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Fictions

Jour-J – Episode 2, l’Ecole du Voyage dans le Temps…

Imaginez que vous puissiez revivre une journée de votre passé.
Imaginez maintenant que ce soit possible.
Cet entretien d’embauche que vous avez raté pour un rien.
Ce faux pas qui vous a fait rompre avec l’amour de votre vie.
Cette journée qui aurait pu être mémorable.
Elle l’a été puisque vous vous en souvenez.
Mais vous vous en rappelez car vous êtes passé à côté.
Le Jour-J va vous aider à changer les choses.
C’est une expérience à saisir.
Nous sommes en 2036.
7 humains choisis au hasard vont tenter de vivre cette seconde chance. Mais une deuxième chance est rarement offerte sans contrepartie.
Ils auront tout loisir de s’en rendre compte…
Et vous. Que feriez-vous si vous étiez choisis ?

Replay de l’épisode 1 [par ici]

Orson et Grace s’avancèrent jusqu’aux pieds des grands escaliers de marbre.

Chacun adoptait une démarche assez différente : le jeune gallois geek traînait un peu des pieds tandis que la blondinette gaélique s’extasiait de la beauté du parc. Certaines haies avaient été taillées en forme de sablier. Le temps avait l’air d’être l’alpha et l’oméga de ce lieu, jusqu’aux moindres interstices des bassins tirés à quatre épingles. Des fontaines en forme de clepsydre jaillissaient de part et d’autre du grand chemin caillouteux.

Les jardins étaient déployés en terrasse. Au plus les deux élus s’approchaient de l’établissement, au plus les parterres étaient soignées. La beauté des lieux allait crescendo. Un mini-Versailles. Comme dans l’ancien temps. Pourtant, nous étions bien aux confins des années 2030, comme en témoignent les quelques drones qui voltigeaient patiemment ici et là, arrosant les pelouses mentholées avec une précision extrême. L’un d’eux surveillait le temps de son œil de métal, presque un peu prêt à rameuter les troupes bien au chaud. Un doux ron-ron dans les oreilles. La machine au service de l’environnement. Quelle belle avancée. RIP les tracteurs et les jardiniers paysagistes. 

Curieux Monde.

L’homme qui les attendait sans ciller portait un élégant costume noir. Aucun des trois ne proféra le moindre son durant de longues minutes. En fait, l’homme semblait attendre. Grace échangea un regard discret avec son compagnon de route: combien de temps allaient-ils encore attendre, plantés là? Au bout de ce qui leur sembla une éternité, l’homme se décida à leur adresser la parole:

  • Où sont les autres?
  • Les autres? demanda timidement Grace, perplexe.
  • Vous n’êtes que deux.
  • Euh… oui. Vous attendiez du monde? répondit Orson, une pointe d’ironie dans la voix.

Le regard sévère de l’homme le fit taire immédiatement. Néanmoins, Grace nota qu’il paraissait destabilisé. Il sembla réfléchir quelques instants, puis il leur fit signe de le suivre.

En passant les immenses portes de bois sculpté entourées de pierre, les deux jeunes gens s’attendaient à se retrouver dans un décor médiéval. Que nenni. Le hall d’entrée du château était tout ce qu’il y a de plus moderne: du carrelage gris, des murs blancs, des meubles design noirs. “Un peu froid”, songea Grace. Orson ne paraissait pas perturbé, plutôt impatient. L’homme en costume noir les fit entrer dans une pièce attenante et s’effaça. Ce qu’ils découvrirent les laissèrent sans voix.

***

Manon essuya rageusement ses larmes. L’homme assis à côté d’elle dans l’avion lui adressa un regard presque méprisant. En complet veston, un casque sur la tête et une tablette dans les mains, il ne comprenait certainement pas son émotion de quitter ce pays. Mais la jeune femme de vingt-cinq ans venait de passer quatre ans en Indonésie, à aider les populations touchées par le changement climatique.

La montée des océans avait provoqué des catastrophes sans précédent, forçant des milliers de personnes à quitter leurs villages. Manon était passionnée par ce qu’elle faisait, avait rencontré des personnes incroyables et vécu des moments très forts. Peut-être l’un des rares contextes où l’humain avait encore de la valeur, où les hologrammes n’avaient pas droit de cité. Et voilà qu’elle était obligée de tout laisser, parce qu’elle était “Elue”! Pourquoi maintenant? Et surtout, pourquoi elle? D’aussi loin qu’elle se souvienne, il n’y avait pas une once de regret, un seul moment qu’elle aurait voulu changer. Oui, elle avait fait des erreurs, mais qui n’en fait pas? Après tout, c’est ce qui forge, ce qui construit qui on est. Bien sûr, il y avait des moments qu’elle aurait aimé revivre. Mais seulement revivre, un peu comme une spectatrice. Pas changer. Puis il subsistait un autre doute chez elle.

