Connect with us

Jean Yves le Prof

Avant netflix, instagram et les discothèques, comment les étudiants aixois s’occupaient au XIX° siècle ?

LA VIE ETUDIANTE A AIX A TRAVERS LES SIÈCLES 

Episode 4 : comment ne pas mourir d’ennui 

Jean-Yves le Prof 

Saison 4, épisode 4 

Gilbert de Voisins, dans « La Petite Angoisse », en 1900, constate qu’il y a beaucoup de Marseillais parmi les étudiants d’Aix : « La petite ville, témoin d’un joyeux exil, leur appartient : ils en sont les maîtres, puisqu’ils apportent à ses murs verdis, à ses bals solennels, la jeunesse d’un éclat de rire. A toute heure du jour, ils sont la vie neuve (…) ». Il faut bien des distractions variées, puisque, selon lui, la part réservée à l’étude est faible et les étudiants vont animer le Cours ou les hameaux voisins. Les personnages de Gilbert de Voisins semblent préférer la vie des cafés au travail universitaire ! Il est vrai qu’au début du XX° siècle, les problèmes matériels, qui se posent aux étudiants d’aujourd’hui, sont largement absents, la plupart des étudiants aixois étant encore des aristocrates aisés ou de riches bourgeois. 

Edmond Jaloux, en 1920, dans « » Vous qui faîtes l’Endormie » décrit au contraire, mais comme une exception, le personnage de Marcel d’Albaret, un étudiant désargenté, préfiguration de bien des étudiants d’aujourd’hui : « La médiocre fortune de ses parents ne lui permettait guère de faire figure dans ce petit monde (…). Sa pension mensuelle était si maigre que lorsqu’il avait payé sa chambre et ses repas, il lui restait bien peu d’argent pour s’habiller et ‘faire le jeune homme’, comme il disait. Et ses préoccupations de tenue le conduisaient à des dépenses perpétuelles (…). De l’argent ! De l’argent ! Où trouver de l’argent ? ».  

Petite précision, qui semblera étrange aujourd’hui : le bac, en 1900, concernait 1% d’une classe d’âge, soit 10 000 bacheliers par an environ pour toute la France ! Cela explique qu’à Aix le bac se déroulait alors à l’université (en l’occurrence à l’hôtel de Maynier d’Oppède, rue Gaston de Saporta, alors siège de la Faculté des lettres- et aujourd’hui de l’IMPGT). Le décor n’a pas changé : les futurs bacheliers étaient regroupés, comme le décrit Armand Lunel dans « La Belle à la Fontaine » (la scène est sensée se passer vers 1910) autour du « bassin ovale et moussu » ! Dans le roman, l’appariteur, chargé de placer ensuite les candidats dans l’amphithéâtre, criait « Un catholique ! Un laïque », intercalant ainsi un élève issu des lycées publics et un autre des lycées privés ! Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est l’alternance des couleurs dans les feuilles de brouillons distribuées aux candidats, système que l’on retrouve encore aujourd’hui à la Faculté. 

Il fallait aussi trouver des arguments pour attirer les étudiants : études et loisirs en même temps, mais sans excès, car il fallait persuader les parents aussi, ce qu’essaiera de faire, en 1843, Aude, le maire d’Aix : 

« Aix a l’avantage de ne pas offrir aux jeunes gens les inconvénients des grandes villes, ils ne trouvent point ici les moyens de dissipation qui peuvent leur faire négliger leurs études ni se livrer à des désordres dont leurs familles ont trop souvent à gémir ». 

De quoi rassurer les parents ! Mais pas Emile Zola qui, en 1884, dans une nouvelle intitulée Naïs Micoulin, jette un autre regard sur la vie universitaire aixoise : 

  « Aix possède une école de droit renommée, où le fils Rostand prit naturellement ses inscriptions. Dans cette ancienne ville parlementaire, il n’y a guère que des avocats, des notaires et des avoués, groupés là autour de la Cour. On y fait son droit quand même, quitte ensuite à planter tranquillement ses choux. Il continua d’ailleurs sa vie du collège, travaillant le moins possible, tâchant simplement de faire croire qu’il travaillait beaucoup. Mme Rostand, à son grand regret, avait dû lui accorder plus de liberté. Maintenant, il sortait quand il voulait, et n’était tenu qu’à se trouver là aux heures des repas ; le soir, il devait rentrer à neuf heures, excepté les jours où on lui permettait le théâtre. Alors, commença pour lui cette vie d’étudiant de province, si monotone, si pleine de vices, lorsqu’elle n’est pas entièrement donnée au travail. 

Il faut connaître Aix, la tranquillité de ses rues où l’herbe pousse, le sommeil qui endort la ville entière, pour comprendre quelle existence vide y mènent les étudiants. Ceux qui travaillent ont la ressource de tuer les heures devant leurs livres. Mais ceux qui se refusent à suivre sérieusement les cours n’ont d’autres refuges, pour se désennuyer, que les cafés, où l’on joue, et certaines maisons, où l’on fait pis encore. Le jeune homme se trouva être un joueur passionné ; il passait au jeu la plupart de ses soirées, et les achevait ailleurs. Une sensualité de gamin échappé du collège le jetait dans les seules débauches que la ville pouvait offrir, une ville où manquaient les filles libres qui peuplent à Paris le quartier Latin. Lorsque ses soirées ne lui suffirent plus, il s’arrangea pour avoir également ses nuits, en volant une clé de la maison. De cette manière, il passa heureusement ses années de droit. ». 

Prévost-Paradol, alors professeur à la Fac de lettres, semble, trente ans plus tôt, en 1855, avoir le même regard : 

« Sans le travail, on mourrait ici d’ennui dans la solitude, ou d’impatience ».  

Frédéric Mistral, étudiant en droit de 1848 à 1851, n’est pas beaucoup plus enthousiaste. Il avoue aussi qu’il « ne se surmène pas » ! Mais pour lui Aix « a un renom de gravité et de tenue hautaine qui contraste avec l’allure provençale. Le grand air que lui donnent les beaux ombrages de son Cours, ses fontaines monumentales et ses hôtels nobiliaires, puis la quantité d’avocats, de magistrats, de professeurs, de gens de robe de tout ordre qu’on rencontre dans les rues, ne contribuent pas peu à l’aspect solennel, pour ne pas dire froid, qui la caractérise ». 

Mais, en réalité, les étudiants s’amusent beaucoup, trop aux yeux de certains Aixois, ce qui conduit en 1821 le recteur d’Eymard à les défendre : 

« Je ne sais par quelle fatalité tous les petits désordres qui peuvent avoir lieu sont attribués aux étudiants en Droit (…). Il s’en faut de beaucoup qu’ils soient les seuls jeunes gens qui aient les défauts de leur âge ». 

Written By

Most Popular

Dernière minute : séisme ressenti sur Aix en Provence (et dans le quart Sud-Est)

Non classé

8 anecdotes que vous ignorez peut être sur les 2G…

Actu

Aixois : les 7 secrets du blé de la Sainte Barbe pour ne plus vous “planter”…

Jean Yves le Prof

Va-t-il neiger sur Aix vendredi ? Les dernières prévisions…

Actu

Connect