Connect with us

Jean Yves le Prof

Retour vers le futur : elle était où, la Fac, à Aix  ? De la Révolution à nos jours

Episode 3 : de la Révolution à aujourd’hui

Saison 3, épisode 3

Jean-Yves, le Prof

Poursuivons et terminons notre voyage dans le temps sur l’histoire de l’Université d’Aix, à travers ses bâtiments. (Voir l’épisode 1 et l’épisode 2).

Nous en étions arrivés à la Révolution française, et, à Aix comme ailleurs, toutes les universités ont été fermées, la dernière rentrée ayant été celle de 1792. Le bâtiment situé en face de la cathédrale (l’actuel bâtiment de l’IEP), qui était occupé par l’université et notamment la Faculté de droit, a donc été fermé et, s’il a subi quelques dégâts, non négligeables, du moins il n’a pas été démoli et n’a pas subi de dommages irrémédiables; la remise en état n’a donc pas été insurmontable.

AVEC NAPOLÉON, LA FAC DE DROIT RESSUSCITE ET RETROUVE SES LOCAUX

Ici, comme dans d’autres domaines, c’est Napoléon Bonaparte qui a remis de l’ordre et, de même qu’il a refondé le système juridique, via le code civil, il a recréé le système éducatif. Les facultés de droit avaient disparu, comme les autres, et la Révolution n’avait mis en place que des écoles centrales départementales (ancêtres de nos lycées), dans lesquelles il n’y avait qu’un simple cours de législation, fort peu suivi. C’est donc sous le consulat que les choses ont commencé à bouger, puis sous l’empire. Comme le rappelle le professeur Jean-Louis Mestre, dans son article sur l’histoire de l’université d’Aix, les lois du 11 floréal an X et du 22 ventôse an XII, et le décret du 4eme jour complémentaire de l’an XII ont permis de créer 12 écoles de droit, relevant du ministère de la justice. Aix figurait parmi ces 12 écoles, ce qui n’était pas évident au départ. L’un des arguments est qu’Aix était le siège d’une Cour d’appel, mais l’élément principal a été l’intervention décisive auprès de Napoléon de Jean-Etienne Portalis (ministre des cultes, et l’un des principaux rédacteurs du Code civil) et Joseph-Jérôme Siméon (beau-frère de Portalis, conseiller d’Etat, il jouera un grand rôle ensuite auprès du roi de Westphalie, Jérôme) ; en effet, tous les deux étaient d’anciens élèves de la Faculté d’Aix, où Siméon avait également été professeur, ainsi que son père et le père de Portalis.

C’était une chance considérable pour Aix, car les Facultés de droit d’avant la Révolution, à Montpellier, Avignon, Valence, n’ont pas été récrées à ce moment-là. Même Lyon n’a pas alors eu droit à sa faculté de droit et les plus proches d’Aix étaient alors Grenoble, Toulouse et Dijon. Aix disposait donc d’un large réservoir de recrutement et redevenait ville universitaire. 7 professeurs sont nommés, la plupart issus de l’ancienne faculté d’Aix et Jean-Louis Mestre précise que la première rentrée a eu lieu le 16 avril 1806, « dans la grande salle de la mairie ».

Mais où installer l’école de droit ? Tout naturellement, dans l’ancien bâtiment, face à la cathédrale, occupé déjà avant la Révolution par l’Université. C’est la mairie qui a acheté le bâtiment et a financé les travaux de remise en état, très coûteux. Toujours le rôle déterminant des « collectivités locales ». La restauration du bâtiment et l’installation complète dans les locaux ont eu lieu en 1810. Entre temps, les écoles de droit sont devenues Facultés de droit en 1808, selon le terme encore en vigueur aujourd’hui. Les étudiants n’étaient pas très nombreux, mais le bâtiment n’était pas immense, d’autant plus que le droit devait le partager avec une autre faculté publique, celle de théologie, créée en 1809, qui y restera jusqu’en 1842. Mais cette faculté de théologie subsista jusqu’à sa suppression en 1885. On peut être surpris de voir des Facultés de théologie dans l’université publique, mais c’était une conséquence logique du Concordat signé entre Napoléon et le Pape Pie VII et d’ailleurs il y a aujourd’hui encore des Facultés de théologie en Alsace-Moselle, dans les départements toujours concordataires. (Notons en passant qu’il existe aujourd’hui à Aix une faculté libre de théologie protestante, la Faculté Jean Calvin, avenue Jules Ferry).

