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#Fanny

#Fanny – Episode 7

#Fanny – Episode 7

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Le pitch : Cet épisode présente un ensemble de lettres écrites par James Peters et Clémence Labrune à propos du départ de l’anglais pour le Dorset. Ils y évoquent Fanny et sa réaction face à la nouvelle.

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Si vous aimez « La Femme-Plume », n’hésitez pas à la suivre sur sa page Facebook et sur son blog.


 

                                                                                                     A Fanny Estello

                                                                                                     Meyreuil,

                                                                                                  Le 31 janvier 2012

 

 

Je me suis toujours demandé qui je devais choisir entre la foi et toi. J’ai été éduqué dans une famille religieuse qui percevait God comme notre seul refuge contre les excès de ce monde. Je ne vois pas autrement que par le prisme des miens, de ce cercle fermé auquel j’appartiens. Tu m’as toujours dis que j’étais unique – mais je suis un disciple. Je suis humble, je n’appartiens à personne d’autre qu’au Seigneur. Je me suis perdu dans ses bras et j’y ai trouvé la vérité. Je suppose que tous les Hommes cherchent à donner un sens à leur vie – et c’est pourquoi je me donne tout entier à la volonté du Lord. Pourtant, tu hantes mes pensées et mes jours encore et toujours.

Je m’étais promis de ne pas faillir. Je m’étais promis de ne jamais m’adonner au péché. Et tel un serpent, tu t’es enroulée autour de moi et tu as pris possession de mon corps et de mon esprit. Et là, je me suis perdu entre tes doigts, tes mains et tes lèvres. Tes courbes ont frémi sur mon corps – et ta peau si chaude a glissé tout au long de mon intimité sans que je ne puisse y mettre fin. J’ai saisi tes hanches contre les miennes et des vas et des viens. Un cercle vicieux de plaisirs auquel je me suis laissé porter. Tu m’as piquée de ton venin mortel. J’ai laissé en toi la trace de mon péché – et le Seigneur me regarde. Je suis un criminel. Je suis un pécheur aux yeux de tous. A chaque fois que je me promène vers la Cathédrale, des regards accusateurs me fixent. Ils savent ! Ils ont compris que j’ai vendu mon innocence contre ton arrogance. Dans mes cauchemars, de vieux hommes me pointent du doigt. J’ai trahi leur confiance – je me suis émancipé de leurs paroles. J’ai échangé mes prières contre des cris de jouissance.

Je ne peux plus te regarder. Je ne peux plus jouer un rôle et faire mine de ne t’avoir jamais aimé cette nuit-là. Nous ne sommes plus amis, mais bien plus. J’ai refoulé tout mon amour pour toi depuis des années et il a explosé telle une bombe à retardement. Chacun de tes sourires me rappelle ton visage éperdu. Chacun de tes mots résonne en gémissements. Tes douces mains sont des caresses qui griffent mes épaules et mon dos lorsque je m’attaque à ton cou. Ton corps ne s’habille plus et danse entre les flammes de mon désir.

 

Fanny. Pourquoi, dans ce ciel rose qui s’endort au milieu des lavandes, dois-je t’écrire ces derniers mots ? Pourquoi dois-je oser te dire adieu alors que je n’ai jamais aimé une autre femme que toi ? Pourquoi est-ce que je m’imagine dans une autre vie où nous aurions grandi et vieilli ensemble ? Quelle est cette horrible frustration qui resserre mon âme, cet oxymore hyperpolique qui me fait te dire « adieu » alors que j’aimerais saisir tous les bonjours de l’univers à tes côtés ?

Demain je m’en vais. Je pars chez moi, auprès de la mer grise, du ciel qui pleure et des maisons de toutes les couleurs. Je m’envole au Dorset, parmi ces falaises qui te faisaient rêver. Je rejoins mes frères et mes sœurs dans cette longue et difficile quête de la foi. Et à chaque pas, les pieds enfouis dans la boue, je grimperai cette montagne – les yeux rivés vers ma voie, l’esprit s’élançant déjà vers la Provence. Je ne te perdrai pas de vue. La Manche ne sera qu’une goutte d’aquarelle entre toi et moi. Et mon silence s’ornera de mes plus belles paroles.

