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Bernard l'Académicien

Souvenirs d’école… Aix dans les années 60…

Les pleins et les déliés !

Nous avons connu les pleins et les déliés… N’est-il pas plus belle formule que celle qui désigne l’école comme un lieu d’apprentissage! Oui nous avons appris à écrire à la plume! Et cela représentait, tout de même, une conjonction d’efforts qu’il ne faudrait pas sous-estimer!

D’abord, il fallait se familiariser avec le porte-plume. Ceux que l’on utilisait, en classe, n’étaient pas d’une grande fantaisie. Bien qu’il en existât sur le marché que l’on pouvait acquérir sur les sites touristiques et dont l’extrémité était taillée, par exemple, en forme de fleur d’édelweiss dont le centre logeait un petit rond en verre qui appliqué sur l’œil donnait d’admirer un monument, on ne mélangeait pas les genres! La fantaisie n’avait pas cours à l’école.

L’embout dans lequel venait s’insérer la plume pouvait être en bois ou en métal parfois les deux mélangés. Certains porte-plume disposaient même d’un petit levier métallique qui, une fois replié, la maintenait fermement. Introduire la plume ne demandait pas un effort considérable, en revanche, la retirer pouvait poser problème. Si elle était restée trop longtemps figée, s’était un peu rouillée, il fallait être prudent en l’arrachant, c’est le mot…et contrôler la trajectoire que sa libération brutale allait lui infliger. Nous aurions pu aisément blesser quelqu’un. Le voisinage de certains copains était à éviter !

Cette étape étant franchie, nous apprenions à tenir le porte-plume. Cela paraît assez simpliste mais tout le monde ne réussissait pas forcément à placer ses doigts comme il convenait et à acquérir la dextérité souhaitée dans le maniement. L’index, le majeur et le pouce impliqués dans cette opération et placés à proximité de la plume qu’ils guidaient de leur mieux, s’imprégnaient assez régulièrement d’encre. Comme celle-ci était plus tenace que ne le sont celles qu’on trouve aujourd’hui sur le marché, il fallait recourir au savon bien sûr mais aussi à la pierre-ponce pour se débarrasser des taches. Elles ne disparaissaient qu’après avoir frotté un bon moment!

Pour ce qui est des plumes, les plus couramment employées portaient des noms composés ce qui leur conférait une certaine classe : Baignol et Farjon, Sergent-Major. Le nom de la seconde revit d’ailleurs depuis 1987 mais sous une autre forme puisqu’un créateur de mode, nostalgique de son enfance, a repris à son compte la marque pour créer des vêtements à destination des enfants.

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Une petite rainure ménagée sur le bureau et dans toute sa largeur permettait de disposer le matériel quand il n’était pas utilisé.

Nous avions des copains qui acheminaient leur équipement dans un plumier. Comme nous arrivions petits porteurs d’une trousse, nous étions forcément fascinés par ces réceptacles de bois qui s’ouvraient soit au moyen d’une tirette qui circulait dans une glissière, soit à la faveur d’une rotation du couvercle lequel était coupé en biais ou arrondi et pivotait sur un axe. Certains détenaient même des boitiers à deux étages, quel éblouissement car la mécanique pouvait susciter notre fascination ne sachant pas que nous connaîtrions, un jour, les prouesses de l’électronique!

Les « outils d’écriture » comme on dit maintenant, pour faire preuve d’inventivité sans doute, ayant été définis, il reste à évoquer un autre rituel de nos années d’enfance, je veux parler de l’encre violette! Elle nous arrivait en classe dans de très grandes bouteilles de verre qui contenaient de quoi alimenter, pour un moment, les encriers que nous trouvions logés dans l’angle droit de nos tables. En porcelaine blanche, ils s’inséraient dans l’orifice qui avait été ménagé à leur intention…sage précaution que cette disposition qui empêchait qu’ils ne soient renversés, en principe!

