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Coin des libraires

« Raille-Rues d’Aix-en-Provence » 1er extrait : une histoire aixoise pour la trêve de Noël

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(c) Crédits illustration,  Claude DUMAINE

Je suis toujours très partagée juste après Noël: tellement heureuse d’avoir pu profiter des personnes que j’aime et d’avoir partagé quelques jours tous réunis. Mais le lendemain de Noël, la magie s’en va déjà, notre âme d’enfant s’évapore doucement et…. nos estomacs sont complètement en berne: merci le marathon de bouffe!

Ouf ca y est on est le 26!

Du coup, pour cette publication post-dinde-farcie-aux-marrons-et-treize-desserts, exit les bonnes adresses où l’on mange si bien (clairement il est temps de passer au thé vert!) ou celles où l’on passe de superbes soirées (oui, oui : le cocooning à la maison c’est top tendance, on vous assure que c’est vrai!).
Pour cet instant cocooning donc, je vous propose un partage de…. mes cadeaux! Le Père Noël m’a bien gâtée cette année et j’ai découvert hier matin, au pied du sapin familial, un ouvrage plutôt inattendu, voyez par vous-même et lisez…

Il s’agit de Railleries, contes et railles-rues d’Aix-en-Provence de René F. BAUDOUIN. Tout comme vous (je suppose…?), ce nom ne me disait pas grand chose, et il me faut bien concéder que je n’ai pas encore eu bien le temps de me documenter sur l’énergumène; sachez tout de même que je suis tombée raide dingue de ton petit ton jovial et quelque peu sarcastique… Le livre commence comme cela :IMG_6575

« Cet ouvrageon a été conçu, rédigé, illustré et imprimé à l’intention d’un nombre indéterminé (mais si possible important) de contemporains à recruter parmi:
– ceux qui ne se prennent pas au sérieux
– ceux qui ne se prennent pas du tout au sérieux
– ceux qui n’ont pas la grosse tête
{…}
– aux érudits qui acceptent de se divertir sans estimer déchoir
{…}
– à ceux qui croient avoir la science infuse
– à ceux qui savent la leur diffuse;
bref, à l’ensemble des détenteurs d’une qualité rare: considérer que nul n’est parfait, à commencer par soi-même, et d’en sourire. »

Vous voilà plongés dans le ton et le thème de ce bouquin, ma foi, sans prétention, déniché, paraît-il par le Père Noël (lui-même!), auprès d’un vieux bouquiniste sur un petit stand au détour d’un vide-grenier provençal.

Ces premières phrases m’enchantent les oreilles, presque comme une jolie musique, toute guillerette!

« Voici un des rares ouvrages souriants sur Aix et ses rues qui se ne prend pas au sérieux mais peut vous transporter dans un enchantement merveilleux qu’on n’oubliera pas de sitôt » L’auteur lui-même.

L’écrivain propose de nous raconter quelques drôles d’histoires sur Aix, ses noms de rues et ses places célèbres. Dans ce premier article (j’espère avoir l’occasion de vous faire part d’autres anecdotes de ce même recueil!), il s’agira de mettre en lumière l’histoire de la Place Bellegarde. Vous situez? Non? C’est la place, là, vous savez, celle avec la fontaine au milieu (avouez! on vous la faite mille fois cette « blague » pour vous décrire une des places aixoises… et vous avez répété pour la énième fois que: presque toute les places, placettes et recoins à Aix sont ornés en leur centre d’une fontaine…en vain, votre interlocuteur recommencera cette explication vide, de plus belle une autre fois!).

Il s’agit de la place toute proche de l’entrée du parking éponyme, à la jonction du boulevard Aristide Briand et de l’avenue Jules Isaac. Lorsqu’on n’y prête pas attention, on pourrait presque la louper, elle culmine en haut de quelques marches tout a fait au bout de la rue Mignet. Vous y êtes?

Il est grand temps de plonger dans le vif du sujet et que je vous livre les délices de cette histoire… René Baudoin nous explique que son intérêt s’est porté sur cette placette alors qu’il rencontrait trois différentes orthographes pour la dénommer: Bellegarde, Belle-Garde ou encore Belle Garde. Notez que les différences ne sont pas énormes mais, comme dit René, « {…} tout de même révélatrices et symptomatiques de certaines vérités. »

On s’attend déjà à ce que ces vérités soient plutôt caustiques… à raison!

À l’époque la fontaine n’existait pas, et en lieu et place de celle-ci, se tenait une tour, partie de la fortification de la ville qui surveillait le chemin des Pinchinats. En fait, deux couples étaient chargés de la surveillance de cette tour, les hommes pour tout dire. Le premier couple n’avait rien de particulier que l’on doive relever, le second « ne montrait pas la même sérénité« : notamment, Monsieur Favolon, quarantenaire, avait près du double de l’âge de sa femme. Lui était en charge de la garde de la journée, et il la passait à regarder indéfiniment l’horizon, accompagné assez souvent d’une bouteille, qu’elle soit remplie d’eau-de-vie ou d’absinthe… On imagine facilement son état à la fin de son ouvrage et tout aussi aisément qu’il passa le reste de la journée à ronfler et cuver son alcool. L’homme délaissait clairement sa jeune femme Maguelonne, qui de fait n’avait que peu de compagnie.

La rumeur accablât très vite sa dame, qui fut décrétée de petite vertu: fait avéré ou non, certains s’y risquèrent jusqu’à ce que le manège soit effectivement en marche. La belle Maguelonne, y voyant un intérêt financier certain, fit, comme dit René Baudoin : « de ses appas un commerce lucratif« . De fil en aiguille, le passage fut renommé: de la belle garce. Autant vous dire, forcément cela fait jaser!
Cependant à l’époque le couvent des Prêcheurs était encore en activité, et voisin de ce lieu de luxure. L’un des religieux ne voulant pas officier dans un tel environnement, en associant « le métier de l’infortuné mari à l’avantageuse prestance de son épouse« , fit changer le « c » par la lettre suivante « d ».
Et ainsi la rue de la Belle Garde était née!

Voilà! C’est tout pour cette première histoire aixoise issue des écrits de René Baudoin, en espérant qu’elle vous aura fait sourire et vous en faire partager d’autres, dès que j’aurai fini ledit livre!

 De très belles fêtes de fin d’année à tous et comme on dit ici: Bon bout d’an!