Connect with us

Subscribe

Fictions

Jour-J : Episode 1, une soirée spéciale à Majorque

Imaginez que vous puissiez revivre une journée de votre passé.
Imaginez maintenant que ce soit possible.
Cet entretien d’embauche que vous avez raté pour un rien.
Ce faux pas qui vous a fait rompre avec l’amour de votre vie.
Cette journée qui aurait pu être mémorable.
Elle l’a été puisque vous vous en souvenez.
Mais vous vous en rappelez car vous êtes passé à côté.
Le Jour-J va vous aider à changer les choses.
C’est une expérience à saisir.
Nous sommes en 2036.
7 humains choisis au hasard vont tenter de vivre cette seconde chance. Mais une deuxième chance est rarement offerte sans contrepartie.
Ils auront tout loisir de s’en rendre compte…
Et vous. Que feriez-vous si vous étiez choisis ?

*

Les nuages en forme de squale prenaient un air latino au soleil couchant.

Majorque.

Vicenzo, la trentaine passée, sans enfants, profitait de l’esplanade donnant sur Calla Milor, l’une des plages les plus réputées de l’île. L’été 2036, à bout de souffle, terriblement chaud, n’en finissait plus. L’automne se cachait encore, prêt à déferler avec des surprises vagues après vagues. Bonnes ou mauvaises. Mais Vicenzo l’ignorait encore. Heureusement pour lui.

Pour l’heure, en attendant ses amis le rejoindre, il posait un regard amusé vers le soleil sur le point d’être englouti par l’entonnoir de la Terre, comme ces mojitos sirotés avec envie sur les tables animées. Les bars faisaient le plein. Certains étudiants fraîchement arrivés, étaient venus se poser sur les terrasses avec leur hologramme d’un soir. C’était courant depuis quelques années. Des fantômes numériques faisant mine de commander des verres. La nouvelle idée lumineuse pour faire des rencontres.

Le jeune majorquain aux cheveux ondulés et au regard perçant, avait un regard assez acerbe sur les dernières technologies. Il faisait avec. Pêcheur le jour (pour ce qu’il restait de poissons…). Romancier, la nuit. Un brin décalé. Solitaire. Il aimait observer la société sans pour autant aimer que la société ne l’observe. Fêtard mais terriblement seul au fond. « Dire que y’a 20 ans, on rencontrait des gens sur des bons vieux sites virtuels, et ça nous arrivait même de nous rencontrer en réel. Ça avait quand même de la gueule» se rappelait-il avec un brin de mélancolie. Dans ses rares moments de tranquillité entre sa journée à cent à l’heure et ses soirées colorées, il en profitait pour philosopher. Sur le sens de la vie.

Tranquillement dans l’air brûlant d’une canicule de septembre. Habituel.

L’ambiance était pourtant particulière ce soir-là. La routine des planchas, le quotidien des cocktails, l’habituel barnum des Erasmus venus des quatre coins de l’Europe (pour ce qu’il en restait de l’Europe), avaient un goût ce soir terriblement différent. Mais pas moyen de savoir pourquoi.

Peut-être l’effervescence du Jour-J qui depuis quelques mois était dans toutes les langues, et sur toutes les langues.

Le bruit courrait de par le Monde, que 7 humains en parfaite condition physique pourraient bientôt revivre une sorte de deuxième chance dans leur existence. En rejouant une journée de leur passé. Une journée qui leur ont laissé un goût amer dans leur vie. Ce genre de journée où si l’action avait été différente, si le curseur avait été à peine déplacé d’une minute ou d’un geste de maladresse en moins, tout aurait été sûrement différent. Le seul moyen de le savoir est d’y replonger avec délice, ou supplice. Le jour-J faisait couler beaucoup d’encre. Car pour cela, il fallait bien voyager dans le temps.

Oui le mot est lâché. Voyager dans le temps. Ce temps si linéaire. Si irrémédiablement cousu de fil blanc par les scientifiques jusqu’au tournant des années 2020. A coup de conférences, de circulez il n’y a rien à voir. Aucun voyage possible, nous assénait-on. Puis depuis quelques semestres, les langues se délient. Le Jour-J serait une première étape expérimentale, orchestrée par un magistère quelque part sur Terre. Une étape testée sur des humains. Les souris ont fait leur temps. Quel plus beau cobaye que le principal intéressé, à savoir l’humain ?