C’était la maîtresse ou le maître qui assurait le réapprovisionnement mais il arrivait qu’elle ou qu’il confie la tâche à l’élève le plus sérieux ou le plus à même d’en renverser le moins possible, à côté de la cible. En cas de débordement, nous pouvions recourir au buvard que nous avions toujours à portée de main et au moyen duquel nous séchions aussi l’encre des pages d’écriture. Le geste qui consistait à repasser le buvard de la main assurait l’absorption régulière du surplus d’encre et évitait les bavures. Celui-ci d’ailleurs pouvait être le support d’une publicité. De nombreux commerçants aixois apposaient leur tampon sur ceux qu’ils distribuaient ou mieux encore en faisaient imprimer à l’enseigne de leur boutique.  C’était à l’origine d’une surenchère entre élèves évidemment! Les magasins en délivraient gracieusement, y compris les pharmacies, peut-être parce que les mamans allaient souvent chercher du mercurochrome au moyen duquel elles tartinaient les genoux couronnés de leur progéniture. Il faut dire que les garçons étaient tous en short à l’époque, avec des chaussettes hautes l’hiver!

Buvards avec publicités aixoises

Ayant évoqué la page d’écriture, il faut que je précise qu’elle n’était pas volante, bien sûr, car les pédagogues avisés qui nous éduquaient veillaient à ce que l’on définit aujourd’hui par le terme de « traçabilité ». Nous disposions en effet de cahiers pourvus de carreaux striés ou imprimés d’une série de deux lignes. Ces derniers cahiers qui étaient plutôt réservés aux débutants leur facilitaient la tâche lorsqu’ils traçaient les voyelles en restant dans le cadre bien régulier prédéfini.

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Pour leur part les carreaux, subdivisés en petites lignes, on appelle cette disposition lignage Seyès se prêtaient fort bien à l’activité de l’écriture sophistiquée. Ils recélaient tous les repères permettant d’élever les boucles des « L » ou des « P » des anglaises majuscules et les points de croisement des pleins et des déliés! Cet exercice qui consistait à tracer en douceur le trait pour les « déliés » ou à écraser la plume pour qu’elle délivre davantage d’encre dans le cas des « pleins » avait des conséquences que ne peuvent soupçonner les heureux possesseurs des stylos-plume et les utilisateurs de feuilles, cahiers, carnets acquis dans les commerces d’aujourd’hui! Le papier dont nous disposions était en général plus grossier et beaucoup moins glacé qu’il ne l’est aujourd’hui.

Sur ce rugueux support, la plume rencontrant assez souvent un obstacle s’accrochait. Déstabilisée, elle pouvait provoquer un jet d’encre qui se transformait en une tache s’agrandissant progressivement. L’enseignant alors ne manquait pas de déchirer la feuille en invitant l’élève maladroit à renouveler son travail. Cette méthode expéditive pouvait susciter la réaction d’une forte-tête surtout si l’élève était parvenu au bas de la page mais à y bien songer elle présentait l’avantage d’inciter les jeunes à ne pas s’accommoder de l’à peu près et à tendre vers la perfection!

De ce point de vue deux souvenirs pourraient illustrer mon propos.

Il existait à l’Institut d’Etudes Françaises pour Etudiants Etrangers d’Aix, rue Gaston de Saporta, un appariteur zélé et talentueux qui avait été à même de tirer parti de cette formation puisqu’il excellait à calligraphier les affiches qu’il apposait sur les panneaux pour informer les étudiants des changements de salles et manifestations à venir. Tout le monde lui en faisait compliment.

L’heureux enseignant que j’ai été, a compté au nombre de ses élèves une jeune fille de seconde dont l’écriture était tellement parfaite qu’on aurait dit que les devoirs qu’elle rédigeait, sous nos yeux, sortaient d’une imprimante. Son apprentissage scolaire ne l’avait pas initiée à la calligraphie, mais elle avait avoué aimer écrire à la plume et se livrer quelquefois à cet exercice ce qui, à n’en point douter, avait contribué à lui permettre d’atteindre cette qualité d’excellence!

 

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