et les mistrals

Et les Mistrals Gagnants – Episode 3 – « Concor-danse »

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Découvrez une histoire dans l’esprit de La La Land, Un Dos Tres et l’Auberge Espagnole, qui met en scène de jeunes aixois. Une coloc improbable, sur fond d’arts de la scène, de Rotonde et de péripéties, c’est le pitch un brin mystérieux de la deuxième fiction « fait maison » du blog. « Et les mistrals gagnants » débarque chaque mercredi à 18h00 sur le blog sous formes d’épisodes romancés. Episode 3 !

   Je hais la semaine de la Saint Valentin. Déjà parce qu’à la boutique, on sort les tee-shirts et les pulls avec de gros coeurs rouges ou roses dessus (bonjour le bon goût), mais surtout parce que j’ai l’impression de croiser deux fois plus de couples que d’habitude. Entendons-nous bien: je n’ai rien contre eux, je suis ravie qu’ils soient heureux ensemble. Disons que cela me renvoie plutôt à ma propre solitude qui dure depuis… trop longtemps. L’avantage cette année, c’est que la Saint Valentin tombe le mercredi, ce qui signifie que ma soirée est de toute façon occupée par les répétitions pour « Et les Mistrals Gagnants ».

   C’est avec cette pensée plutôt positive que je prends mon café ce mardi matin, savourant le fait de ne travailler qu’à partir de quatorze heures. Entre deux gorgée, je fais quelques arpèges à la guitare en fredonnant. La musique fait décidément partie de moi, même au réveil. Certains font du yoga, regardent la télé ou jardinent pour se détendre et faire le plein de bonnes ondes, moi je chante! Julien est déjà parti à la fac, Romane est au boulot… et je me rends-compte que je ne sais pas ce que fait Taj lorsqu’il n’est pas à Aix en Scène. Son arrivée, fraîchement douché, est l’occasion de le lui demander. Il a l’air surpris que je m’adresse à lui sur un ton normal et modéré.

– Ce que je fais en dehors de l’asso? Bah je bosse dans un musée.

J’ai l’air tellement surprise qu’il sourit.

– Tu pensais que je glandais rien?

– Non, non, je suis juste étonnée que tu travailles dans un musée… je ne savais pas que tu aimais la peinture.

Il éclate franchement de rire.

– Mathilde, c’est un boulot alimentaire, comme toi et ta boutique de fringues. J’aime bien la peinture, mais rester debout des heures dans une salle et demander de temps à autre à un touriste de ne pas toucher les oeuvres, ce n’est pas vraiment ma passion !

   Je suis à la fois stupéfaite et confuse. Qu’est-ce que j’imaginais ? Qu’il gagnait suffisamment bien sa vie pour ne s’occuper que de l’asso, pour passer tout son temps à nous créer des chorégraphies ? Ou peut-être même qu’il était embauché par Angelin Preljocaj en personne et qu’il passait son temps au Pavillon Noir ? En bref, j’imaginais un fils-à-papa pourri-gâté avec de grands délires d’artiste inconscient de la réalité des choses. En m’apercevant que ce n’est pas tout à fait ça, je me sens honteuse. Sans rien ajouter, je replonge le nez dans ma tasse de café. Taj semble passer à autre chose, s’assoit au bout de la table à ma gauche et entame son petit déjeuner. Je sens qu’il m’observe de temps à autre et même si je fais mine de continuer à gratter les cordes de la guitare, ça me met mal à l’aise. J’essaye de  combler le silence:

– Je refais du café, tu en veux ?

– Non merci, je vais prendre du thé.

– Je te fais chauffer de l’eau, alors.

– Si tu veux.

Merveilleux dialogue, non ? Je m’active. Taj me lance:

– Te sens pas obligée d’être sympa si t’as pas envie.

– C’est pas le cas.

– OK.

   De mieux en mieux. Je n’ai qu’une envie: sortir d’ici et vite descendre au marché pour prendre l’air. A ce moment-là, je ne sais pas ce qui me prend, les neurones ont dû se court-circuiter dans mon cerveau parce que je m’entends proposer à Taj:

– Tu veux venir au marché avec moi ?

