Ça flane

Le 7ème forum des maths à la Méjanes testé par… une littéraire !

2018 Salon des Maths

Oui. Moi, la communicante, la fille de lettres, de théâtre. Des maths. Qui l’eut-cru ?

L’idée m’est venue lorsque, promenant mon chien, j’ai aperçu une large affiche dans les panneaux sucette de mon quartier. Il était inscrit « 7ème forum des Maths, les maths comme vous ne les avez jamais vues ». De quoi piquer ma curiosité.

Ainsi, lorsque je me suis rendue à la Méjanes rendre les BD empruntées, en ce jeudi 16 février, c’est naturellement que je suis partie en quête du Forum des Maths. Nul doute qu’il avait lieu ce jour : l’entrée de la Cité du Livre (d’ordinaire si calme et seulement peuplée de quelques passants, tote-bags et autres sacs remplis de romans, CD, DVD, livres illustrés, et que sais-je encore) était bondée de classes encadrées par des professeurs visiblement satisfaits et relax.

Cela me parut de bon augure.

 

No Photos.

M’approchant des portes, je remarque d’emblée que dans ce Forum des Maths, organisé par Rotary et le Pays d’Aix, toutes les photos sont interdites. Sûrement par respects les droits à l’image des multiples collégiens et lycéens qui se pressent dans les allées. Peut-être, un peu, aussi, pour protéger les découvertes et inventions présentées. Aussi, ne m’en veuillez pas de cet article très « écrit ». Hors de question de déposséder nos petits génies de leurs biens.

Voyons voir...
Voyons voir…

Une convention de matheux ?

Puis, lorsque j’entre dans le Forum des Maths, dans un premier temps, je ne me sens pas à ma place. Pas à ma place du tout. Rien à voir avec les maths. Non : il y a seulement des élèves du secondaire partout. Je regarde autour de moi, et m’interroge : ai-je bien le droit d’être ici ? L’évènement n’est il pas uniquement réservé aux scolaires ? Éparpillés dans la halle, une famille, quelques étudiants. Bon, à priori, il semble OK de déambuler entre les stands. Que faire maintenant ? La salle est surchauffée, encombrée, cela parle fort, rit fort, et il y a des étiquettes jaunes avec des numéros de stands de partout. Certains sont vides. Et de visiteurs, et de propriétaires. Fermés ? Abandonnés ?

Un peu désemparée, je me greffe au premier stand que j’aperçois – le stand n°1 – et tente de me frayer un chemin vers les jeunes qui fournissent une explication de leur expérience. Leur stand se nomme « Strioscopie : voir l’invisible ». N’osant m’approcher plus, je ne comprends pas entièrement l’explication. Néanmoins, je reste fascinée par l’installation et par les volutes de feu et de fumée qui sont agrandies et projetés sur un écran.

Je déambule rapidement devant les cinq stands suivants. Des lycéens échangent entre eux. Bon. Ne les dérangeons pas. Je m’arrête au stand n°6, au nom qui sonne complètement barbare à mes oreilles : « Télémétrie et reconnaissance de forme ». J’observe des collégiens utiliser d’anciens outils pour calculer la distance avec un point, la taille d’une personne ou d’un objet. J’entends parler de croix du bucheron. L’ingéniosité de nos ancêtres me parait folle. Puis, ces collégiens nous présentent et décrivent leur projet : une application qui, basée sur des calculs mathématiques, permettrait en un scan téléphonique d’indiquer la distance entre les boules de pétanques et le cochonnet.

Le projet est à la fois drôle – mesurer en nombre de pieds n’est-il pas suffisant ? – et pertinent, dans une société de plus en plus technologisée. C’est l’appropriation de notre culture par la jeunesse, baignée depuis la naissance dans le numérique. Je n’irai pas jusqu’à dire « c’est beau », mais il m’est difficile de ne pas regarder avec fierté ces jeunes qui cherchent à allier traditions et modernité.