Elle n’y croyait tout simplement pas. Voyager dans le temps était pour elle a minima une fumisterie, au maximum une sacrée perte de temps.

L’avion prit de la vitesse pour enfin s’arracher du sol. Manon ferma les yeux. Le voyage allait être long.

***

Grace et Orson restèrent sans voix. Ils venaient de pénétrer dans une salle immense, bordée de colonnes de marbre. En observant bien, ils se rendirent compte que des dizaines de miroirs posés des murs au plafond donnaient cette impression de démesure et qu’en réalité, la pièce était de taille raisonnable.

  • Bienvenue à l’Ecole du Jour-J !

La voix avait résonné, claire et tranchante. Presque robotique. Une femme s’avançait vers les deux jeunes gens. Les cheveux relevés en un chignon serré, un visage parfaitement maquillé et harmonieux, des courbes savamment mises en valeur dans une longue robe bleu nuit. Grace, la gorge sèche, se dit qu’elle avait probablement devant elle la plus belle femme du monde. Cette dernière continua :

  • Monsieur Castel va vous conduire à votre chambre, Monsieur. Je vais vous conduire à la vôtre, Mademoiselle. Vous avez une heure pour vous installer, nous viendrons vous chercher pour le repas.

Cela n’appelait aucun commentaire. Grace fut un peu déstabilisée d’être séparée de son compagnon de voyage, mais elle suivit la femme sans un mot. Elles traversèrent au moins trois couloirs à la décoration assez épurée avant d’arriver devant une porte de bois clair. Sans un mot, la femme s’effaça pour laisser passer Grace puis referma la porte.

La jeune femme posa son sac avant de promener un regard sur la pièce: un lit, une armoire, un bureau, une grande fenêtre. Tout était blanc. Elle soupira. Il lui faudra arranger un peu la décoration si elle voulait se sentir “chez elle”!

A peine avait-elle pensé cela qu’à sa droite, dans le mur, apparut un écran avec la phrase “choisissez votre ambiance” écrite en gros dessus. Grace leva un sourcil mais, curieuse, elle s’approcha. L’écran semblait tactile, elle appuya donc sur la phrase. Un catalogue d’une centaine de pages s’ouvrit. “Forêt”, “Montagne”, “Caverne”, “Ile”… des dizaines et des dizaines d’ambiances différentes apparaissaient. Il y avait même une catégorie “Films”.

Pour commencer, Grace décida de tester quelque chose d’assez soft. Elle choisit “Plage”. Aussitôt, les murs de la chambre commencèrent à changer pour revêtir une imitation assez convaincante de plage de sable blanc et de palmiers.

Le lit se transforma en hamac tendu entre deux bananiers, le bureau en grand rondin, l’armoire en étagère de bois flotté. Grace dut s’asseoir pour réaliser ce qu’elle avait devant les yeux. Elle pouvait même sentir l’odeur des embruns et la caresse du vent marin !

Elle pouvait lire des informations sur le Voyage dans le temps, en un simple mouvement de la main. Elle prit quelques minutes pour lire un ancien article sorti en 2017 grand public dans un magazine français. De la propagande en douceur ?

L’univers pourrait s’envisager ainsi : imaginez un tapis de billard infiniment grand, et un nombre incroyable de boules (planètes, étoiles…) et de trous (noirs !), de taille et de masse différentes, disposés dessus. Imaginez maintenant que, sous l’effet de la gravité, les billes « creusent » le tapis, s’enfonçant chacune un peu plus profond selon leur masse. Le tapis vert se retrouverait ainsi bosselé, ­distendu ­autour des billes, déformé par de multiples ­cavités. Vallées, prairies, ­sillons, montagnes, creux, l’univers est un paysage grandiose qui recèle de détours, de mondes cachés, ­d’illusions d’optique et de chemins de traverse. Un univers « ­chiffonné », comme le décrit l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, où les distances (et donc le temps), se tordent, s’allongent ou se rétractent.

Et sur un tel grand-huit démultiplié, pourquoi ne pas concevoir des croisements, des situations de face-face, en miroir, et considérer que des ponts puissent se créer. Le cher Albert a été le premier à supposer un univers tellement courbé qu’il en arriverait à se replier sur lui-même, telle une feuille de papier. “

Elle avait cette sensation assez étrange d’être un peu « informé de travers ». Malgré le côté magique de la pièce, elle n’arrivait pas à se départir du sentiment étrange que quelque chose clochait… L’ambiance lui rappelait un peu l’intérieur du film “The Grand Budapest Hotel” : rien ne dépassait et pourtant.

