux. Le week-end approchant contribue sans doute à cette légèreté. Je termine tôt aujourd’hui, et je décide de remonter chez moi à pied depuis le centre-ville. La dernière portion du trajet, avenue Paul Cézanne, grimpe un peu, mais l’avantage d’habiter là c’est la jolie vue qui surplombe Aix. Au coucher du soleil, c’est magnifique.

   A la maison, je chante quelques morceaux à la guitare. Je suis seule, j’en profite. Chanter m’apaise, me ressource, et souvent, me donne de l’énergie. Je prépare également un gâteau au chocolat pour fêter l’arrivée de notre nouveau colocataire. Je me sens bien chez moi, comme dans un cocon aux couleurs chaudes, avec la déco chinée par Romane: une petite sculpture de chat en fer forgé, un plaid multicolore, un carillon en bois… qui cohabitent avec les montagnes de livres de Julien et ses multiples ustensiles de cuisine. Ce sont ces petites choses qui font l’identité de notre colocation, à laquelle j’apporte la touche musicale. Romane et Julien rentrent plus tôt que d’habitude, et nous sommes en train de cuisiner ensemble quand la sonnette retentit.

– Ça doit être Timothée, déclare Romane en sortant le gratin de légumes du four. Tu veux bien aller ouvrir, Math ?

   Je ne me fais pas prier. Je m’arme d’un grand sourire et, impatiente de faire sa connaissance, j’ouvre la porte. Surprise, stupeur, incompréhension, saisissement, ahurissement… je ne trouve pas le mot approprié pour désigner mon sentiment lorsque je me retrouve nez-à-nez avec Taj.

On se retrouve mercredi prochain à 18h pour l’épisode 2 d' »Et Mistrals Gagnants ». 

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