aix

LE BÂTIMENT EST PRESQUE INCHANGÉ

Jean-Louis Mestre donne quelques détails : la rentrée solennelle, avec discours du doyen en latin (n’oublions pas que certains examens avaient lieu en latin, notamment pour le cours de droit romain), les étudiants avaient un maximum de 11 heures de cours par semaine, essentiellement droit romain, code civil, législation criminelle, procédure civile, « droit civil dans ses rapports avec l’administration publique » (en fait donc du droit administratif), et à certains moments du droit public français et un cours sur le code de commerce, mais pas toujours. Ce n’est que sous la monarchie de juillet que les cours vont commencer à se diversifier et à se multiplier. Quant à l’économie politique, elle n’était pas enseignée, jugée par Napoléon trop subversive (Jean-Baptiste Say, au début membre du Tribunat, jugé trop libéral, en a été exclu et son Traité d’économie politique n’a pas pu alors être réédité) ; il faudra attendre la troisième République pour voir se créer dans les Facultés de droit des chaires d’économie politique, dont le premier titulaire à Aix sera le doyen Alfred Jourdan, en 1883.

Il n‘y a pas grand-chose à dire de nouveau sur le bâtiment (voir dans l’épisode 2 l’histoire de sa construction et sa description) et il n’est guère différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, face à la cathédrale, si ce n’est, comme nous l’avions vu, un bas-relief allégorique, qui a été sculpté en 1881 dans le tympan du fronton, représentant la Faculté enseignant le droit, et, en 1965, une restauration complète de la façade, permettant à la pierre de Bibemus de retrouver sa couleur, comme le rappelle Jean Boyer. (Mais durant le fameux tremblement de terre de 1909, la façade avait été abimée et dût être consolidée par des armatures en fer). Notons qu’il y avait, en moyenne, au 19° siècle, autour de 200 étudiants en droit… On est loin des effectifs d’aujourd’hui. Parmi ces anciens étudiants, Adolphe Thiers, qui sera le premier Président de la 3° République, et Frédéric Mistral, qui aura le prix Nobel de littérature et dont on connait le rôle dans la défense de la Provence et de la langue provençale. Quant aux jeunes filles, ce n’est qu’à la fin du 19° siècle que l’une d’entre elles a été pour la première fois inscrite à la Faculté de droit, mais on est, au début du 20° siècle, encore bien loin de la parité !

LA FACULTÉ DES LETTRES EST CRÉÉE EN 1846

L’autre grand événement a été la création d’une Faculté des lettres, en 1846, sous Louis-Philippe donc, héritière de l’ancienne faculté des Arts, qui s’installe juste à côté de la Faculté de droit, 23 rue Gaston de Saporta, dans l’hôtel Maynier d’Oppède (dit aussi hôtel de Saint-Paul) Le bâtiment, possédé par la famille du même nom depuis 1490, puis par la famille Thomassin de Saint-Paul en 1730, renouvelé et agrandi par eux, (la façade notamment a été reconstruite en 1757), a été nationalisé à la Révolution ; il était devenu un asile de vieillard, puis une école normale secondaire, avant de devenir le bâtiment de la faculté des lettres. (Quand les Facultés déménageront vers les « nouvelles Facultés » -le campus Schuman-, l’Institut d’études françaises pour étudiants étrangers occupera les locaux, ainsi qu’une partie des archives départementales, puis l’IMPGT aujourd’hui). Au départ, la fac des lettres ne comportait que 5 chaires : philosophie, histoire, littérature ancienne, littérature française et littérature étrangère. Le démarrage a été très lent, puisqu’en 1913, il n’y avait encore que 93 étudiants en lettres, mais elle s’est ensuite développée fortement et a eu de très grands professeurs, à commencer par le philosophe Maurice Blondel, A l’époque, une passerelle vitrée et couverte reliait les deux facultés voisines, de droit et des lettres.

ET MARSEILLE ?

De son côté, Marseille aura aussi ses Facultés. C’est d’abord la création d’une école secondaire de médecine, en 1808, devenue école préparatoire en 1820, puis de plein exercice en1875, et qui deviendra enfin, plus tard, en 1922, une vraie Faculté de médecine, dont on connait aujourd’hui l’importance. Ensuite la création d’une Faculté des sciences en 1854. Nous ne développerons pas la dimension marseillaise, qui est un autre sujet, mais ces Facultés marseillaises ont été implantées, pour l’essentiel, après divers déménagements, l’une au Pharo (actuel siège de l’université) l’autre à Saint- Charles ; les autres campus (St Jérôme, Luminy, La Timone, l’Hôpital nord…) viendront beaucoup plus tard.