   A voir sa tête, il est aussi surpris que moi par la proposition. Je me prends à espérer qu’il refuse, mais il accepte. C’est donc côte à côte que nous descendons jusqu’à la place de l’Hôtel de Ville vingt minutes plus tard, sans échanger autre chose que des banalités à propos du temps. Peu à peu, alors que l’on passe devant la cathédrale Saint Sauveur et que l’on s’engage dans la rue Gaston de Saporta, je me détends. Les boutiques commencent à ouvrir, je me mets à en présenter certaines à Taj. On dépasse le marché aux fleurs, l’imposante mairie et la Poste pour se retrouver sur le marché des producteurs. Je connais tous les stands, du poissonnier au producteur d’huiles essentielles. J’échange quelques mots avec chacun, tout en remplissant mon sac avec des fruits et légumes de saison. A force de me voir presque une fois par semaine, beaucoup me reconnaissent, et certains sont même venus voir le spectacle d’Aix en Scène l’année dernière. Je croise aussi une collègue de la boutique et un copain de la fac. Taj semble étonné.

– Tu connais tout le monde, ou ça se passe comment ?

– Pas vraiment, mais Aix est une petite ville, c’est facile de croiser des connaissances.

– Ce n’est pas un peu étouffant, à force ?

– Ça va… J’aime bien ce côté « village », cette impression d’appartenir vraiment à un endroit.

   Il semble un peu perdu, mais ne cesse d’observer les gens, les bâtiments, les rues, avec une curiosité presque analytique. Je me rends-compte que, sans savoir son âge, on lui donnerait plus facilement vingt-cinq ans que vingt. Malgré nos prises de bec incessantes et mes premiers à priori, je trouve que son visage trahit une maturité que je n’avais certainement pas au même âge.

   Nous remontons ensemble. Dans la rue Gaston de Saporta, je m’arrête à Christophe Madeleines, une toute petite boutique où les madeleines sont à tomber par terre. Croustillantes à l’extérieur, moelleuses à l’intérieur… La vendeuse, une brune souriante aux cheveux incroyablement longs, nous conseille sur les parfums. Comme Taj n’a pas d’avis sur la question, je prends un assortiment. Je sais que Romane et Julien adorent, de toute façon, et qu’en deux jours il n’y aura plus aucune trace des gâteaux…

   Taj m’aide à porter nos emplettes du marché, le retour est plus détendu que l’aller et on attrape le bus de justesse avenue Pasteur, ce qui nous évite la longue montée jusqu’à l’appartement. Tandis que Taj range les fruits et légumes dans le frigo, je croque dans une madeleine au citron. Alors que je m’apprête à terminer ma bouchée, mon téléphone sonne: ma mère. Elle ne m’appelle jamais, sauf quand ça ne va pas. Je m’isole dans ma chambre. Effectivement, elle ne va pas bien. Elle ne se remet pas de l’autre soir, ses souvenirs l’assaillent, elle ne dort plus… Je fais de mon mieux pour l’écouter, la réconforter, mais cela me pèse de plus en plus. Et, de plus en plus, j’en veux à mon père. Il tente bien, chaque année à Noël et à mon anniversaire, de m’envoyer un mail, mais je les jette avant de les ouvrir. Je pense que je n’arriverai jamais à lui pardonner.

   En sortant de ma chambre, je dois avoir une drôle de tête parce que Taj me demande si ça va.

– Oui oui, c’était juste ma mère. Alors, tu as goûté les madeleines ? Elles sont pas oufissimes ?

– J’avoue, elles sont pas mal.

– Comment ça, « pas mal » ? Elles sont démentes !

– Elles valent quand même pas un bon éclair au chocolat…

– Mais… ça n’a rien à voir ! C’est comme comparer… je sais pas moi, la danse et le chant ! Il n’y a pas un truc mieux que l’autre, c’est complètement différent !

– Ouahou, je ne pensais pas qu’une madeleine pouvait te rendre aussi passionnée… je comprends mieux nos engueulades en séance créa !

   Sa remarque me stoppe net. Il a toujours ce petit sourire en coin agaçant, mais je dois avouer que ça lui donne un certain charme. Puisqu’il met les pieds dans le plat, autant en profiter.

– A ce propos… J’avoue que j’y suis peut-être allée un peu fort. Et puisqu’on doit se côtoyer tous les jours, ce serait pas mal de reprendre sur de bonnes bases, non ?

– J’étais prêt à partir sur de bonnes bases dès le départ, moi. C’est toi qui m’a sauté à la gorge à la première répétition.

   Au fond, il n’a pas tout à fait tort. Je me mords la lèvre, ne sachant pas tellement quoi dire. Il me sauve la mise sans s’en rendre compte en bondissant:

– C’est l’heure ça? Merde! Je commence au musée dans vingt minutes!

