L'attrape-rêves

Découvrez l’étrange apparition aux Gorges du Verdon, nuit du 14 mars…

nuiiii

Petit récit fiction en hommage à Stephen Hawking, célèbre cosmologique, parti rejoindre les astres à l’âge de 76 ans. Vous êtes dans la rubrique « Attrap’Rêves » du blog aixois Il Court Mirabeau, cette rubrique met en lumière notre région à travers des récits surréalistes.

12 mars 2022. J’étais sûr de mon coup. Ce soir, direction les Alpes de Haute Provence avec mes amis. Pour leur faire vivre quelque chose d’assez unique. Vous nous suivez ?

Elle commençait bien cette fin de journée. J’avais convié Diane, étudiante biologiste à Luminy et Théo, un de mes amis les plus connectés que je connaisse et brillant photographe urbain en dehors de ces heures passées sur Pinterest, pour qu’il puisse secrètement immortaliser ce qui allait se passer cette nuit.

Nous étions le 12 mars. Et aucun d’entre eux n’avaient l’idée de ce que j’allais leur faire vivre. J’étais un peu inquiet. Chaque année, je vivais ce phénomène, mais curieusement je sentais que ce soir ce serait un peu différent.

A la radio numérique, résonnait les dernières nouvelles de ce monde, principalement politique. Le premier tour approchait en France, les réseaux sociaux tournaient en boucle, et voir défiler les paysages de la Haute Provence, Vinon Sur Verdon, Gréoux, Riez, nous faisait un bien fou. En tout cas pour Diane et moi, tous deux passionnés de nature et de cosmos. Théo était plus dubitatif.

– Pour mes stories Snapchat, c’est normal qu’ici, ça galère à charger les images ?

– Ce sera aussi galère que de te voir crapahuter jusqu’en haut de Moustiers, piqua Diane avec un sourire.

Moustiers Sainte Marie était notre destination finale. Village perché chapeauté d’une église, et puis plus haut d’une étoile. Et toute cette histoire est véridique. Il flotte là bas comme un air de vertige délicieux, de plénitude. Nous avions prévu l’essentiel. Des chaussures de randonnée, de quoi escalader et se retrouver à une certaine altitude. Pour trois heures du matin.

Diane n’avait pas eu l’ombre d’une hésitation à me suivre. Elle connaissait mon côté rêveur et aventurier. Théo avait lui été convaincu in extremis par la promesse de réaliser la plus stupéfiante photo de sa vie. Une photo qui allait peut être le rendre enfin célèbre sur Instagram.

mos

Après un bref repas dans un restaurant ouvert le soir sur la place du village, encore dénuée de touristes. Nous voilà partis vers là haut. Les roches. Le plateau. L’air frais et sec poudré d’étoiles. Le thym embaumait le chemin vers l’église. Minuit approchait. Une heure. Puis deux. Rien d’anormal.

Nous arrivions face à l’endroit que je souhaitais. Panorama vertigineux donnant sur l’immense Lac de Sainte Croix, d’un bleu inouï ce soir, patinoire humide reflétant des milliers d’étoiles. En arrière plan, se découpait le débonnaire plateau de Valensole, refuge des lavandes futures qui viendront en juin. J’imaginais ces chambres d’hôtes paisibles au loin, plongées dans leur sommeil. A mille lieux d’imaginer ce qui leur pendait au nez. Ou au dessus d’eux. La Provence était dans son plus bel écrin cette nuit là. Habituelle. Pour le moment.

J’expliqua alors à mes amis de se terrer derrière un bosquet. Et soudain une apparition lente se profila à l’horizon. C’est mon ami qui le premier commença à entrapercevoir la lointaine ombre à l’horizon.

– Une montgolfière ? Tu nous as fait venir pour voir une montgolfière à 3h14 du matin ? J’hallucine s’écria Théo. Et j’ai pas de réseau là… J’ai 3 crush Tinder qui attendent sur le feu et je suis en EDGE !