En revanche, ce qui a longtemps persisté, c’est la rivalité Aix-Marseille et des pressions très fortes ont eu lieu fin 19° et au début du 20° siècle pour le transfert de la Faculté de droit à Marseille, mais les Aixois, non sans peine, ont tenu bon. La municipalité a même dû envoyer une forte délégation plaider à Paris la cause d’Aix en 1899, et il faut dire que si la bataille fut rude, les Aixois ont été plus durablement combatifs que les Marseillais. Cependant, le doyen Georges Bry, de la faculté de droit d’Aix, appuyait l’idée du transfert, et son épouse avait alors été « mise au ban » des salons aixois et elle était accueillie au théâtre par des sifflets ! Jean-Louis Mestre rapporte qu’elle était cependant défendue par un groupe d’étudiants qui la trouvaient « jeune et jolie », ce qui est un argument certes comme un autre, mais qui montre bien la complexité de la rivalité Aix-Marseille, qui échappe parfois à une logique purement rationnelle ! Mais finalement, le transfert n’a pas eu lieu.

La situation est différente aujourd’hui, puisque la Fac de sciences a aussi une implantation à Aix (Montperrin, avenue du Pigonnet) tandis que la Fac de droit et celle des lettres ont aussi une implantation forte à Marseille. Il n’y a que la médecine qui reste intégralement marseillaise et, depuis la fusion des universités, le siège d’Aix-Marseille Université est au Pharo, donc à Marseille. Mais Aix doit toujours rester vigilante, face aux tentations -et tentatives- marseillaises.

LES « NOUVELLES FACULTES «  EN 1952

Au 20° siècle, l’événement majeur a été l’explosion du nombre d’étudiants : on ne compte plus en centaines, mais en milliers et plus tard en dizaines de milliers (près de 80 000 pour Aix-Marseille Université, dont plus de 30 000 à Aix). Cela a donc posé la question des locaux, les locaux anciens étant à la fois trop petits et difficilement modifiables, étant donné leur statut de monument historique. Il a donc fallu songer à créer de Nouvelles Facultés. Les travaux ont été confiés aux architectes Pierre Sardou et Jean Boët, puis achevés par le célèbre architecte Fernand Pouillon, qui s’est surtout occupé des aménagements intérieurs. Tous les Aixois connaissent ce bâtiment, situé au 3 avenue Robert Schuman, avec ses clochetons, un peu sur le schéma de la Villa Médicis à Rome, sans oublier la bibliothèque universitaire (droit) juste à côté, construite par Pouillon. Les étudiants s’installèrent dans les nouveaux locaux l’année universitaire 1953-54.

Les nouvelles facultés ont été inaugurées en grande pompe en 1952, avec multitude de discours (un bâtiment « aussi beau qu’utile » dira le recteur Blache) et un repas officiel dans le grand hall (150 couverts) ; la plaquette de l’inauguration précise que, pendant ce temps « un déjeuner de dames était servi à l’Hôtel du Roi René »…Autres temps, autres mœurs ! On ne mélangeait pas, même en 1952, les officiels (forcément hommes !) et les dames…, Le garde des sceaux, M. Martinaud-Déplat, termine son discours d’inauguration par ces mots : « Aix, vieille ville à l’histoire prestigieuse, toujours vivante, sereine dans sa certitude d’être et de rester la capitale intellectuelle de la Provence, atteste par son exemple que l’Esprit demeure et qu’il vaincra ».

Ce que les étudiants oublient parfois, c’est que ces nouvelles facultés abritaient les Facultés de droit et des lettres ; l’inscription Faculté des lettres figure d’ailleurs encore au-dessus de l’une des portes du bâtiment. En effet, dans les années 50, personne n‘imaginait l’explosion future des effectifs. A l’époque, même le grand amphi Portalis n’existait pas ; à son emplacement actuel se situaient des courts de tennis ! Il faut réaliser qu’à la veille de la seconde guerre mondiale, il y avait en tout 1 700 étudiants à Aix, ce qui explique que le bâtiment du 3 avenue Schuman, dont les plans remontent à 1934 et dont les travaux ont commencé en 1942, semblait très largement suffisant, compte tenu de ces effectifs. Mais la progression n’a pas cessé et, en 1960, on en était déjà à 4 944 étudiants! Bref le nouveau bâtiment, abritant les deux facultés, que l‘on croyait surdimensionné, s’est vite révélé sous-dimensionné.

