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Le Trièves, immersion incroyable dans les Alpes oubliées à 2h d’Aix

Article de notre invité académicien d’Aix Bernard Mille

Si vous ne connaissez pas cette région située au sud de Grenoble, il faut la découvrir mais nous ne consentons à vous la révéler qu’à la condition expresse d’en respecter l’intimité !

Si vous acceptez ces conditions, alors empruntez la ligne de chemin de fer qui serpente de Veynes à Grenoble en longeant le Trièves par un itinéraire, à flanc de montagne dont vous garderez un souvenir ému. Une fois passé le col de La Croix haute, vous descendrez à la gare de Clelles et vous aurez atteint l’objectif ! Autre hypothèse, si vous recourez aux services plus malléable d’un véhicule automobile, il conviendra, à Sisteron, de laisser de côté l’autoroute et de prendre la route de Laragne, en direction de Grenoble. L’étape du col de la Croix Haute franchie, vous parviendrez dans ce lieu préservé qui offre, au regard, un spectacle assez extraordinaire.

Le Mont Obiou Le Grand-Ferrand Au Sud, une grandiose barrière montagneuse constituée de l’Obiou et du Grand Ferrand peut impressionner par sa majesté surtout lorsqu’une couche de neige vient égayer l’ensemble. A l’est, la Barre des Ecrins borne la vue en l’élevant vers d’éternelles neiges où peut se distinguer, grâce au relief accidenté et au contraste entre les rochers et la poudreuse, l’image d’un cheval en mouvement.

Vers le nord-est, c’est en ayant l’audace d’emprunter une petite échappée vers le col de Menée que l’on peut découvrir, grandiose, le Mont Aiguille, bloc de rocher parallélépipédique dominant le village de Chichilianne et sous un autre angle le hameau de Trézanne. Il était jadis pourvu d’une aiguille rocheuse qui s’effondra, au début du vingtième siècle, sans lui ôter cependant son nom. Il est célèbre car Charles VIII voulut qu’il fût conquis par l’homme et y dépêcha de courageux alpinistes, grand exploit dont se fait, d’ailleurs, écho Rabelais dans son Quart Livre. Il faut dire que c’était le début de l’alpinisme !

Le mont Aiguille au-dessus de la chapelle de Trézanne Si vous ne vous sentez pas de vous inscrire dans la suite des montagnards qui accomplissaient des prouesses, vous trouverez votre consolation en parcourant les chemins bordés de haies de buis plantées autrefois par des moines, le nom du village de Monestier du Percy en perpétue d’ailleurs le souvenir.

Ils rayonnent dans toute la vallée, reliant les champs où croissent céréales et tournesols ou plus modestement paissent de paisibles troupeaux. Des villages disséminés, des hameaux inattendus, de petits châteaux, un moulin comme celui de Recours favorisent une halte salutaire. Lavars Moulin de Recours Ferme du Thau Un autre écrivain s’est intéressé à ces lieux qu’il a d’ailleurs arpentés et où il a situé un certain nombre de ses œuvres. Il s’agit de Jean Giono, estivant durant des décennies à Lalley-en-Trièves, commune qu’il ne nomme pas mais où il a puisé la matière et le décor d’Un roi sans divertissement.

D’autres romans ou essais, fruits de son imagination et de son observation conjuguées, empruntent à ce site remarquable des éléments qui prouvent l’intérêt qu’ils suscitaient dans la curiosité de l’auteur : les Vraies Richesses, Solitude de la pitié, Faust au village, les Ames fortes et Chant du Monde. Chapelle de Lalley Sur les flancs les mieux exposés, quelques vignes éparses donnent naissance à une boisson alcoolisée comme le petit vin de Prébois décrit par Giono dans Faust au village.

La distillation en automne dégage un parfum qui embaume la vallée, il faut dire que l’eau de vie était jadis le remède à tous les maux et, mélangée à quelques extraits, la base d’un pastis décapant. Là-haut dans les airs, le mouvement circulaire d’une buse ou d’un aigle, indiquera la présence d’une proie invisible à vos yeux mais pas aux leurs. De temps en temps des corbeaux pas vraiment nés de la dernière pluie laisseront tomber de leur bec, sur la route goudronnée, une noix dont ils n’auront plus qu’à déguster le contenu.

Mais ils en laisseront suffisamment sur les noyers pour qu’à la belle saison, elles soient cueillies et entrent dans le processus de fabrication de l’excellent vin de noix que chaque famille élabore avec amour dans une émulation à perdre haleine. Vous découvrirez ces fermes massives à la toiture caractéristique faite de tuiles arrondies et plates, pourvues d’un montoir par où les agriculteurs acheminaient le foin, provision dans laquelle ils puisaient pour la période hivernale.

Depuis quelques décennies dans un souci évident de préserver la nature de nouvelles constructions ont vu le jour en mettant à profit toutes les avancées écologiques. En automne, vous croiserez les autochtones, munis de paniers dissimulant sous quelques herbes éparses des lactaires délicieux, des girolles-chanterelles ou des petits-gris. Inutile de leur demander où en trouver car le secret se transmet de père en fils et d’oncle à neveu pour le cas où il n’y aurait pas de descendance directe mais pas aux étrangers ! Mens, l’un des chefs lieu de canton accueille, à l’abri de ses halles, un marché où l’on peut consommer les produits locaux amoureusement cultivés par des agriculteurs respectueux de la nature.

Une grande tradition s’est, en effet, instaurée depuis des décennies, à la suite de l’implantation d’une ferme modèle sur le territoire de cette commune.

Mais il faut aussi faire un détour par le Café des Arts, bien nommé depuis qu’un artiste eut l’initiative heureuse de décorer ses murs de fresques représentant les sites les plus beaux de cette vallée. Et en outre, on y reçoit un accueil fort agréable.

Les pâtissiers mensois proposent à une clientèle conquise la bouffette de Mens qui a des airs de hamburger brioché, bourré d’une farce blanche à base de sucre. Au plus fort de l’été, l’Ebron qui se fraie un chemin en creusant sa petite vallée vous offrira la fraîcheur de ses eaux.

Jadis, à la belle saison, colons et campeurs des œuvres de jeunesse Timon-David et Allemand de Marseille ou de l’école Saint Joseph d’Aix-en-Provence parcouraient ces lieux où ils pouvaient croiser quelques scouts ou guides, tous emmagasinant de merveilleux souvenirs. Dans l’ancien relais de diligences devenu colonie de vacances ne chantaient-ils pas : « Trièves, mon rêve, je t’aimerai toujours !» J’en étais ! A l’heure actuelle, des locations saisonnières, des hôtels, de bons restaurants, des magasins proposant de produits locaux comme ce fromage carré élaboré à Roissard et qui porte le nom du lieu, assurent le gîte et le couvert aux gens de passage. Vous ne serez pas déçus !

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