– Oups, tu vas devoir te taper un sprint…

   Il attrape son manteau et m’adresse un sourire avant de claquer la porte.

– Pas grave, ça valait le coup ! Merci pour la matinée !

   Je m’active aussi, sinon je vais également finir par être à la bourre. Et je n’ai pas du tout envie de courir.

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***

   Le soir, je retrouve Romane à l’appartement. Julien passe la soirée avec des amis. En chaussettes, calées sur le canapé en sirotant une infusion, on refait le monde. Du moins, le notre. Quand je lui raconte la matinée avec Taj, elle m’adresse un regard chargé de sous entendus.

– Pourquoi tu me regardes comme ça? Je trouve que ça s’est plutôt bien passé.

– Ah mais oui, ça m’étonne d’ailleurs vu que ne pouvais pas te retrouver dans la même pièce que Taj sans faire une poussée d’urticaire…Tu vois, quand je te disais qu’il était plutôt cool, j’avais raison. Il faut juste apprendre à le connaitre un peu.

– On n’est pas encore les meilleurs potes du monde non plus.

– Peut-être, en attendant ça détendra un peu l’atmosphère à la maison et à Aix en Scène. C’est Laetitia qui va être contente!

   On se fredonne quelques chansons en duo, aussi. Romane ne prend pas de cours, mais elle aime bien m’accompagner de temps en temps. Et surtout, elle adore quand je reprends des classiques de notre enfance et adolescence… « Barbie Girl » à la guitare avec deux cinglées à la voix, ça donne une version très personnelle ! C’est d’ailleurs là dessus que nous trouve Taj quand il arrive, vers vingt-trois heures. En le voyant tracer de l’entrée jusqu’à sa chambre, Romane rigole:

– Tu veux te joindre à nous?

– Je viens de me faire deux heures de danse non stop, donc c’est vous qui voyez…

   En le voyant approcher d’un air menaçant, on fait mine d’être horrifiées en se protégeant la tête de nos mains. Il bat en retraite en riant et, avant de disparaitre dans la salle de bains, nous lance un truc genre « vous êtes folles ». Je dois avouer qu’il ne détonne pas trop dans la coloc et qu’il a l’air d’avoir un côté fun…

   Il nous rejoint une fois douché, mais du coup je n’ose pas vraiment chanter autre chose que des trucs idiots ou marrants. Aussi, quand Romane me supplie de faire « Chasing cars » de Snow Patrol, j’hésite un peu. Le chant, c’est paradoxal: on peut faire ça devant des centaines ou des milliers de personnes (pas moi, évidemment, je ne remplirai jamais le Stade de France) sans aucun problème, mais devant deux personnes que l’on connait, tout change. C’est une véritable mise à nu. Du coup, là, dans mon salon, devant Romane et Taj, j’ai dix fois plus la trouille que pendant un spectacle d’Aix en Scène. Et puis, le plaisir de chanter prend le dessus et je me lance. Dès les premiers accords, je me retrouve dans une bulle. Cette chanson, elle me met toujours dans un état un peu particulier. C’est la première que j’ai vraiment travaillée avec Laetitia, ma première scène. Mais c’est aussi la chanson sur laquelle je suis tombée très amoureuse pour la première fois, à quinze ans, celle que j’ai écoutée en boucle pendant des heures, celle qui m’a accompagnée aux épreuves du bac puis aux résultats…

   Quand je termine, Romane applaudit très fort pour cacher ses yeux embués. J’ai du mal à me dire que je peux provoquer ce genre d’émotion chez les gens qui m’écoutent. Marie, Ludo ou Corinne, de la troupe, peuvent le faire, Laetitia aussi. Ils ne cachent pas qui ils sont vraiment quand ils chantent, et ils sont capables de vous filer la chair de poule sur n’importe quel morceau. Moi, je ne sais pas. Je chante et j’aime le faire, point. Si je véhicule un peu d’émotion, tant mieux, mais ça me parait souvent improbable. Taj applaudit aussi, les yeux rivés sur le parquet du salon.

A ce moment-là, Julien rentre.

– J’ai raté quelque chose? Vous faites une soirée sans moi? Sympa!

– Mais non! lance Romane en rigolant. T’as juste loupé la plus belle interprétation de « Chasing cars » du monde!

– Sans exagérer, je réplique en levant les yeux au ciel.

– Oh bah non! Tu veux pas la refaire pour moi, Mathou? Tu sais que j’adore quand tu chantes cette chanson!