Les temps changent.

La population n’en savait pas plus dans les médias mainstream sur le contenu de ce voyage. Aller, retour ? Quel type de sentence en cas d’échec pour changer les choses le fameux Jour-J ?

On gardait ça assez secret dans les hautes sphères scientifico-politiques, tout en laissant filtrer deux trois informations pour faire rêver des milliards d’humains. Sur ce point-là, la malice des dirigeants était décidément bien intemporelle.

Les amis de Vicenzo arrivèrent. La soirée se passa sans encombre. Au menu : une scène de tropical house dans une scène ouverte à reconnaissance vocale. Vous criez un nom d’artiste, et le dj ou l’artiste virtuel apparaît plus vrai que nature devant vous, et se lance dans un set automatique en mixant les morceaux clamés par la foule. De quoi mettre David Guetta à l’abri du besoin, lui qui coule désormais des jours heureux à l’aube de ses 70 ans.

Les temps changent.

majorsque

Vicenzo repartit ce soir-là seul, sobre, juste heureux d’être dans ce bordel merveilleux qu’est ce Monde. Entre deux âges. Ni vraiment étudiant, ni vraiment posé, ni vraiment quoique ce soit, mais heureux comme tout.

L’air était moins chaud. Plus que 37°c, quel bonheur.

Les clameurs urbaines se firent plus ténues, au fur et à mesure qu’il marchait vers chez lui en périphérie.

Les restaurants éteignaient leurs loupiottes corail les unes après les autres. Les chats goguenards bondissaient dans les courettes, rassasiés après leur éternelle pâtée pour chat. Dans tous les coins du Monde, et à toutes les époques, s’il y a bien quelque chose d’intemporel, c’est cette odeur de pâtée pour chat. A ceci près que désormais elles étaient bios.

Quelque chose tira Vincenzo de ses pensées spatio-félines.

Un flash couleur indigo nimbé de fluorescence apparut soudain. A quelques ruelles adjacentes. Une seconde d’étincelle. Puis l’obscurité de retour. Puis. A nouveau. Plus rien. Puis un nouveau flash. Très rapide. Et un troisième.

Des lumières, il y en avait des milliers dans ce coin de l’île qu’il connaissait par cœur, mais là…

Quelque chose le poussait à aller voir de plus près. Irrésistiblement attiré vers cette rue un peu à l’abri des regards.

***

  • Je crois que c’est là.
  • Le décor me rappelle un peu ce Pixar de l’époque…
  • Ratatouille ?
  • T’es bête… Non, avec le chat qui fait des yeux tout tristes…
  • Far Far Lointain ? Dans Schrek ?
  • Oui c’est ça, j’étais pas né mais ce film est culte.
  • T’exagères un peu, c’est sinistre comme endroit, comme ma vie.

Orson était d’une « joie de vivre » à toutes épreuves. Longiligne, coupe au bol, des vêtements trop grands pour lui, un éternel adulescent de 32 ans qui passait sa vie à geeker sur sa PS7 et jouer au poker en ligne. Un destin tout tracé.

Il était accompagné d’une autre élue du même pays que lui. Le Pays de Galles. C’est un pays ? En tout cas, il y a Pays dedans.

Elle s’appelait Grace.

Grace, la vingtaine, vivait dans son Monde. Rêveuse, candide et espiègle. Chevelure ambrée. Fossettes. Yeux prune. Un naturel déconcertant. Mais un caractère bien trempé. Sans filtres. Entière. Si quelque chose lui plaît, elle va s’émerveiller, parfois même pour un rien. Si quelque chose la contrarie, elle le fera savoir quelle que soit la hiérarchie et la personne en face. Brute de décoffrage. Si elle savait pourtant dans quel guêpier elle était sur le point de se fourrer…

Dans cette contrée reculée d’Europe, le voyage fut éprouvant, mais la jeune femme gardait son bagout habituel, au grand dam de son compagnon de route, croisé à la gare de Prague – par hasard – quelques jours plus tôt. Deux élus qui se rencontrèrent.

slovenie

Ils firent la route seuls, à l’abri des grandes routes, dans des villes aux noms à coucher dehors – Tarvisio, Bodec – pour ne pas éveiller les soupçons. Rejoindre l’Ecole du Jour-J était encore un sujet tabou dans la société actuelle. Pour deux raisons. La première : un certain scepticisme face au trop plein de technologies. La deuxième : peu d’informations avait filtré sur ce « voyage dans le temps », à cause notamment de la loi contre les réseaux sociaux de 2028.

