2018 Le Marguerite

Sur Aix, il est désormais tout à fait possible de se régaler tout en étant végétarien, tant de nombreuses adresses proposent des options végétariennes. Mais manger vegan, c’est une autre paire de manches. Je dirais même que c’est encore une gageure. Heureusement – et peut-être l’avez-vous déjà remarqué – une petite adresse a bourgeonné le printemps dernier. Un vent salvateur pour la communauté vegan aixoise, et un vent de fraicheur pour tous les afficionados de cuisine fraîche.

Deuxième étape de notre voyage : le monde vegan, et avec lui, de doux parfums d’Orient.

Cruelty-free

Reprenons depuis le début. Ve-quoi ? Vegan. Manger vegan cela veut premièrement dire manger végétalien. À la différence du végétarien, le végétalien ne mange absolument aucun aliment issu de l’exploitation animale. Ni chair (comme les végétariens), ni production animale. Donc, pas de miel, pas de lait, pas de fromage, pas d’œufs. Mais manger vegan, cela signifie aussi (et normalement) manger dans des restos qui refusent l’exploitation animale, et ce au-delà des aliments. Ainsi, ces restos n’utilisent absolument aucun produit en provenance ou testé auprès des animaux. Pas de nettoyants ménagers testés sur des souris en laboratoire, pas de torchons en laine, ou de pinceau en crin de cheval, par exemple.

De ce qu’on entend un peu partout, la tendance vegan est de plus en plus présente, principalement auprès des publics jeunes. Ce qui est certain, c’est qu’être vegan n’est aujourd’hui plus tabou. Le sujet s’est complétement démocratisé, aussi bien dans la parole que dans l’accès aux produits. Pour certains, le véganisme représente le moyen – nécessaire – de respecter les animaux, dans une société suffisamment développée pour vivre et s’alimenter sans imposer de violence. Pour ma part, c’est ce à quoi je tends. Mais ne prenons pas cela pour une généralité : j’ai pu remarquer qu’il y a autant de raisons d’être végan que de vegans.

Mais revenons à la cuisine. Depuis ces cinq dernières années, outre l’engouement qui s’est porté sur le véganisme – et lui a, tristement, donné des allures de mode –, j’ai également pût observer une fulgurante montée en qualité des produits, des recettes et des restos vegans. Même si je ne suis pas experte, je dirais que de nombreuses découvertes ont été effectuées, découvertes qui permettent désormais d’effectuer de la haute-gastronomie, ou de la haute-pâtisserie, sans la moindre exploitation animale. Et pour preuve : aujourd’hui, il est bien plus facile de faire découvrir et aimer la cuisine vegan à des carnistes.

Encore faut-il savoir où les emmener ! Si l’on se penche sur notre chatoyant département des Bouches-du-Rhône, avouons le franchement, Marseille est LA ville locale pour manger végé-vegan. Les bonnes adresses y foisonnent. Leurs inspirations sont multiples, les plats proposées d’une très qualité, aussi bien visuellement que gustativement. Enfin, nous y reviendrons dans un prochain article.

Mais nous habitons à Aix. Et nous n’allons pas faire des allers-retours Aix-Marseille tous les midis pour manger vegan.  Regardons alors notre belle et verte ville. Et soyons francs : au sujet du végétarisme et véganisme, Aix traîne encore la patte. Aucune adresse pleinement végé-vegan ne m’y semble vraiment implantée. Il doit certainement y en avoir, de ci, de là, au coin d’une rue, mais aucune ne fait suffisamment parler d’elle. (À vos commentaires à ce sujet, par ailleurs… Je m’empressais d’y faire un tour ! )

 

Sur les routes du Pays d’Aix…

Néanmoins, comme je vous le disais, une jolie petite adresse a bourgeonné au printemps dernier. En avril 2017, précisément. Et depuis, on ne peut pas vraiment dire qu’elle se soit implantée dans Aix… Mince, me direz vous ! On se calme tout de suite : le Marguerite s’est déjà constitué un très joli réseau. Simplement, il s’agit d’un Food Truck !

