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Jean Yves le Prof

Comment les étudiants animaient la ville au 19ème siècle ?

Jean-Yves le Prof

Saison 4, épisode 3 

Les étudiants ont contribué à soulever le voile qui semblait recouvrir la ville au 19° siècle. Louis Méry, en 1837, dans « Les boucles d’oreilles, Souvenir de l’Ecole de Droit » souligne, déjà, la rivalité avec Marseille où « les préoccupations mercantiles absorbent à un si haut point l’activité générale, que les sciences et les lettres y souffrent le plus injurieux délaissement ». Quant au bourgeois d’Aix « il parle ordinairement provençal, se croit un grand politique, fume sa pipe sur un tabouret quotidiennement emprunté aux cafés du cours et disserte avec beaucoup d’aplomb sur les débats judiciaires ». Le droit, encore et toujours le droit ! 

Zola raconte que les étudiants en droit ont besoin de se loger chez l’habitant « qui les compte comme une récolte ou un gibier », mais qui ne les aime guère : « On l’abandonne à son existence de paria, le laissant voguer avec ses codes sous le bras et sa tête au vent ».  

Paul Alexis, dans « Les femmes du père Lefèvre » écrit même que la noblesse ignorait les étudiants « comme s’ils eussent été les fils de ses fermiers, de ses vassaux. La bourgeoisie locale, au lieu de reconnaitre en eux les produits de son sang, les reniait et les redoutait, tant ses habitudes paisibles étaient révoltées par cette turbulence de poulains lâchés ». Les gens du peuple eux-mêmes « ne voyaient en eux que de la graine de conservateurs, futurs fonctionnaires vénaux ou magistrats rétrogrades ». Et pourtant, qu’aurait été Aix et que serait Aix aujourd’hui sans ses étudiants !  

Certes, ils vont assister aux cours (en face de la Cathédrale, dans le bâtiment occupé aujourd’hui par l’IEP), mais juste pour ne pas manquer l’appel qui « donne la mesure de l’assiduité » ! Puis l’étudiant va vers les restaurants où « il vient assouvir son appétit famélique et son besoin de tapageur bavardage ».  

Mais, à l’époque du moins, les étudiants, selon Paul Alexis, se plaignent de la pénurie de filles du cru, ce qui conduit les plus désœuvrés et les plus bruyants de l’Ecole de Droit à faire venir de Marseille des jeunes personnes pour agrémenter leur bal. Autres temps, autres mœurs ! Mais l’amour est toujours là et il souligne qu’Aix « est une ville de douces amourettes mélancoliques et solitaires ; ce sont des rues faites pour les rendez-vous ; ces grandes maisons appellent le recueillement de l’amour comme de l’étude ; on dirait que ces obscurs hôtels, si longtemps veufs de leurs joies, aiment à prêter leurs ombres à cette jeunesse furtive qui se glisse par couples ». Zola lui-même observe que, même pendant les processions religieuses pour les fêtes solennelles, l’amour n’est jamais loin : « C’est l’heure où les galopins embrassent les jeunes coquines. L’orgue gronde, au fond de l’Eglise, le bon Dieu est rentré chez lui, alors les filles s’en vont avec un baiser sur le cou et un billet doux dans la poche ». 

Marcelle Chirac, dans son ouvrage « Aix à travers la littérature française», montre que, dans les siècles précédents, la littérature sur Aix accorde une grande place aux étudiants. Sur le lien entre Aix et les étudiants, rappelons ce qu’écrivent Emile Henriot d’abord : « Aix est un des lieux du monde où la jeunesse est le mieux chez elle » et André Hallays ensuite : « Nulle autre ville ne semble mieux faite pour abriter une université et offrir à l’étude un asile de silence, de recueillement et de beauté ». Henri Fluchère enfonce le clou à son tour : « Car c’est leur ville à eux plus que toute autre, (…) si douillettement ramassée sur elle-même qu’elle supprime les contingences exigeantes de l’espace et du mouvement, et tendrement ramène la pensée sur elle-même, avec de subtils et caressants appels à la sensibilité et à l’imagination ». 

Emile Henriot, dans « En Provence » écrit en 1927 : « Venue pour se former au droit, aux lettres, de tous les coins de la Provence, et même encore de l’étranger, l’adolescence y règne, dans sa force, exubérante, heureuse, studieuse. Quelle animation, sur le Cours, grâce à elle, par l’éclat des voix, l’aisance des corps, et l’ardeur de ces fiers regards juvéniles ! Quelles chaleureuses discussions, dans la détente, quels beaux rires ! ». Et il ajoute : ici, la jeunesse a trouvé sa terre d’élection « dans cette terre paisible où le docte savoir, sous les yeux du passé présent, fait si bon ménage avec le bonheur ! Adonnée aux jeux de l’esprit, dans un décor qui n’est fait que pour lui, et où tout lui parle, savez-vous un plus beau spectacle que celui de la jeunesse contente, insouciante et vigoureuse ? ». 

En 1918, Edmond Jaloux dans « Fumées dans la campagne » évoque « cette charmante vie d’étudiant où l’on apprend si aimablement à vivre ». C’était il y a un siècle et déjà l’un des personnages parle des étudiants qui « taillaient » les cours, trouvant regrettable qu’à l’heure où l’on a « la vie à découvrir » on doive « se remplir la tête de notions saugrenues », car, pour lui, absorber d’indigestes volumes de droit, c’était « faire œuvre de cuistre et de pédant, mais aller dans le monde, entrer en relations avec ses semblables, avoir une maîtresse (sic), juger les êtres, c’était devenir un homme ». Ce qui n’a pas changé, en tous cas, c’est que les étudiants se promenaient Cours Mirabeau et allaient au café sur le trottoir de droite, celui de la jeunesse, le trottoir de gauche, celui des hôtels particuliers, étant réservé aux personnes respectables : « Ils se seraient crus déshonorés si on les avait vu entrer au café Justin, qui se trouve à gauche, et qui était fréquenté surtout pas les officiers et les petits bourgeois de la ville ». En revanche, dans les cafés côté droit du Cours, on fait jusqu’à la nuit, au milieu des jeux de cartes, « de pantagruéliques orgies », en discutant littérature, philosophie et politique.  

Mais, toujours d’après le même auteur, les heures les plus douces réunissaient les jeunes gens autour d’une jeune fille qu’ils aimaient en chœur (N’oublions pas qu’en 1900, les femmes représentent seulement 2 à 3% du nombre d’étudiants). Cela n’empêche pas non plus, selon le même roman, de constater que les étudiants « faisaient les fous », lançaient des sottises « à la manière des clowns » et poussaient de grands éclats de rire « comme il arrive entre gens très jeunes quand on cherche, dans toute opinion, cette sorte d’heureuse absurdité qui révèle la fraicheur de l’imagination ». Et Marcelle Chirac de préciser « Jusque dans les rues on aimait à faire des farces ou chez les commerçants qu’on laissait ahuris derrière leurs comptoirs ». Edmond Jaloux conclut « Ah ! Jeunesse, jeunesse, rien ne te vaut ! ». Que les étudiants s’amusent, ce n’est donc pas une surprise. 

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