– Pas ce soir, bichon. Je me lève tôt demain, je dois briefer la nouvelle vendeuse, la pauvre débarque pile le jour de la Saint Valentin.

– Mais on est mercredi demain, tu n’es pas censée être en repos? interroge Romane, surprise.

– Si, mais je bosse quand même le matin, sinon on n’a pas assez de monde pour un jour pareil. Par contre, je suis de repos deux jours d’affilée la semaine prochaine, c’est la fête!

   Julien fait une moue de petit garçon qui boude et des grands yeux de Chat Potté, mais rien n’y fait. Romane s’empare alors de ma guitare et entreprend de m’imiter en jouant des accords parfaitement faux. Julien est mort de rire, mais il reste quand même assis à côté d’elle… Après un « bonne nuit » général, je pars retrouver mon lit et les bras de Morphée avec délectation.

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***

   Le 14 février à la boutique a été éprouvant autant physiquement que moralement. J’ai du gérer la nouvelle vendeuse qui, bien que très motivée découvrait totalement la boutique, ainsi que l’affluence constante de clients, presque pire qu’un premier jour de soldes. Lorsque je suis sortie à treize heures trente, j’étais déjà éreintée alors que mon cours avec les enfants m’attendait à quatorze heures. J’ai attrapé un sandwich et foncé à Aix en Scène dans l’espoir de me poser au moins dix minutes. Manque de chance, mon petit groupe est déjà présent, et entre ceux qui se courent après dans la cuisine et ceux qui prennent le canapé pour un bateau en pleine tempête, je me résous simplement à me faire un bon café bien fort.

   Après leur cours, en revanche, j’ai deux heures de battement avant la séance création avec Laetitia et Taj. Je m’écroule dans le canapé, et il me faut seulement trente secondes pour m’endormir comme une masse.

   Quand je me réveille, une heure plus tard, je suis déjà plus reposée. De la musique me parvient depuis le grand studio. Curieuse, je m’approche. La porte est entr’ouverte. Taj est en train de danser. Ses mouvements sont à la fois fluides, déliés et totalement maîtrisés. L’espace de quelques secondes, je me laisse embarquer dans l’histoire qu’il raconte et j’admire son aisance. Moi qui suis aussi douée pour la danse qu’un poisson pour grimper à un arbre, je suis fascinée.

   La sonnerie de mon portable me fait sursauter. Je bats en retraite le plus discrètement possible, un peu mal à l’aise d’avoir épié Taj. C’est Romane au bout du fil.

– Alors? T’as survécu à ta journée?

– Tout juste. Et encore, elle est loin d’être terminée!

– Tu sais à quelle heure vous terminez la répétition ?

– Comme d’habitude, vers neuf heures ou neuf heures et demie. Pourquoi?

– Ben… je suis pas sûre d’être là ce soir, en fait.

– Tu veux dire que tu me laisses toute seule un soir de Saint Valentin? Oh mon Dieu!

J’ai pris un ton exagérément dramatique, mais Romane n’a pas l’air de comprendre et un grand silence s’installe.

– Eh, je plaisante, hein!

– Tu me rassures, dit-elle avec un soupir de soulagement.

– Et on peut savoir le prénom du monsieur ou c’est classé secret défense?

 – Secret défense jusqu’à demain, au moins que je sache à quoi m’attendre selon l’issue de cette soirée.

– T’as intérêt à tout me raconter, parce que ça veut dire que je vais passer la soirée devant une série avec une tisane et le reste des madeleines… si je m’écroule pas lamentablement avant.

– Bah c’est ce qu’on aurait fait de toute façon non?

– Oui mais sans toi c’est moins drôle.

– Et puis tu seras pas toute seule, Taj sera là.

– Joie et bonheur suprême. Tu sais trouver les mots.

– Rigole, moi je dis que vous iriez bien ensemble.

– Il pourrait être mon petit frère et je suis très bien toute seule.

– Il fait plus âgé et t’as pas vu comment il te regardait hier soir.

– Arrête tes bêtises.

– C’est pas des bêtises.

– C’est ça. Bonne soirée avec Monsieur Mystère!

   Romane éclate de rire et raccroche. J’ai le sourire aux lèvres. Elle ne perd rien pour attendre… Je n’ai pas le temps de m’interroger sur le « t’as pas vu comment il te regardait hier soir » puisque Laetitia arrive.