Laissant traîner mes oreilles, j’atterris au stand suivant : « de la géométrie à l’image 3D ». Je prends l’explication à son milieu, à ce qu’il parait. J’ai beau ne pas tout saisir, je voyage allègrement des cratères des météorites au sommet des montagnes, en passant par les bassins de femme enceinte et les crânes de bébé pas encore nés. Le speech dure aisément une demi-heure. Debout, accompagnée de tangentes, de trigonométries, de reconstitutions 3D. L’orateur maîtrise son sujet. C’est passionnant, d’écouter un passionné parler. L’exposé s’achève sur les perspectives mathématiques dans le scanner et la prévision des maladies et déformations avant la naissance. De quoi être convaincu de l’importance des mathématiciens dans notre société actuelle.

Je glisse au stand suivant où un monsieur assez âgé, encadré de citations et de lithographies, interroge le hasard. Nous nous arrêtons un instant : « le hasard est seulement le sujet du verbe choisir, lorsque ce sujet est inconnu, inconnaissable ou inexistant. ». Nous jouons avec des dés – truqués évidemment. Nous débattons sur le sens du mot « coïncidence ». Nous parlons de l’évolution de Darwin, également. Et nous nous séparons là. Sans trop avoir saisi ce qui a été dit.

Je regarde ma montre : cela fait presque deux heures que je me promène dans le forum. Déjà. Je n’ai même pas encore dépassé le stand numéro 10, sur 41. 41 stands. Pour tous les voir, m’y intéresser, il me faudrait pleinement la journée.

Tant d'ateliers ! De quoi donner le tournis, je vous assure.
Tant d’ateliers ! De quoi donner le tournis, je vous assure !

Je passe à un dernier stand. Deux personnes semblent en train de faire un tour de magie. Je jette un regard et, tout de suite, Mathilde, « hôte du stand » me met à l’aise. Je vais observer, puis pouvoir participer. Deux jeunes – étudiants en troisième année de licence de maths, à ce que j’apprends assez vite – sont déjà en train d’essayer de comprendre « le truc ». Nous ne trouverons pas pleinement la réponse, mais une fois les explications délivrées, nous serons en mesure de reproduire le tour. Sur place, et plus tard. Je range la solution dans un tiroir de ma mémoire, pour mes camarades animateurs. Nul doute que cela leur sera bien utile. Puis, l’animateur de cet atelier – René – nous invite à trinquer avec des gobelets et tupperware. L’objectif sera d’être certain du nombre de « ting » entre nos verres. Enfin, nous compterons le nombre de matchs disputés lors des derniers mondiaux de tennis de simple dame.

Le temps file à une vitesse. Mathilde et René ont un regard bienveillant. Chaque bout de réponse, chaque idée leur parait bonne à prendre et tester. Chacun trouve sa place, est valorisé. Il n’y a pas de fausse joie sur leurs visages, que de l’attente, et de l’énergie à revendre. À chaque instant, René et Mathilde manifestent compréhension, gentillesse et même fierté. Pas besoin de connaître les formules mathématiques, lorsque l’on cogite un peu. Et si l’on cogite bien, fatalement, on parvient à la bonne formule mathématique. Et on l’apprend, naturellement. L’ensemble est fluide, brillant de pédagogie positive. Je me surprend à penser que les élèves auprès desquels ces deux enseignants de maths interviennent ont vraiment beaucoup de chance. Avec eux deux, les maths sont un vrai amusement, et à la portée de tous. L’atelier durera une bonne demi-heure. Jusqu’à la fermeture, et les gardiens venant nous empresser de sortir.

 

Le mot d’ordre de cet après-midi ? « Cela me rappelle de lointains souvenirs ».

Quand j’étais encore à l’école, on ne peut pas dire que j’aimais les maths. J’y voyais plutôt l’occasion de montrer une certaine habileté, de finir le plus d’exercices possible avant de pouvoir contempler les oiseaux par la fenêtre. En soi, avec un peu de recul – et d’âge – je me rends compte qu’éliminer les exercices à faire les uns après les autres m’apparaissait comme un jeu. Une sorte de courses d’obstacles, dont j’étais bien déterminée à finir vainqueur.

C’est cette sensation que j’ai retrouvée lors du Salon des Maths. Une sensation un peu grisante. Une sensation amusante.

