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8 anecdotes que vous ignorez peut être sur les 2G…

Jean Yves Naudet. Depuis deux siècles, les 2G font partie de l’histoire d’Aix, et depuis plus longtemps encore pour le bâtiment qui abritait le café.

Au-delà du drame actuel- un élément du patrimoine aixois, classé monument historique, au cœur du Cours Mirabeau, tragiquement détruit par un incendie le 30 novembre 2019- et des épisodes judiciaires des semaines précédentes, puisque le fonds de commerce était en liquidation judiciaire, penchons-nous sur la longue histoire de ce fleuron de notre patrimoine. Laissons la justice faire son travail, aussi bien pour l’incendie que pour la liquidation judiciaire. Et nous, les Aixois, oublions aussi que nous n’y allions plus très souvent, car les prestations n’étaient plus à la hauteur des tarifs : le temps n’est plus à nos réactions épidermiques, puisque le personnel est au chômage et que le décor magique est détruit. Reste l’histoire, pour le passé, et l’espoir pour le futur.

D’abord l’immeuble, dont les 2G n’étaient qu’un élément. Quand l’archevêque d’Aix, Mazarin, le frère du ministre de Louis XIV, et les Aixois ont décidé d’abattre les remparts sud de la ville (qui se situaient à peu près à l’emplacement actuel du Cours) et de créer un quartier nouveau, qui allait porter le nom de Mazarin, donc au milieu du 17ème siècle, on a vu se construire de part et d’autre du Cours à carrosses ces magnifiques hôtels particuliers qui contribuent au charme d’Aix.

Roux-Alphéran, dans son histoire des rues d’Aix de 1848 nous raconte qu’Antoine Gros est « le plus ancien propriétaire qui nous soit connu de la belle et vaste maison qui fait le coin de la rue des Grands-Carmes » (actuelle rue Fabrot) et du Cours. « C’était alors une hôtellerie à l’enseigne du Cheval-Blanc ». L’histoire est donc là : cela fait pratiquement 4 siècles que ce bâtiment a eu déjà une destination hôtelière !

« Cette hôtellerie fut acquise, vers 1660, par François de Gantès, seigneur de Valbonnette, l’un des plus célèbres procureurs-généraux qu’ait eu le parlement d’Aix ». C’est cette famille qui a « fait rebâtir la maison dont nous parlons, telle quelle est aujourd’hui, et que Louis-Henri de Gantès, petit-fils de François, vendit en 1716 à Marc-Antoine d’Albert Duchaine, marquis de Fox-Amphoux ». Ce dernier la revendit en 1742 à M. Jaubert, marchand et celui-ci à M. Guion en 1750. « C’est du fils de ce dernier que M. Guèrin, propriétaire actuel » (Roux-Alphéran écrit en 1848) « l’a acquise en 1823 »’. C’est dire que le bâtiment a souvent changé de propriétaire et cela continuera ainsi jusqu’à aujourd’hui.

Jean-Paul Coste dans son livre sur Aix, nous rappelle que ce bel hôtel particulier est devenu en 1750 « le cercle Guion » ou « le grand cercle » ; puis, sous la Révolution il fut « démocratisé » après une fermeture provisoire et quelques graves exactions, et surtout le drame de la pendaison de Pascalis, célèbre défenseur des libertés provençales, devant le Cercle. On parlera alors du café Julien, qui était selon J-P Coste « rendez-vous, sous l’Empire, de la jeunesse dorée ( la salle de consommation de gauche a gardé le décor de cette époque) et sous la Restauration, de la jeunesse romantique ». Ceci explique que le décor que nous avons tous connu et qui a fait la célébrité des 2G, ait été de style directoire, consulaire et empire : décor donc qui remontait à la deuxième partie de la révolution, puis à la période du premier consul (Bonaparte), futur empereur. Le café était devenu alors un des lieux privilégiés de la noblesse et de la Haute bourgeoisie. Le nom actuel apparut en 1840 lorsque deux garçons de café, Guidoni et Guerini, lui donnèrent le nom que nous connaissons. Laissons de côté la liste ultérieure des propriétaires, ce qui importe c’est que le décor n’avait pas changé depuis et d’ailleurs, dans la dernière période, le propriétaire actuel des murs ne l’était pas du fonds de commerce, qui, seul, a fait l’objet de la liquidation.

Notons qu’il n’y a pas dans cet ensemble immobilier que les 2G, puisqu’il existe aussi un petit hôtel, qui faisait l’objet d‘une exploitation différente dans la période récente et aussi, accolée au bâtiment, la fameuse « pizza Capri » connue de tous. Lorsque j’enseignais l’économie aux étudiants de la fac de droit, pour expliquer les théories de la consommation, en fonction de l’utilité et des prix des produits, il me suffisait en amphi de prendre l’exemple d’un panier de consommation comportant une séance de cinéma et une part de « pizza Capri » pour être compris de tous les étudiants aixois : cela était plus clair qu’une longue démonstration mathématique !

D’où vient la célébrité nationale et même internationale des 2G ? Indiscutablement de la beauté du bâtiment-mais il y en a bien d’autres à Aix- et du décor assez extraordinaire qui était celui du café. Mais plus encore de l’histoire de la fréquentation du café et de la brasserie : il suffit de penser à la présence de Cézanne et de son ami Zola pour le comprendre. Mais on pourrait citer tant d’autres noms connus de tous, qui se sont assis à la terrasse et que les générations successives ont pu voir, puisque le jeu sur le Cours, à la terrasse des cafés, des 2G comme des autres, consiste à voir et à être vu ! Comme beaucoup d’Aixois, j’y ai vu Alain Delon et Mireille d’Arc, lorsqu’ils habitaient quartier Mazarin !

Mais beaucoup ont vu, au moins en photo, à la terrasse, Belmondo ou Catherine Deneuve, Blaise Cendras et Picasso, Darius Milhaud ou Francis Poulenc, Jean Cocteau, Raimu comme Mistinguett, Pagnol, Cmaus ou le prix Nobel, bien connu des étudiants en droit, René Cassin. Claude-Alain Sarre, dans un article consacré aux 2G, publié dans le beau livre que l’Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-lettres d’Aix a consacré au bicentenaire de sa création, donne une liste impressionnante de ces personnalités ! Mais il y avait aussi après-guerre toute l’équipe du festival d’Aix, autour de Gabriel Dussurget, des artistes et des festivaliers. Ce qui surprendra plus la génération actuelle, qui fréquente d’autres cafés que les 2G, c’est que, jusqu’aux années 80/90, les étudiants y étaient très nombreux et se mêlaient aux écrivains, chanteurs, musiciens, comédiens et autres artistes, et aux personnalités de tout ordre, y compris politique, comme Winston Churchill !

Le preuve en est, la délicieuse description que fait Peter Mayle de du jeu de scène des étudiantes d’Aix arrivant à la terrasse du café en 1989, dans « une année en Provence, scène que j’ai racontée dans un autre article d’Il court Mirabeau ( https://ilcourtmirabeau.fr/les-etudiantes-du-cours-mirabeau-vues-par-un-anglais-en-1989/ ).

Dans la mémoire et l’histoire aixoise, les 2G c’était tout cela : un mythe, un décor, un écrin et tant de personnages qui ont aimé Aix et sont venus s’asseoir en terrasse. C’est cet esprit-là qu’il faut garder et lui n’est pas parti en fumée. C’est à cet esprit-là auquel il faudra penser lorsque le temps de la justice et de la reconstruction seront passés.

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