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Ce que Paul Cézanne faisait pendant ses études à Aix va vous surprendre !…

LA VIE ETUDIANTE A AIX TRAVERS LES SIECLES 

Episode 5 : les étudiants ratent les cours et Cézanne déteste le droit ! 

Jean-Yves le Prof 

Saison 4, épisode 5 

Au 19° siècle, tous les Aixois ne se plaignent pas des étudiants, car certains en vivent, comme le souligne en 1839 un avocat, Joseph Alphandery  

« Notre ville a besoin de sa Faculté, de ses étudiants, comme le pauvre a besoin de pain. Au milieu du vide qui l’entoure, l’habitant d’Aix sait ce que vaut l’élève en Droit ; il y tient sous plus d‘un rapport ». 

Mais le même critique les étudiants, quand : 

« Le repos, le farniente, l’existence végétative » devient « le plus bel idéal du bonheur » et « le plus haut degré de liberté » ; car dès le lendemain de la rentrée « le cours l’a ennuyé, lui a servi d’opium, et il s’est bien promis de ne plus y mettre les pieds… Levé à dix heures du matin, il s’assied nonchalamment sur la porte d’un café (…) il boit, fume, cause, bâille, fait quelques parties de billard ; le soir vient, et il rôde dans les rues ». Alors, au moment des examens « notre jeune homme n’a pas ouvert encore son code ; il ne sait même pas la définition du mot Droit ; alors la nécessité stimule sa paresse, il ferme sa porte, il travaille nuit et jour pendant une semaine pour subir son examen à deux boules blanches et une noire ».  

En effet, un décret de l’an XII sur les écoles de droit prévoit que chaque examinateur note en donnant une boule blanche ou noire et il faut une majorité de blanches pour réussir ! 

Joseph François Porte, en 1833, décrit cependant une activité chère aux étudiants, car il trouve les Aixoises très séduisantes : « Des traits agréables, un beau teint et beaucoup d’amabilité, joints à toute la vivacité provençale » ; elles « brillent par leur esprit et leur aimable gaité » ajoute le dictionnaire de le Provence et Louis Mery conclut en 1837 « Aix est une ville de douces amourettes mélancoliques et solitaires ; ce sont des rues faites pour des rendez-vous ». Mais il recommande la fidélité, car, si l’étudiant amoureux adresse un regard à une autre jeune fille, « soyez assuré que quelqu’un l’aura vu ; si ce n’est un autre étudiant, ce sera un goguenard de cadet d’Aix, ou bien quelqu’une de ces bourgeoises éternellement aux aguets derrière leurs vitres » 

Les étudiants aiment se promener dans les environs d’Aix, mais surtout ils se retrouvent dans les cafés à la mode, essentiellement sur le Cours, un arrêté de 1790 les obligeant à fermer en hiver à 10 heures du soir, en été à 11 heures. On trouve déjà 18 cafés en 1836. Le recteur d’Eymard se plaint que les étudiants « peuvent faire des dégâts » et « lancent des pierres contre les portes ». Le Mémorial de 1840 proteste et s’interroge, en particulier face aux troubles estudiantins au cours des spectacles « Que fait la police ? » écrit-il ! 

La Faculté de droit d’Aix est célèbre pour avoir formé d’éminents juristes, de Portalis à René Cassin, mais aussi des personnages importants, comme le Président de la République Adolphe Thiers ou encore Frédéric Mistral, le chantre de la Provence et de la langue provençale. D’autres ont suivi des études de droit « à reculons » : c’est le cas de Paul Cézanne, qui a dû s’inscrire à la fac de droit en 1858 sur les injonctions de son père, chapelier puis banquier, et qui y passa quelques semestres !  