Les responsables de fakes news étaient désormais passibles de peine de mort. Instagram et Google avaient plié bagages pour se reconvertir en livraison de colis par drones. L’ère du trop plein d’infos, des chaînes de télévision en continue, avaient laissée place à l’époque du Compte-Goutte. Les likes brûlés sur la place publique depuis huit ans déjà. Le bûcher. RIP Facebook. Internet était bien plus contrôlé.

Pour le bien de chacun…

Retrouvons nos deux élus, armés d’une petite boussole à reconnaissance vocale, qui leur chuchotait à l’oreille « plus au Nord, prenez à droite, puis à gauche… », les deux gallois se laissaient guider en cet avant-goût d’octobre 2036. Les érables se feutraient de jaune d’œuf par endroits. De curieux ponts en pierre traversaient les multiples rivières allègres.

cercle

Orson avait la sensation de retrouver l’ambiance de ses jeux vidéos. Grace avançait sans crainte dans cet oasis de verdure. Le ciel surveillait du coin de l’œil la bande d’orages en train de comploter. Ambiance. Les oiseaux braillaient dans cette ultime clairière avant l’Ecole. L’école venait donc de surgir face à eux. Impressionnante. Virtuose.

L’édifice était à la fois immense et modeste, avec ses allures de châtelets en pierre de brique. Deux tourelles. Un jardin à la Française, des haies en forme de chantilly de verdure qui tournoyaient jusqu’aux roseraies bleues. Cette vallée reculée du fin fond des Alpes Juliennes était décidément bien surprenante.

Le voyage avait été éprouvant, et le duo n’avait qu’une hâte. S’affaler dans les immenses canapés qu’ils imaginaient déjà. Être dans l’élite devait sûrement leur octroyait quelques menus privilèges. C’était en tout cas ce qu’ils pensaient.

Un éclair fit soudain de l’œil à la cime au loin, suivi d’un tonnerre lugubre en guise de bienvenue. Les moineaux s’envolèrent dans cette atmosphère particulière.

Presque délicieusement inquiétante.

Tout comme la silhouette qui se tenait sur l’immense perron de marbre au loin.

Lire l’Episode 2, désormais en ligne

Facebook Comments
Ne loupez rien des bons plans aixois et marseillais !

Actualités légères, bonnes adresses envoûtantes et chroniques. On vous sert le meilleur d'Il Court Mirabeau sur Messenger et par mail...

Written By

Une ruelle oubliée, ou plus loin, un coin de Provence à faire briller... J'aime profondément Aix en Provence et la région. Suivez-moi dans mes bonnes adresses et surprises en Pays d'Aix ! Rédac chef de cette fabuleuse aventure et fondateur du site en septembre 2016 ! Par ailleurs, je propose des services en communication digitale originale pour les commerçants et professionnels du tourisme en Pays d'Aix : www.monroadtripenprovence.fr (Community management / Ecriture "sensorielle" / Atelier de réseaux sociaux 2018, département 13, 84, 04)

Most Popular

37 perles d’étudiants aixois, très au point en économie !

Actu

Mon Road Trip sur la Côte Bleue, parenthèse enchantée entre Martigues et Sausset les Pins

Actu

La Bibliothèque Méjanes devient… 100% gratuite pour tous ! On vous dit pourquoi…

Actu

Librairie de Provence : la fin d’une institution, les aixois nous livrent leurs sentiments

Actu

Connect
Ne loupez rien des bons plans aixois et marseillais !

Actualités légères, bonnes adresses envoûtantes et chroniques. On vous sert le meilleur d'Il Court Mirabeau sur Messenger et par mail...