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Jean Yves le Prof

Le Pape à Aix !

Jean Yves nous plonge dans une partition historique méconnue d’Aix en Provence au fil de ses chroniques…

Non, il ne s’agit pas du pape François, même si certains avaient envisagé sa visite à Marseille, mais rien ne semble encore décidé, et, de toute façon, Marseille n’est pas Aix et inversement. Il s’agit du pape Pie VII, à l’occasion de l’un de ses nombreux démêlés avec Napoléon Bonaparte.

Les choses ne s’étaient pas nécessairement mal passées au début, même si le conclave avait dû se tenir à Venise en 1800 pour éviter la pression des troupes françaises qui occupaient Rome ; après la victoire de Marengo, la France a rendu au pape les Etats pontificaux et celui-ci a pu regagner Rome. La France reconnait le catholicisme comme « religion de la majorité des Français » et un Concordat, qui doit beaucoup à l’Aixois Portalis, est signé entre Bonaparte, premier consul, et le pape, en 1801, rétablissant la liberté religieuse. Tout cela n’alla pas sans difficultés, mais Pie VII finit par accepter, espérant arranger ensuite les sujets de discorde, de venir sacrer Napoléon empereur (2 décembre 1804).

Mais, par la suite, les relations vont vite se détériorer, les sujets de conflits entre l’Empire et l’Eglise étant de plus en plus nombreux. Les Etats pontificaux sont annexés à l’Empire et le pape excommunie Napoléon. En 1809, l’armée française kidnappe le pape et il sera prisonnier en divers lieu, dont Grenoble (c’est à cette occasion qu’il passera une première fois par Aix), jusqu’en 1812, avant d’être enfermé à Fontainebleau jusqu’en janvier1814. A cette date, Napoléon, en difficulté à l’extérieur, rend au pape ses Etats pontificaux, et celui-ci retraverse la France en sens inverse, passant à nouveau par Aix.

A l’aller donc, Pie VII, prisonnier de l’armée française, arriva à Aix le 4 août 1809 et repartit le lendemain. Roux-Alphéran, dans son ouvrage de 1848 « Les rues d’Aix », raconte en détail cette histoire dans son chapitre consacré au Cours (qui ne s’appelait pas encore Mirabeau). Pourquoi le Cours ? Parce que le pape était logé sur le Cours, tout à fait en bas, côté vieille ville, à l’hôtel des princes. C’était l’hôtellerie la plus fréquentée d’Aix depuis sa construction en 1785, à la place d’une maison particulière. La plupart des hauts personnages passés par Aix ont logé là.

Roux-Alphéran cite les ambassadeurs indiens allant voir Louis XVI en 1788, mais aussi Napoléon Bonaparte, qui y a séjourné plusieurs fois, y compris au retour de la campagne d’Egypte en 1799. La ville était illuminée et Roux-Alphéran se souvient avec émotion de sa rencontre avec le jeune général. Il raconte aussi une anecdote : une femme, connue pour ses excès révolutionnaires, voulut lui offrir une couronne de laurier, en lui donnant « l’accolade fraternelle » ; Bonaparte s’en sortit en la tenant avec dignité à distance et appela un jeune domestique, lui demandant de descendre les feuilles de lauriers…à la cuisine de l’hôtel. Il partit au milieu du repas du lendemain, pressé de rentrer à Paris : quelques semaines plus tard, le 18 brumaire, il renversait le Directoire et s’emparait du gouvernement. Bien d’autres personnalités

logeront plus tard dans cet hôtel comme la reine d’Espagne Marie-Christine en 1840, ainsi que don Carlos en 1845.

Et Pie VII ? Les conditions n’étaient pas les mêmes, puisqu’il était là en prisonnier ! D’ailleurs, lorsque Roux-Alphéran publie son ouvrage, en 1848 on sent encore un certain embarras : comment exprimer sa compassion pour le pape et l’Eglise, sans critiquer Napoléon…Il contourne la difficulté en citant le texte du rapport envoyé le 5 août 1809 par le maire d’Aix, M. de Saint-Vincens, au préfet du département : « Je m’empresse de vous faire savoir l’arrivée du Pape à Aix, hier soir à neuf heures, et son départ pour Nice aujourd’hui à huit heures du matin ». « Je vis le Pape peu après » (après avoir vu l’officier chargé de conduire le pape). « Après m’être fait instruire du cérémonial, je fis une génuflexion et je lui baissai la main »