Son ami, connu au collègue Bourbon (l’actuel collège Mignet), Emile Zola, lui conseilla de choisir entre la peinture et le droit et il lui écrit en 1860 : « Si j’étais à ta place, je voudrais avoir le mot, risquer le tout pour le tout, ne pas flotter vaguement entre deux avenirs si différents, l’atelier et le barreau. Je te plains, car tu dois souffrir de cette incertitude et ce serait pour moi un nouveau motif pour déchirer le voile ; une chose ou l’autre, sois véritablement avocat, ou bien soit véritablement artiste ; mais ne reste pas un être sans nom, portant une toge salie de peinture ». Cézanne n’a pas hésité longtemps, mais, avant d’abandonner la fac de droit, il a quand même passé (et réussi) quelques examens, comme il le raconte en 1859 à Zola : 

Mon cher, si je suis tardif 

A te donner en rime en if 

Le résultat définitif 

Sur l’examen rébarbatif 

Dont le souci m’était très vif 

Dès 1858, Cézanne écrit à son ami Zola un poème où il exprime son peu d’enthousiasme pour le droit : 

Hélas, j’ai pris du Droit la route tortueuse. 

-J’ai pris, n’est pas le mot, de prendre on m’a forcé ! 

Le Droit, l’horrible Droit d’ambages enlacé 

Rendra pendant trois ans mon existence affreuse ! 

Et un peu plus loin, à propos de « ce misérable Droit » 

O Droit, qui t’enfanta, quelle cervelle informe 

Créa, pour mon malheur, le Digeste difforme ? 

Et ce code incongru, que n’est-il demeuré 

Durant un siècle encore dans la France ignoré ? 

Quelle étrange fureur, quelle bêtise et quelle 

Folie avait troublé la tremblante cervelle, 

O piètre Justinien des Pandectes fauteur, 

Et du Corpus juris impudent rédacteur ? 

N’était-ce pas assez qu’Horace et que Virgile, 

Que Tacite et Lucain, d’un texte difficile 

Vinssent, durant huit ans, nous présenter l’horreur,  

Sans t’ajouter à eux, causes de mon malheur ! 

S’il existe un enfer, et qu’une place y reste 

Dieu du ciel, plongez-y le Gérant du Digeste ! 

En 1859, il n‘est pas plus passionné par le droit, et l’écrit encore à Zola : 

Mon rêve évanoui, vient la réalité 

Qui me trouve gisant, le cœur tout attristé, 

Et je vois devant moi se dresser un fantôme 

Horrible, monstrueux, c’est le DROIT qu’on le nomme. 

Il est clair, même si les Aixois ne l’ont pas immédiatement compris, que Cézanne a bien fait de suivre les conseils de Zola et d’abandonner le droit pour la peinture. Chacun son chemin et si les piètres juristes peuvent rêver de devenir Cézanne, les bons juristes peuvent songer à imiter Portalis. Remarquons en passant que la faculté de droit n’est pas rancunière, puisque, pendant quelques années, elle a appartenu à une université qui portait le nom de Paul  Cézanne ! 

Un exemple de blague potache concerne la statue de Mirabeau, député d’Aix pour le tiers-Etat aux Etats généraux. On connait sa statue, le doigt pointé vers le marquis de Dreux-Brézé (« Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes »), statue du sculpteur Truphème, dans la salle des pas perdus du Palais de Justice. Or cette statue avait au départ été installée dans la cour de l’hôtel de ville. 

Le jour de l’inauguration officielle, en 1876, les autorités ont eu la surprise, en enlevant le voile qui recouvrait la statue, de découvrir un quatrain bien visible, posé sur le piédestal, écrit, dit-on, par quelques étudiants en droit malicieux, dont on comprend mieux le sens, quand on sait que les toilettes pour hommes se trouvaient à gauche dans la cour de la mairie, exactement dans l’axe du bras et du doigt tendus par la statue :  

« Vois-tu ce personnage en une pose altière 

Sur son socle de marbre on vient de le hisser : 

Passant éprouves-tu une envie de pisser ? 

Mirabeau de son doigt montre la pissotière ». 

On peut imaginer que Mirabeau, qui n’en n’était pas à une provocation près, n’aurait guère été choqué, lui qui s’était montré en tenue bien légère à la fenêtre de mademoiselle de Marignane, place des Quatre-Dauphins, pour rendre leur mariage inévitable. 

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