Pour Lola et Camille, les deux sœurs et chefs du Marguerite, l’idée du camion s’est imposée d’elle-même. Elles souhaitaient ouvrir leur propre resto pour ne plus avoir de patrons, être maîtresses de leur chemin professionnel. Le Truck collait donc parfaitement avec leurs objectifs : enfin, elles allaient pouvoir être mobiles, aller au plus près des clients, participer à tous les évènements les intéressant.

Et on peut dire que le Food Truck Le Marguerite est des plus réussi. Même si elles ne sont pas les conceptrices de l’intérieur, les deux jeunes femmes ont entièrement dessiné et réalisé l’extérieur du camion. Un camion aux couleurs pastel, douces ; un vert et un jaune très frais, à l’image d’une marguerite à peine fleurie, à l’image de leur cuisine. Un camion qui invite… à la relaxation par la dégustation. Oui, oui.

Non, mais vous avez vu ces couleurs ? Ca ensoleille une journée de pluie !
Non, mais vous avez vu ces couleurs ? De quoi ensoleiller une journée de pluie !

Cette année encore, le Marguerite est membre de l’association des Foodtrucks d’Aix-en-Provence. Et il ne chôme pas : les mardi, jeudi et samedi, sur le marché de la Rotonde, le vendredi à la Duranne. Une autre journée dans la semaine, le Food Truck est privatisé par une entreprise marseillaise. Elle y a vu une opportunité d’offrir à ses employés « de quoi mieux manger ». Un joli gage de confiance. Un gage bien mérité, d’ailleurs.

 

… Une belle aventure

Lola et Camille n’ont pas de formation en cuisine à proprement parler. Lola est très branchée cuisine. Camille est très branchée écolo. Elles sont toutes les deux intéressées par le végé-végan, le bio, le local. Lorsqu’elles décident de changer de projet professionnel, leurs intérêts respectifs et communs leurs ouvrent une voie royale. C’est décidé : elles vont proposer un produit de qualité, faisant attention à la qualité et l’origine de ses composants, et faisant vivre au maximum l’économie locale et les producteurs du pays d’Aix. Avouez que même si l’on n’est ni végé, ni vegan, en bon Aixois, il est dur de n’être pas séduit par un tel projet.

Un projet réussi puisque, aujourd’hui, Lola et Camille nous régalent chaque semaine avec une carte différente. Chaque fois, le plat de la semaine est mûrement réfléchi, pour être sûr qu’il s’appuie sur les produits de saison proposés par les producteurs de la région. Et chaque jour passé sur le marché, les plats sont un véritable succès. Les restes se font rares, et pourtant, fidèles à leur volonté de respect de l’environnement, Camille et Lola sont inscrites sur TooGoodToGo, l’application de lutte contre le gaspillage alimentaire. Une belle initiative, et une opportunité pour les tous petits budgets de se régaler avec des plats d’une grande qualité.

Une carte bien fournie, pour un grand choix de délices
Une carte bien fournie, pour un grand choix de délices

Ce que les deux sœurs offrent à découvrir aux passants curieux du marché d’Aix, c’est une cuisine forte, chargée de leur passé et de leurs expériences. Une cuisine qui fleure l’Inde ou l’Amérique Latine, autant de souvenirs de voyage de Lola. Une cuisine, aussi, d’inspiration provençale, un héritage de leur grand-mère. Car, le Marguerite, c’est une vraie histoire de famille, nous chuchote-t-on. Ainsi, chaque mois, les lasagnes (aux légumes et origan, miam !) se disputent la carte avec les gros currys (de patate douce… un délice !). Heureusement qu’il n’y a qu’un plat du jour par semaine, me direz-vous. Que nenni. C’est sans compter sur les sandwichs, tous plus inventifs les uns que les autres. Et pour le dessert, le choix est tout aussi difficile. De ce que l’on sent, voit et entend, Camille s’en donne à cœur joie. Enfin, ne faisons pas les malheureux. Honnêtement, nous, on adore tout.