Je ne cacherais pas que certains professeurs, élèves, étudiants, ou autres, ne se privent pas pour dire que certains contenus ne sont pas accessibles pour qui n’a pas fait des études avancées en maths. La vulgarisation et l’accessibilité des sciences ne sont sûrement pas encore au goût de tous. Après tout, il est étourdissant d’être « celui qui sait ». Mais il n’empêche : il y aura toujours des intrépides, comme moi, pour rester, écouter, grappiller les informations, se tracer son propre fil de compréhension. Et il y aura toujours des vaillants, des passionnés, des humanistes, qui ne cesseront d’essayer de partager leur savoir. Il y a en avait beaucoup lors de cette septième édition du forum des maths. Et on ne peut que les remercier.

 

Des cycles de conférence alléchants

Tiens ?
Tiens ?

Ce qui m’avait initialement attiré dans ce forum des maths, c’était les nombreuses conférences proposées. Aux noms plus ambitieux les uns que les autres : « Resonances mathématiques dans les arts plastiques », « application des mathématiques à l’étude des médicaments », « prévisions et big data », ou encore « mathématiques appliquées aux problèmes de l’environnement ». Pour n’en citer que quelques uns. Un programme bien chargé de plus de vingt-cinq conférences, réparties dans deux salles, sur deux jours, de 9 heures à 18 heures. Avec des reprises de certaines conférences à divers horaires. Sûrement pour que tous puissent y assister. Un programme comme on les aime, qui nous donne envie de flâner toute la journée dans la Méjanes, cahier et crayon à la main.

Et de ces conférences, j’ai eu la chance de participer à… eh bien aucune. Comment ? Mais parce que le salon s’est déroule en journée, en semaine. Et que, comme tout un chacun, en journée, en semaine, c’est métro-boulot-dodo (enfin plutôt bus-boulot-toutou-dodo, mais peu importe). J’aurais certes pu assister aux deux conférences du soir. Cependant, je tenais à partir de ce forum sur une bonne note. Sur la joie de se sentir comprendre, sur l’espoir de pouvoir avancer, faire sereinement des maths au quotidien, que certains stands m’avaient procurés. Et que je n’étais pas sûre de retrouver par la suite.

Je ne vous cache pas ma déception lorsque j’ai compris que les 15 et 16 février 2018 étaient respectivement un jeudi et un vendredi. On comprend aisément la volonté des créateurs du salon : confier des stands à des élèves de clubs mathématiques afin de promulguer leurs créations, donner la possibilité aux établissements scolaires du département de venir assister à d’exceptionnelles journées de conférence. Raccrocher des jeunes, souvent désabusés par cette matière « ringarde », « vieillotte » (et notons ici qu’il ne s’agit pas de notre avis personnel mais du regard de nombre de collégiens et lycéens de nos jours), à l’amusement, la gymnastique intellectuelle, que sont les maths.

On le comprend très bien, et en même temps, on ne peut s’empêcher d’être déçu. Une troisième journée de salon, le samedi, n’aurait pas été de trop. Il est fort à parier que de nombreux curieux auraient poussé les portes de la Cité des Livres, prêts à se confronter à l’inconnu.  Prêt à découvrir.

Car même si les mathématiques, en tant que matière scolaire, en rebutent beaucoup, une fois qu’elles frelatent avec les sciences, les loisirs, les nouvelles technologies, elles gagnent en attractivité. Elles sont intrigantes. On a envie d’en savoir plus. Après tout, ne dit-on pas que les mathématiques sont notre locomotive vers la compréhension de l’infini ?

Alors, chers organisateurs, je vous en conjure : organisez une journée pour le grand public. Permettez-lui, avec toute sa candeur, de venir observer, avec un mélange de points d’interrogations et d’étoiles dans les yeux, les prouesses scientifiques d’hier, aujourd’hui, demain. Et permettez-lui de réapprendre à aimer les maths.

Qui sait ? Peut-être cela allumerait-il une étincelle, que nos générations futures saisiraient, pour devenir moteur d’avancées mathématiques !

 

 

Facebook Comments
Il Court Mirabeau
Leave a Comment