Le Edge résonna dans les combes froides de cette nuit de mars. Un écho qui retentit jusqu’au plateau au dessus de Moustiers Sainte Marie, faisant s’envoler quelques chouettes noctambules prises d’effroi. Les hululements s’éclipsèrent. Je repris calmement, tout en jetant un oeil à Diane dont le regard était fixée vers là bas. Elle venait de comprendre ce qui se tramait.

– Tu as déjà vu voler des montgolfières de nuit ? Penche toi un peu plus à travers les buissons. Les responsables de ton manque de wifi sont devant toi. Et si tu pouvais faire un peu moins de bruit, ça nous permettrait de contempler plus sagement.
– Ce n’est donc pas une montgolfière, ajouta Diane, un pincement dans la voix ténue, limite inaudible. Les ballons sont tous, commandés par des hommes et poussés par le vent. Ce soir… c’est un foutu vent d’Est, et ils viennent vers nous, par l’Ouest. Ça ne colle pas.

Un long silence. Le lac de Sainte Croix était d’un indigo intense ce soir de mars. L’hiver avait été doux, très sec, empreint de plénitude. Les étranges ballons tombaient comme des gouttes suspendues, errant dans l’air, à cinq cent mètres d’altitude. Quelques kilomètres face à nous. Les formes arrondies volantes étaient en grappe, certaines trouées par deux immenses yeux, semblables aux cétacés terrestres.

– Des créatures atmosphériques. Ce sont les deux mots qui me viennent. Je ne vois pas autre chose.
– Ça fait longtemps que tu vois ce genre de choses ? Chuchota Diane, partagée entre émotion, effroi et contemplation. Mais… Tu en sais plus ?
– J’ai fais quelques recherches, rien de probant. Des animaux inconnus, visibles à un certain angle de vue, à une date précise chaque année.
– Comment ça une date précise ? Demanda Théo qui essayait en vain d’allumer son Instagram pour immortaliser. C’est la chose la plus incroyable que j’ai vu dans le monde réel depuis des années.
– Oui date précise, repris-je faisant fi de ne pas enchaîner sur la dépression aussi passagère que dénué d’intérêt de mon pote geek. Tous les 14 mars depuis quelques années, quand je me rends ici, j’observe, à 3h14, pendant toute une nuit. Le chiffre clé semble être 3,14. Le nombre pi vient de là. Einstein est né à cette date du 14 mars, tout comme est parti il y a 5 ans, à la même date Stephen Hawking.

Un bruit étrange se fit soudain entendre (à entendre dans cette vidéo à 5 minutes 14). Comme une lointaine proue de bateau qui ferait escale dans un port calme. Première fois en cinq ans que j’entendais ce son. Il faut dire pour être tout à fait honnête que les monstres aériens étaient particulièrement proches. Et c’était là aussi une première.

Nous étions tétanisés. Tous les trois. Face à ce spectacle que j’avais gardé pour moi depuis des années. Et j’étais vaguement rassuré de me dire que ce n’était pas le fruit de mon imagination. Vous aimeriez bien voir en image à ce moment là ce que nous avions en face de nous ? Vous pouvez cliquer ici pour découvrir ce spectacle.

– Ils approchent, souffla Diane, en s’accroupissant un peu plus.

La jeune biologiste de Luminy était littéralement abasourdie. Le terre à terre, les carnets de note, les labos froids et concrets se pâmaient ce soir en rêverie, sublimation et inquiétude.

L’inconnu face à nous. Ils nous avaient remarqué.

Pour lire la suite. On attend au moins 10 commentaires en dessous. 

Grégory Cordero

Facebook Comments
La rédaction
La rédaction
Une ruelle oubliée, ou plus loin, un coin de Provence à faire briller... J'aime profondément Aix en Provence et la région. Suivez-moi dans mes bonnes adresses et surprises en Pays d'Aix ! Rédac chef de cette fabuleuse aventure et fondateur du site en septembre 2016 ! Par ailleurs, je propose des services en communication digitale originale pour les commerçants et professionnels du tourisme en Pays d'Aix : www.monroadtripenprovence.fr (Community management / Ecriture "sensorielle" / Atelier de réseaux sociaux 2018, département 13, 84, 04)
Il Court Mirabeau