 

Mon repas-test

Toute occasion est bonne pour manger la nourriture du Marguerite. Écrire un article sur le Foodtruck est, par exemple, une très bonne raison. Ni une, ni deux, me voilà donc partie direction le marché, un samedi midi de janvier bien ensoleillé. Je trouve vite le Foodtruck, placé entre le kiosque à fleurs et le Carrousel, non loin de la Rotonde.

Au menu du jour, une soupe, un plat chaud, deux sandwichs, trois gâteaux.

Pour mon compagnon, ce sera sandwich de houmous, carottes pimentées et roquette, avec un jus de bissap (en même temps, comment résister ?) et un gâteau au chocolat noir. Pour moi… De prime abord, j’hésite. J’avais en tête, sur tout le trajet, les délicieuses frites de panisse. Lorsque j’arrive, un peu tard, presqu’à la fermeture du marché, le camion a été dévalisé. Bon. Camille est patiente, et me fait goûter divers produits. Finalement, ce sera soupe de pois cassés, carottes et oignons, accompagné également d’un jus de bissap (en même temps, comment résister ?) et d’un gâteau renversé à l’orange confite.

Le baluchon sur le bras, hop, petit trajet retour avant de pouvoir déguster toutes ces merveilles confortablement installé dans le canapé.

Ca a beau être végan, même Tanuki - mon chat - s'en lèche les babines !
Ca a beau être végan, même Tanuki – mon chat – s’en lèche les babines !

Commençons avec le jus de bissap, ce jus à base de fleurs d’hibiscus séchées. Il est indéniablement addictif, alliant parfaitement sucré et acide. Une combinaison de saveurs qui réveille la langue, un effet tout à fait adéquat pour une boisson reconnue comme tonifiante. Puis, le sandwich de houmous. Un houmous avec du goût, de la poigne, de la force. Franchement assaisonné, sans être trop épicé, il nous transporte en une bouchée. La soupe elle, a contrario, est affolante de douceur. Toute la rondeur des légumes d’hiver y semble réunie. Moi qui appréhendais de manger du pois cassé, ne connaissant que trop peu, je suis ravie. La soupe ne fait pas long feu, le sandwich non plus, d’ailleurs. Enfin, vient l’heure du dessert. L’heure que j’attendais tant, moi et ma dent sucrée. Je goûte rapidement le gâteau au chocolat – moelleux à souhait, à la fois fondant en bouche et plein de caractère – avant de foncer sur mon gâteau aux oranges confites. Ce gâteau qui me faisait les yeux doux à peine étais-je arrivée devant le camion. Une cuillère, et je suis définitivement conquise. Douceur et sobriété du cake, avec une légère teinte acidulée en arrière-plan, des oranges confites sucrées et amères dans un cercle sans fin, une gelée collante comme un bonbon parachevant le tout… bref : un régal.

Et c’est une nouvelle fois ravie et repue que je termine ce repas. Je le savais, je le confirme, je sais où m’arrêter pour manger sur le marché de la Rotonde. Ah, tout de même, il fait bon vivre à Aix-en-Provence.

 

Mais au fait, pourquoi le « Marguerite » ?

Attention, l’explication est sanglante.

Mais non, voyons, on est vegan après tout !

Non, ça, c’est l’info « bonheur » bonus. Camille, la grande sœur, nous explique : « Quand Lola est née, je voulais absolument l’appeler Marguerite. C’était comme ça. Et finalement, pour le camion, cela tombait bien. Cela collait avec le végétal. »

 

Autre chose qui aurait été oublié ?

On vous avait dit que Le Marguerite faisait dans l’hyper local ? Précisons qu’il accepte la roue, la monnaie locale du Pays d’Aix !

 

 

 

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Il Court Mirabeau
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