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Ça surprend

Insolite : il y a 2 siècles, les étudiants aixois étaient beaucoup MOINS studieux qu’on ne le pense…

Chronique réalisée par notre invité Jean Yves Le Prof, saison 4, épisode 3

Ce qu’il faut réaliser, c’est qu’il y avait sous l’ancien régime quelques dizaines étudiants et encore, au XIXème siècle, à peine 200 étudiants en moyenne en fac de droit ; même en 1930, ils étaient à peine 500. Or ils faisaient plus de bruit que les dizaines de milliers d’aujourd’hui et ne manquaient pas d’imagination.

On se souvient de l’épisode au cours duquel le professeur (de droit romain) Aude, qui deviendra maire d’Aix, a vu les étudiants s’installer dans l’amphi accompagnés d’un âne. Mais les professeurs eux-mêmes avaient de la répartie et il dit aux étudiants « On ne pourra pas dire, comme dans l’Evangile de Saint-Jean, in propria venit et sui non receperunt eum, (Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu), mais bien : il vint parmi les siens et ils l’admirent au milieu d’eux ». Les étudiants avaient trouvé leur maître et ne purent qu’applaudir ; à l’époque nul besoin de traduire, puisqu’une partie des épreuves se déroulait en latin.

A la même époque, les étudiants chahutaient et sifflaient au théâtre, au point qu’en 1822 un étudiant utilisant un sifflet a été pris à partie par le public, puis soutenu par ses camarades, le tout se transformant en bagarre générale. Le maire a dû faire appel à des gendarmes, puis à des fusiliers ! Trois étudiants ont même été exclus de l’université à la suite de cet épisode ! Christiane Derobert-Ratel a trouvé des dizaines d’exemples de ce type dans les archives, qui se terminent en général par une bagarre entre les étudiants en droit et la police ! En 1809, le préfet des Bouches-du-Rhône a même dû faire incarcérer son propre fils, étudiant en droit, pour avoir troublé une représentation !

En 1831, un jeune policier interpelle un étudiant siffleur en lui disant « Seriez-vous bien aise que vous fussiez sifflés au milieu d’un plaidoyer » ; un jeune licencié en droit lui répond avec insolence « qu’il est étonné qu’un agent de police fasse des phrases ». Le policier, vexé, arrête l’étudiant, tandis que ses amis organisent une manifestation, pour exiger sa libération. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Les professeurs sont des cibles privilégiées, (même si, durant les cours, il est interdit de faire des signes d’approbation ou de désapprobation) et certains étudiants lancent des pierres contre les fenêtres pendant les cours ; deux d’entre eux ont même rédigé un pamphlet contre la vanité des professeurs, ce qui leur a valu une année d’exclusion. Mécontents du recrutement d’un nouveau professeur (leur favori n’ayant pas été retenu), ils organisent un concert de sifflets devant les maisons de chaque membre du jury. Ce qui ne les empêche pas de défendre leurs profs, quand ils les jugent injustement critiqués, comme le doyen Bouteuil ; il est vrai que celui-ci intervenait pour faire relâcher les étudiants arrêtés par la police. Mais les étudiants se querellent souvent entre eux, entrainant de mémorables bagarres, et même une dizaine de duels, qui parfois se terminent tragiquement, faisant trois blessés et deux morts.

Cependant, plus que ces querelles internes, c’est entre les habitants d’Aix et les étudiants que se produit le plus grand nombre d’incidents. Le soir, à la fermeture des cafés, non seulement ils font du bruit (dont les voisins se plaignent…), mais encore ils renversent les bancs et brisent les réverbères ! Ils organisent de bruyants charivaris lors du remariage des veufs et veuves, au prétexte que les remariages… portent préjudice aux célibataires !

Les maisons de prostitution sont un lieu privilégié d’incidents, au point que leurs « pensionnaires » doivent se barricader à l’approche des étudiants, qui utilisent alors des poutres pour défoncer les portes… Dans les théâtres, ils s’installent au balcon et, de là, bombardent les Aixois qui sont au parterre, en leur envoyant des détritus ; le tout se transforme souvent en bagarre générale. Les outrages à agents sont une de leurs occupations favorites : ils vont jusqu’à pendre ou bruler un mannequin déguisé en agent de police. Mais on ne plaisante pas avec l’honneur des jeunes filles : un étudiant qui voulait nouer des relations avec une Aixoise a dû …l’épouser, pour ne pas être exclu de la faculté. Cependant, la veille de la Saint-Jean, il leur était possible d’exprimer leurs sentiments en lançant des serpenteaux (fusées enflammées) sous les fenêtres des jeunes filles, provoquant parfois des incendies !

Naturellement, C. Derobert-Ratel insiste aussi sur les manifestations d’opinions, car on est alors sous la Restauration. Beaucoup d’anticléricalisme s’exprime chez certains étudiants, les conduisant à perturber certaines fêtes et cérémonies. Ils se déguisent en femmes à Noël pour « aguicher » les passants ; un autre Noël, bien arrosé dans une brasserie, ils profitent de la messe de minuit pour aller boucher toutes les serrures du quartier Mazarin ! Une autre fois, ils conspuent des prêtres passant devant la faculté (l’actuel bâtiment de l’IEP, donc face à la cathédrale). Mais ce sont surtout les manifestations politiques qui dominent, un siècle et demi avant mai 68 ! Ils n’hésitent pas, sous la Restauration, à mettre des insignes républicains ou bonapartistes, voire un bonnet rouge, et remplacent parfois leurs redingotes et chapeaux (tenue habituelle des étudiants de l’époque) par des vestes et casquettes ouvrières, au point que le doyen devra interdire ces contestations vestimentaires !

La musique est un excellent moyen de contestation, surtout quand ils chantent « ça ira, les royalistes à la lanterne » … sous les fenêtres des légitimistes. Ils obligent parfois les artistes de spectacles lyriques à chanter avec eux « guerre aux tyrans ». La statue du Roi René, en haut du Cours, a subi bien des misères, qu’ils la repeignent avec du noir de fumée ou qu’ils fassent pousser du blé…dans sa couronne royale ! Ils n’hésitent pas aussi à s’exprimer à haute voix dans les cafés, traitant les Bourbons de canailles ou, pour les plus enivrés d’entre eux, portant bien imprudemment des toasts à la République.

Beaucoup de ces faits ou méfaits les conduisent devant le Conseil académique, qui peut les sanctionner, et même les exclure de l’université. Mais, en réalité, les jugements sont rarement sévères, d’abord parce que les étudiants se solidarisent aussitôt avec leurs camarades, mais surtout, arme atomique suprême, parce qu’ils menacent de demander le transfert de la faculté à Marseille… ce qui était déjà un sujet qui inquiétait beaucoup les Aixois !

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