Demain, je ne te verrai plus. Je ne jouerai pas de la trompette près de la Cathédrale. Nous n’échangerons plus de banalités, de phrases téléphonées pour éviter d’évoquer cette nuit. Nous ne parlerons plus de l’art, de la littérature et de la peinture. Tu ne liras plus mon roman, je ne commenterai plus tes dessins. Tu pleureras – je le sais. Je pleurerai. Je le sais. Je te vois courir pour me rattraper. Interroger les passants et mes Frères. Bousculer le monde. Crier. Je me vois pâle et sans expression – le hublot de l’avion comme seul échappatoire. Les nuages. Le décollage. Un mal de tête. Un mal de l’être. Une envie de bondir hors de l’avion et de m’envoler vers toi. Et les mains de mon Lord qui m’arrachent de toi. Il saisit mes ailes – je ne suis pas un ange. Il est trop tard pour reculer. Je suis dans l’avion infernal que je ne pilote plus. Je suis porté vers une destination inconnue.

 

James Peters

 

 

 

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                                                                                             A Clémence Labrune

                                                                                             Le 31 janvier 2012

                                                                                           Meyreuil

 

 

Chère Clémence,

 

Merci de remettre à Fanny ce mot. Je n’y arriverai pas par moi-même et j’ai trouvé ta proposition très aimable. Tu m’as été d’une aide précieuse pour déterminer mes objectifs spirituels – et tes parents aussi. S’il te plaît, accompagne-la dans cette épreuve. Rien n’est facile – ni pour elle, ni pour moi. Je me sens lâche de ne pas être capable de l’aborder. Je ne peux plus garder ce poids qui me ronge et qui m’éloigne de mes convictions. De nos convictions.

 

Bonne continuation et que notre Dieu te mène vers de plus beaux chemins,

 

James Peters

 

 

*

 

A James Peters,

Le 4 février 2012,

                  Prayertown, Dorset

Royaume-Uni.

 

Cher James,

 

J’ai remis ta lettre à Fanny. Elle l’a lu avec un air désintéressé – un peu ailleurs. Elle a fini par m’avouer qu’elle voyait un autre homme. Tu n’étais qu’une conquête parmi d’autres. Je suis désolée pour toi, James. Tu as cru que tu te donnerais à une bonne personne, mais Fanny est tout aussi misérable que son frère Daniel. Il a osé me trahir, me blesser, me faire souffrir tout au fond de moi ! Et regarde ce que cette femme te fait ! Elle a joui de ton innocence et de ta tendresse, elle t’a attiré vers le chaos ! Elle a fait en sorte que tu possèdes son corps pour te charmer, te prendre, t’éloigner de tes Frères. Je suis brusque, mais il fallait que tu le saches. Je te conseille d’oublier cette perverse, cette sirène sans gêne. Les Estello sont des individus maudits qu’il faut bannir. Je ferai entendre ta voix pour que cette dévergondée ne t’approche plus. Tu dois maintenant te reconstruire, te faire pardonner pour tout le mal qui s’est répandu cette nuit-là lorsque je vous ai surpris dans cette rue macabre où elle t’a entraîné. Tu la regardais avec envie, tes yeux ont changé de couleur et ton âme si pure s’est dépecée en quelques secondes.

 

Que Dieu te protège,

 

Clémence Labrune

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Manon ou "La Femme-Plume" est journaliste et écrivain. Ses mots voyagent entre la Méditerranée et la Manche puisqu'elle écrit également en anglais. Auteure de la web série #Fanny, elle jongle entre poésie et sarcasme avec une pincée de soleil provençal. Si vous aimez la langue de Shakespeare, rejoignez ses aventures et ses histoires sur son blog https://lafemmeplume.com.

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