Le lieu ne la laissait pas indifférent. Elle mit ça sur le compte de son caractère changeant. Un an loin des siens allait être un bon petit sacrifice. Casanière, elle avait passé son quart de siècle en famille, à contempler le monde de sa campagne galloise, avec sa bonne vieille 5G et sa wifi de l’ancien temps. Il y avait même des poules. Des chevaux énigmatiques d’une fin d’époque, comme si ces derniers savaient que le temps change ailleurs. Elle vivait dans une des dernières fermes de son canton. Et elle en était fière. Dernières pulsions d’un monde rural à la complète dérive.

Elle posa un regard vers la fenêtre pour se changer les idées.

Sa vue était imprenable. La nature dans ce coin d’Europe faisait de la résistance pour son plus grand bonheur. Le château, à l’écart du monde, se dressait tout au bout d’une vallée légèrement suspendue. Si bien que la vue se déclinait en plusieurs perspectives, vers le lointain. Une bouffée d’oxygène. Elle ouvrit la fenêtre. L’orage se taillait la part du lion vers le ciel tourmenté du soir, tandis que la brume envahissait les hêtraies exubérantes à perte de vue.

La pluie s’invita. Elle avait un goût de légèreté. Grace se pencha prudemment pour en prendre plein la vue sous le vent qui fouette. Elle découvrit alors un curieux “manège” en contrebas…

***

newyork

Etats-Unis, 28 septembre 2036. Un soir presque comme les autres.

La vue depuis le sommet du Rockefeller Center était à couper le souffle. Toute la ville de Manhattan s’étalait à ses pieds, majestueuse dans le soleil couchant. A droite, l’Hudson serpentait, scintillant. A gauche, l’East River – du moins ce qu’il en restait vu toutes les îles artificielles qui avaient été construites ces vingt dernières années – se frayait péniblement un chemin entre tous ses îlots. Malgré tout, New York City gardait cette intemporalité et ce caractère unique. Du mandarine éclatait de toutes parts dans le ciel du soir. Un nouveau soir unique.  

Mais un soir de plus pour James. Un soir lambda. Dénué de contemplation.

Après tout, un crépuscule a-t-il encore du charme quand 79 demandes de colis attendent sagement, dans l’Interface (anciennement Internet) ? Un crépuscule peut-il rivaliser avec le combat d’épée que se livrent deux drones jaloux l’un de l’autre entre deux rayons de friandises news-yorkaises ? Un crépuscule peut-il faire face à cette bonne vieille routine ?

Depuis dix ans qu’il travaillait dans la boutique de souvenirs au sommet du building, James ne faisait même plus attention à la vue. Il faisait son travail machinalement, mécaniquement, puis rentrait chez lui à Brooklyn, donnait à manger à son chat, commandait chinois ou italien, et passait la soirée dans son casque à réalité virtuelle, avant de recommencer le lendemain. Il en avait même oublié de voyager. “C’est comme ça”. Fataliste.

Lui qui se voyait partir faire le Tour du Monde, au tournant de ses folles années de 20 ans. Lui qui avait planqué ses rêves bien au fond de l’entonnoir du “Sois ambitieux d’abord, tu auras tout le temps de profiter”. Lui qui dix ans en arrière aurait peut être dû déchirer le contrat “en or” de vendre des petites Statue de la Liberté en treize langues. Quel intérêt de connaître treize langues derrière sa caisse, dans treize mètres carrés ?

Parfois, il passait un bon moment en compagnie d’une charmante hologramme. Le week-end, il rendait visite à sa mère à Glen Cove. Et c’était tout. Une vie exaltante. 34 printemps dont la bonne moitié à faire comme tout le monde : écouler chaque goutte d’une journée sans un zeste de plaisir. Attendre le weekend avec impatience tout en pensant déjà au lundi.

Jusqu’à ce jour. James ne le savait pas encore, mais dans exactement deux heures et trente deux minutes, sa vie basculerait à jamais. Pas trop tôt.

Troisième épisode : mercredi 31 octobre à 19h

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Une ruelle oubliée, ou plus loin, un coin de Provence à faire briller... J'aime profondément Aix en Provence et la région. Suivez-moi dans mes bonnes adresses et surprises en Pays d'Aix ! Rédac chef de cette fabuleuse aventure et fondateur du site en septembre 2016 ! Par ailleurs, je propose des services en communication digitale originale pour les commerçants et professionnels du tourisme en Pays d'Aix : www.monroadtripenprovence.fr (Community management / Ecriture "sensorielle" / Atelier de réseaux sociaux 2018, département 13, 84, 04)

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