« Après un quart d’heure d’audience, je rentrai dans la chambre du colonel. Il fait l’éloge du caractère du Pape et de sa bonne humeur. Il est toujours disposé à aller, à s’arrêter, à manger comme on veut ». Un prisonnier modèle donc, mais un prisonnier quand même. « Le Pape a à sa suite le prélat Doria, deux autres prêtres, un médecin, un chirurgien et quelques valets. Sa suite occupe deux carrosses ». Le lendemain matin, « plusieurs dames et quelques hommes ont assisté à sa messe. D’autres l’ont vu après la messe. Quelques prêtres ont été admis » (…) « Avant de partir, il s’est montré au balcon de l’auberge ; il a donné sa bénédiction au peuple assemblé au Cours en assez grand nombre. Il voyage vêtu d’une soutane blanche, d’un rochet, d’un camail rouge et d’une étole. Il a une calotte blanche et des souliers d’étoffe rouge sur lesquels est brodée une croix ».

Cet aller là est donc bien particulier, d’autant plus qu’on ne découvre à chaque fois l’étape suivante qu’au prochain arrêt (qui sera Nice en l’occurrence, avant d’aller vers Grenoble). Le retour, bien plus tard, en 1814, sera très différent. Désormais libre, depuis le début de l’année, en route pour Rome, il passera à nouveau par Aix le 7 février 1814, sans entrer dans la ville. Mais le climat avait bien changé ; les persécutions anti-religieuses de la Révolution étaient loin, et les Aixois ont tout fait pour essayer « de voir le pape ».

« Il arriva vers une heure au haut de la montée d’Avignon, près les plâtrières et traversa la foule pendant une demi-lieue, c’est-à-dire jusqu’au Pont des Trois-Sautets, donnant sa bénédiction de tous les côtés. Les vivats, les cris de joie, ne cessèrent de l’accompagner et son passage à Aix fût, cette fois, un véritable triomphe. Il changea de chevaux sous le rempart d’Orbitelle et un grand nombre de fidèles l’accompagnèrent jusqu’à Tourves, où il fut coucher, notamment M. L’abbé de Mazenod, supérieur-fondateur des missionnaires de Provence, aujourd’hui évêque de Marseille ».

Quelques précisions, pour ceux qui sont perdus dans ce trajet: le quartier des plâtrières se situe à Celony, donc en haut de la montée d’Avignon (même si le chemin des Plâtrières est lui extrêmement étendu) ; ensuite il s’agissait de ne pas entrer dans la ville (encore entourée de remparts), et donc de rejoindre depuis la montée d’Avignon une des portes du quartier Mazarin (pour changer les chevaux) la porte de l’Orbitelle, qui était juste à l’entrée de l’actuelle rue du 4 septembre, du côté de l’actuel boulevard du Roi René. De là, le pape a pris le chemin de l’Italie et les adieux à la population qui suivait se sont fait au Pont des Trois-Sautets, sur l’Arc, lieu que Cézanne appréciera plus tard. Quant à l’abbé de Mazenod, il allait devenir (en 1816) le fondateur des missionnaires de Provence, que l’on appelle aujourd’hui les Oblats de Marie-Immaculée, (La chapelle des Oblats se trouve place Forbin, en haut du Cours Mirabeau) et il

deviendra effectivement évêque de Marseille en 1837 et l’était donc encore quand Roux-Alphéran a publié son livre.

Roux-Alphéran ajoute que Pie VII n’était pas le premier pape à être passé par Aix. Le précédent était Grégoire XI, « lorsqu’il partit d’Avignon, en 1376, pour aller rétablir à Rome le siège pontifical. Selon l’auteur d’une relation manuscrite de son voyage, ce Pape arriva à Aix le 17 septembre et y séjourna deux jours. Tous les ordres de la ville allèrent à sa rencontre, le clergé ayant à sa tête son vénérable archevêque Gérard de Posilhac. Les rues où passa le Saint-Père furent tapissées avec des tentures de soie et il fut loger au Palais ». Le Palais en question est évidemment le Palais comtal, qui sera détruit, menaçant ruine, un peu avant la Révolution, et qui se situait en gros à l’emplacement de l’actuel Palais de Justice.

Il y a donc eu plus de 4 siècles entre les deux dernières visites, celles de Grégoire XI et de Pie VII. Celle de Pie VII remonte à un peu plus de deux siècles. Faudra-t-il attendre deux autres siècles pour revoir un pape à Aix ?

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