   La séance de création se passe étonnamment bien. Pour la première fois, Taj et moi on s’écoute et on arrive à sortir des idées constructives. Laetitia semble bluffée mais ravie, d’autant qu’on enchaîne sur la répétition et que Taj est présent cette semaine. « Et les Mistrals Gagnants » prend forme peu à peu. Ce sera l’histoire d’enfants devenus adultes, d’adultes qui retombent en enfance… Je commence à entrevoir les idées de mise en scène de Taj et admets qu’elles sont bonnes, très poétiques. Le reste de la troupe semble aussi emballé, malgré les chorégraphies un peu compliquées parfois.

   Il pleut quand on sort, si bien que Laetitia propose de nous déposer en voiture, Taj et moi. Au vu de ce qu’il tombe, on accepte avec soulagement. Malgré tout, les vingt mètres entre sa voiture et le hall de l’immeuble suffisent pour qu’on finisse trempés de la tête aux pieds. Taj me laisse prendre une douche en premier et je transforme la salle de bain en hammam en savourant l’eau brûlante sur ma peau. Emmitouflée dans ma robe de chambre en polaire, de grosses chaussettes aux pieds et les cheveux enturbanés dans une serviette, je me cale dans le canapé avec une tasse de tisane. Très glamour pour une soirée de Saint Valentin, mais je m’en fiche, je suis trop bien!

   Taj me rejoint. Après quelques secondes d’un silence un peu gênant, je me lance:

– C’était cool, cette répète.

– Oui, très. Vous n’êtes pas si mauvais en danse, finalement…

– Très drôle. Enfin techniquement, si, moi je suis une quiche!

– Pourquoi tu dis ça?

– Ben… tu m’as vue, non? La danse, ce n’est pas vraiment mon truc…

– Mais est-ce que t’aimes danser?

– Je suis pas douée…

– C’était pas ma question.

– J’aime bien, oui, mais je m’arrête très vite parce que je suis généralement ridicule.

– Je suis pas d’accord.

– Comment ça?

– Déjà, tu as le sens du rythme. Ensuite, tout le monde peut apprendre à danser.

– Oui, enfin il faut quand même un minimum de talent à la base, non?

– Viens.

Il se lève, branche son iPhone en réseau sur les enceintes et lance une musique blues plutôt lente. Il me fait signe de le rejoindre au milieu du salon.

– Imagine que tu es mon miroir. Tu reproduis mes gestes.

   Dubitative mais intriguée, je m’applique. Ce n’est pas si compliqué, en fait. Je finis même par m’amuser ! Taj me propose d’échanger les rôles et de devenir le miroir de mes gestes. Je bloque un peu et fais seulement des mouvements de bras pendant un temps, puis je tente d’autres choses. Je ne sais pas si c’est de la danse, mais en voyant mon « reflet » exécuter mes mouvements, je trouve que ça ne rend pas si mal, finalement…

   Si on m’avait dit, un jour, que je passerais un 14 février à danser en pyjama dans mon salon face à un mec que je ne pouvais pas encadrer la semaine d’avant, je n’y aurais pas cru.

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   A la bourre. Je suis totalement et irrémédiablement à la bourre. Je manque de me vautrer dans les escaliers de l’immeuble, mais j’ai exactement sept minutes pour arriver au boulot à l’heure. Ça va être sportif… Par un monumental coup de chance, j’attrape le bus à la dernière seconde. Trois minutes de gagnées sur le trajet.

   Je ne sais même pas pourquoi j’ai oublié de programmer mon réveil la veille, ça ne m’arrive jamais. Il faut croire que le « cours de danse » de Taj m’a retourné le cerveau… En tout cas, je n’aurais jamais pensé dire ça, mais j’ai apprécié ce moment en sa compagnie. On n’a pas beaucoup parlé, mais c’était agréable d’entrer un peu dans son monde (et d’avoir l’impression de savoir danser!).

   Etrangement, la journée passe plutôt rapidement et je suis de bonne humeur. J’ai un cours de chant avec Laetitia en fin d’après-midi, on va pouvoir travailler vraiment les morceaux du spectacle, ça va être sympa. Alors que j’arrive au studio, ma mère m’appelle. J’hésite à répondre, et finis par décrocher.

– Oui maman! Ça va?

– Ma chérie… Ne panique pas mais… Je suis à l’hôpital.

***

On se retrouve mercredi prochain à 18h pour l’épisode 4 d’Et Mistrals Gagnants.

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Il Court Mirabeau