aix2

LA NOUVELLE FAC DES LETTRES EN 1966

D’où la nécessité de nouveaux locaux, qui ont été construits au milieu des années 60, (Installation/déménagement en 1966) pour abriter la Faculté des lettres (au 29 avenue Schuman, mais allant jusqu’à l’arrière de l’amphi Portalis), sur des terrains situés donc au sud de la fac de droit, et qui, les Aixois les plus anciens s’en souviennent, comportaient avant une ferme où beaucoup allaient chercher leur lait ! Pendant ce temps, la Fac de droit, devenue Faculté de droit et des sciences économiques en 1957-58, après la création des licences de sciences éco, restait dans le bâtiment du 3. Jusqu’en 68, il existait donc un ensemble clair : à Aix, les Facultés de droit et des lettres, plus l’Institut d’études politiques (créé en tant qu’IEP en1955-56) installé en face de la cathédrale dans les locaux laissés par la fac de droit, et l’IAE, Institut d’administration des entreprises, à Puyricard, le premier créé en France, en 1955 ; et à Marseille les Facultés de médecine et des sciences. 1968 et la loi Edgar Faure ailaient faire exploser ce schéma, avec la création de nombreuses facultés, issues de l’éclatement des précédentes (par exemple à Aix d’une Faculté des sciences économiques, à Marseille pharmacie, dentaire, etc.). Toutes ces facultés ont été regroupées en deux, en 1969, puis, en 1973 en trois universités d’Aix-Marseille (I, II, III soit Provence, Méditerranée et Cézanne), avant de fusionner finalement en 2012, en une université unique regroupant près de 80 000 étudiants, Aix-Marseille Université.

Les bâtiments de la fac des lettres ont été assez rapidement dégradés, et étaient en très mauvais état, tandis qu’une grille séparait hermétiquement facs de droit et des lettres, à la suite des événements de mai 68 (voir notamment mon article sur les examens à Aix en mai 68 : https://ilcourtmirabeau.fr/les-droles-et-tres-etranges-examens-de-mai-68-a-aix/ ). Le plan campus, actuellement en cours d’achèvement, a permis une très belle réhabilitation de la Faculté des lettres, la création de nouveaux bâtiments, une « cafét » à la fac de droit, la rénovation (en cours) des amphis de droit… Entre temps, la Faculté d’économie (un moment divisée en deux facs concurrentes) s’implantait de l’autre côté de la voie ferrée (Avenue Ferry), mais aussi à Forbin, la Faculté des sciences ouvrait une licence à Aix, à Montperrin, avenue du Pigonnet, comportant aussi l’amphi Boulan, pour la 1ere année de droit. La fac de droit s’étendait aussi au bout de l’avenue W. Churchill, dans des locaux libérés par les militaires. Bien d’autres évolutions ont eu lieu, que les étudiants d’aujourd’hui connaissent bien pour les pratiquer tous les jours.

LES ETUDIANTS ANIMENT LA VILLE

Si on revient à la question initiale « elle est où, la Fac, à Aix ? », la réponse, jusqu’aux années 50, est simple : rue Gaston de Saporta, face à la cathédrale pour le droit, juste en dessous pour les lettres ; aujourd’hui, la réponse est infiniment plus complexe et on serait tenté de répondre : un peu partout. Avec le développement urbain, même les « nouvelles facultés » sont « en ville », et même l’IUT (Avenue Gaston Berger) ; l’extension vers le sud se poursuivra d’ailleurs avec la création, de l’autre côté de l’autoroute, du nouveau bâtiment de la Faculté d’économie et de gestion. Si le bâtiment d’origine est bien celui de l’actuel Institut d’études politiques, donc au cœur de la vieille ville, on peut dire aujourd’hui que la ville et l’université sont totalement imbriquées et donc indissociables : Aix est et reste une grande ville universitaire. Et personne ne saurait imaginer Aix sans cette jeunesse qui l’anime et contribue à la rendre vivante.

Voir ce qu’en disait Peter Mayle :

LES ETUDIANTES DU COURS MIRABEAU VUES PAR UN ANGLAIS EN 1989 !

Cette histoire des bâtiments universitaires aixois doit être liée à celle des étudiants d’Aix, dont de nombreux articles publiés sur Il court Mirabeau ont parlé à travers mes chroniques antérieures. Par exemple :

Paul Cézanne, ce surprenant élève de la fac de droit !

Les étudiants font la fête sur Aix depuis… la nuit des temps !

Aix et ses étudiants depuis 1409… Je t’aime moi non plus ?

19 secrets que vous ignoriez sur les étudiants d’Aix (au fil des siècles)

Les étudiants d’Aix d’autrefois : 100 fois moins nombreux, 10 fois plus turbulents !

Profs à Aix au fil des siècles : les secrets d’un métier fascinant !

Written By

Most Popular

De nombreux incendies dans les Bouches du Rhône ce soir : point minute par minute

Actu

Pokawa, le restaurant hawaïen en vogue, ouvre ses portes à Aix…

Actu

Quand le Cours ne s’appelait pas encore Mirabeau

Jean Yves le Prof

Mon week-end détente entre Hyères & Porquerolles

Actu

Connect