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Q – un fantastic-show à voir de toute urgence

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Lundi, j’ai eu la chance d’assister à la générale de Q, sulfureux spectacle mis en scène par Geoffrey Coppini et incarné par des étudiants de l’université AMU. À l’affiche au Théâtre Vitez jusqu’à la fin de la semaine, il vous entraînera dans les tréfonds d’un monde nocturne méconnu, souvent marginal, et fascinant. Une sublime entrée en scène pour les futurs acteurs des spectacles de demain.

Comme vous vous en doutez, une fois encore, cet article sera bien pauvre en illustrations. Une seule solution alors pour se faire une idée de Q : il faudra s’y rendre, oser pousser les portes, et vivre de soi-même. Mais en attendant, en voici un petit aperçu.

Des monstres sur scène

Qu’on se le dise, ces jeunes gens sont des monstres. Non qu’ils soient désagréables à regarder, loin de là. Leur jeunesse est fringante, pétillante, exaltante. Mais ils dévorent la scène. Leur présence individuelle, et en tant que groupe sont époustouflantes. Ils sont impressionnants de magnétisme et de charisme.
Certes, leur jeu n’est pas encore parfait. Parfois, la voix est un peu grinçante, parfois un peu oscillante. Mais, il ne s’agit que de petits réglages à effectuer. Qui, soyons-en sûr, se préciseront au fil des représentations de Q. Et avec le temps et les expériences. Ne l’oublions pas : les acteurs de cette pièce sont des étudiants. Certains ont à peine plus de 18 ans, arrivent à peine au terme de leur première année d’université, tandis que d’autres achèvent déjà leur Licence Métiers de la Scène.
Fait fascinant : quel que soit leur niveau d’étude, leur âge, leurs expériences, tous ont la même importance, la même mise en lumière. Une démarche égalitaire louable, qui se prête parfaitement à une dynamique d’enseignement. Ainsi qu’aux thèmes abordés au travers de la pièce.

Parlons en des thèmes : la marge, l’amour, le sexe, la mort, la recherche de soi, la violence, la prison, le fantasme, la représentation, l’égo. Les passions sous toutes leurs formes. Ce qui anime les êtres au quotidien.

 

Du théâtre, mais pas que

Mine de rien, Q se pose comme une véritable mise en abîme de la vie, mais également du théâtre. Il n’y a pas que sur les planches que l’on porte des masques et que l’on joue des rôles… Les podiums de strip-tease, les chambres de maisons closes sont autant de lieux de représentation. Il y a la mère cougar, la pom-pom girl, l’enfant, l’infirmière, l’aristocrate, l’inconnue, la drag queen. Il y a le roi, l’ambassadeur. Il y aura, peut-être, le chef de la police. S’il devient assez célèbre pour mériter d’être figuré.

Des us et coutumes que l’on trouve, encore aujourd’hui, dans les bars Drag-Queen, avec leurs podiums illuminés de néons, les paillettes qui habillent et pleuvent. Dalida, Marylin, Céline. Entre autres stars et plumes. Car Q frelate allègrement avec le cabaret. Tantôt numéro d’effeuillage, tantôt de danse, tantôt de play-back, il nous emporte dans un univers résolument new-burlesque.

Le kitsch est omniprésent, assumé, arboré même. Léopard, bling bling, gros bijoux, justaucorps, chaussettes montantes, dentelle, pantalons de cuir, talons exubérants. L’hommage aux cabarets parisiens de la fin du 19ème et à l’âge d’or du burlesque des années 40 et 50 est des plus réussis. Jusqu’à l’univers sonore, chargé au possible, entre voix off au micro, chant, bande-son, musiques lives. Un plongée, aussi, dans les clubs des années 80, entre disco, sexualité exacerbée, et zones d’ombres.

La lumière est à la fois terne, tranchant les profils, et éclatante. Elle scintille sur toutes les peaux. Elle transforme les corps tantôt en silhouettes mystérieuses, tantôt en objets de désirs, divins et inatteignables. Et au travers des apparences, des corps qui s’entrelacent et s’entrechoquent, les émotions affleurent. La solitude, l’amour, la tendresse, la haine. Le texte est à la fois impénétrable et sensible. Un superbe montage d’extraits de plusieurs œuvres de Jean Genêt, cet auteur majeur du 20ème composant avec brio autour de l’homosexualité et de l’érotisme.

 

Un microcosme

Dans Q, les acteurs sont (quasi) continuellement sur scène. Tout autour des scènes principales, en arrière-plan, les autres personnages vivent et évoluent. Les hommes se cherchent, se désirent, trouvent leur liberté dans une sexualité violente et effrénée.  Les femmes sont fascinantes. Comment résister à ces succubes, se demandent les personnages. Lascivement allongées sur le podium, elles sont sirènes des temps modernes. Les peaux et corps se dévoilent avec fierté (et une assurance dignes d’acteurs expérimentés). Ici, pas d’exhibitionnisme, mais une apologie de la féminité, de la chair, de la beauté humaine.

Q : une pièce jouant avec les désirs. Une pièce faisant naître des étincelles dans les yeux, des paillettes dans les esprits. Une exposition des vices et des péchés, une dérision constante, une énergie étourdissante. Une pièce jubilatoire et libératoire.

Q : quand la scène du Théâtre Vitez se transforme peu à peu en bordel. Un joyeux et vif bordel. La scène aux putains, la scène aux prisonniers. Quand les marginaux se parent de lumière, et portent leurs différences jusqu’au sublime.

: violent et sensuel, grâcieux et obscène, fascinant et malaisant. Une pièce sur le fil, qui trace d’un coup de talon aiguille sec un pont entre univers transgressif et quotidien.

Q : à voir, absolument. Au Théâtre Vitez jusqu’au samedi 17 mars 2018.

 

 

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Un avant-goût de la pièce avec un teaser inédit

L’actualité théâtrale de Geoffrey Coppini

L’actualité du Théâtre Antoine Vitez

Des informations sur les études théâtrales à l’université d’Aix-Marseille

 

 

 

 

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